L’indispensable Uke

Tori et Uke sont deux « personnages » bien connus des pratiquants d’arts martiaux, notamment du ju-jitsu. Tori est celui qui exécute, Uke est celui qui subit.

Il serait injuste de se limiter à cette définition concernant le personnage qui a un rôle d’une importance équivalente à celui de Tori.

D’abord, sans Uke pas de Tori. Ensuite, la plupart du temps Tori exécute sa technique sur une initiative d’Uke ; en opposition il adapte sa riposte à l’action de ce dernier, à l’étude il se met dans les conditions optimales à la réalisation de la technique ou de l’enchaînement. Uke est celui qui impose le rythme.

Avant toute chose, il est un partenaire, pas un adversaire. Une relation de confiance absolue doit s’installer entre les deux protagonistes. Un Uke ça se respecte, il « prête » son corps et ses aptitudes. Dans l’étude technique, ou lors d’une démonstration, il se laisse faire, sans complaisance inutile, ce qui ne serait pas constructif pour Tori, mais sans résistance si la technique de ce dernier est correctement effectuée.

Il y a aussi le Uke du professeur. Chaque technique doit être praticable sur tout le monde, mais pour la clarté de l’explication, nous professeurs, nous avons toujours notre ou nos Uke préférés. J’en profite pour signaler que par définition Uke se prête au jeu et c’est une raison supplémentaire pour qu’il ne devienne pas le souffre douleur du professeur. J’en ai connu quelques-uns, sans doute en mal d’efficacité, qui ne se gênaient pas. Il y en a encore. Maltraiter quelqu’un qui se laisse faire ne prouve absolument rien si ce n’est un manque de compréhension de la mission qui est celle d’éducateur.

Dans ma carrière, en l’occurrence lors des démonstrations, j’ai plus souvent été Tori qu’Uke. Il n’empêche que les fois où je l’ai endossé j’ai aimé ce rôle, pour les raisons exposées plus haut. Donner le rythme de la démonstration, mettre son corps dans de bonnes dispositions. Lors d’une démonstration de ju-jitsu, par exemple, il doit la faire vivre. Sans un bon partenaire, Tori éprouvera des difficultés à démontrer ses capacités.

En club, durant les années d’étude, j’aimais contribuer à l’apprentissage et au perfectionnement de mes partenaires.

Dans cet article, je ne parle pas d’efficacité dans la réalité, puisque dans cette situation il n’est pas question d’un Uke, mais d’un agresseur. C’est l’occasion de rappeler que la réalité c’est la réalité et que l’entraînement c’est l’entraînement : on s’entraîne, on s’élève !

Peut-être et même sûrement, si nous nous sommes entraînés avec de bons Uke nous serons efficaces en cas d’agressions, puisque nous aurons pu aller au bout des actions lors des multiples et indispensables répétitions.

Certes, il y a sans doute des prédispositions physiques pour être un bon Uke, mais plus que tout il y a l’entraînement et l’état d’esprit.

Très jeune j’étais heureux quand le professeur me prenait comme Uke. Une de mes plus grandes fiertés a été le jour où Henri Courtine, qui a été l’un de mes professeurs, m’a déclaré que j’étais un « bon Uke ».

N’oublions pas qu’un bon Uke est recherché par les autres élèves du dojo : « Uke un ami pour la vie ».

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Toujours à propos de self défense

Entre ceux qui disent que cela ne sert à rien d’apprendre à se défendre, ceux qui affirment que leur méthode est la meilleure, ceux qui critiquent les techniques qu’ils ne maîtrisent pas et ceux qui disent que l’expérience de la rue est la seule qui vaille, il y a des réflexions plus modérées à émettre concernant la pratique de la self défense.

D’abord l’invincibilité n’existe pas. Ensuite, la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre, sans pour cela être traité de pleutre. Ensuite, nous avons tous en nous un potentiel défensif, ce potentiel, si minime soit-il, grandira avec la pratique. C’est un peu comme un mur que l’on construit, brique après brique, sans jamais atteindre les cieux.

Concernant la méthode la « plus efficace ». Avant toute chose, c’est davantage le professeur et l’élève qui priment, dans la mesure où nous avons tous deux bras et deux jambes. Ensuite, il y a le professeur, justement, avec son bagage technique et sa pédagogie, et l’élève, évidemment, avec sa régularité.

Maintenant il est vrai que l’on peut classer les disciplines de combat et les arts martiaux en trois grandes catégories. D’abord celle où la pratique en compétition est très développée. Ensuite l’art martial disons plus traditionnel où la recherche d’un travail interne prédomine avec celle d’un bien-être physique et mental et pourquoi pas du loisir. Enfin la troisième dans laquelle l’aspect purement utilitaire est revendiqué.

Une fois évoqué cela, il faut reconnaître que personne ne remettra en question l’efficacité, en cas d’agression, d’un pratiquant d’une de ces catégories en cas d’agression. Un athlète de haut-niveau se sortira plus facilement d’une agression qu’une personne non pratiquante, sans aucun doute. Quant à celui qui pratique un art disons plus traditionnel, sa pratique consiste quand même à répéter des gestes de combat.

Quant à ceux qui prétendent que seule l’expérience de la rue permet l’efficacité, ils ne sont pas sérieux. Nous sommes des éducateurs sportifs, non pas des exterminateurs. Dans la rue, ça se finit mal, en général.

Enfin, à l’attention de ceux qui critiquent systématiquement les autres méthodes et les techniques qu’ils ne maîtrisent pas, le droit de ne pas aimer ou de ne pas être d’accord existe, encore faut-il l’exprimer avec respect. Une valeur qui fait de plus en plus défaut. Il est inquiétant que ce soit l’expression manifestée par des personnes qui s’affirment pratiquantes de sport de combat et/ou d’arts martiaux, encore davantage s’ils sont professeurs.

Bonne rentrée à tous, quelque soit votre choix : pratiquez !

P.S. au risque de décevoir : l’efficacité totale en dix leçons, ça n’existe pas ! Ni même en une saison !

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Les incontournables « trois mouches »

Une courte histoire qui permet de découvrir ou redécouvrir (puisque je la propose chaque été) une leçon de sagesse issue du précieux et délicieux recueil intitulé « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Quelque soit la saison, ces lignes ne peuvent qu’être bénéfiques.

Le récit proposé ci-dessous matérialise l’art de vaincre sans combattre, ce qui est pour le moins une conduite dans laquelle intelligence et efficacité se marient à merveille.

« Trois mouches »

« Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant.

Trois rônins* entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï.

Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main.

Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir.

Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi. »

(*Ronin, selon la définition du Larousse : Samouraï qui quittait le service de son maître et se mettait à parcourir le pays en quête d’aventures.)

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Fin de saison

Une fin de saison, c’est souvent le moment de faire des bilans. Pour les pratiquants d’arts martiaux, c’est revenir sur environ dix mois de pratique.

D’abord, j’évoque ceux qui ont pu aller jusqu’au bout d’une saison commencée en septembre.

On fait un bilan sur les progrès réalisés, souvent matérialisés par l’obtention d’un grade supérieur, sur la découverte de nouveaux enchaînements et de nouvelles sensations dus à un investissement régulier. Pour ceux qui pratiquent une discipline avec des compétitions, on analyse ses victoires et ses défaites, en relativisant les unes et les autres.

On a renforcé des amitiés, on en a découvert d’autres. Parfois on déplore qu’une blessure a pu nous éloigner des tatamis le temps du rétablissement. On se souvient que parfois s’est manifestée la tentation de rester à la maison, mais jamais nous n’avons regretté de ne pas nous être écouté.

Par contre, comme chaque année, on déplore des abandons en cours de saison. Il existe plusieurs raisons à cela. Il y a les inévitables et…les autres.

Dans la première catégorie, ce sont des problèmes personnels, professionnels ou de santé qui ont mis un terme à un engagement sincère. On aurait préféré continuer à fouler les tatamis.

Ensuite, d’autres constats peuvent provoquer un arrêt. S’apercevoir que « ce n’est pas pour nous », que nous avons été déçus ou que c’est trop difficile physiquement, trop pointu techniquement, qu’il faut y consacrer beaucoup de temps pour progresser et s’exprimer. Ou tout simplement que nous nous sommes lancés dans une discipline qui ne nous correspond pas.

Enfin, il y la catégorie dans laquelle on trouve ceux qui abandonnent à tout.

A la fin de la saison, pour d’autres, se pose la question de savoir si on reprend en septembre. On a été au bout d’une saison, en sera-t-il de même pour la prochaine ? N’est-ce pas le moment de changer de discipline ? Avec l’argument de la nouveauté ? Cela peut se défendre, mais il faut savoir que les disciplines de combat demandent un investissement sur du long terme, comme dans beaucoup d’autres domaines, mais plus encore.

Pour les passionnés, cette question ne se pose pas. Sauf problèmes évoqués plus haut, ils seront présents pour continuer à découvrir et à se perfectionner dans des arts qui demandent des efforts, de la rigueur, mais qui offrent tant de récompenses et apportent autant de satisfactions en retour. Ils sont impatients de gravir de nouveaux échelons et de continuer à partager une passion.

Quant à ce que représente une fin de saison pour le professeur, nous y reviendrons dans le prochain article.

(Photo d’illustration : Léognan juin 2026)

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Self défense

Quelle est la méthode de self défense la plus efficace ? Il faut combien de temps pour appendre à se défendre ? Voilà deux questions récurrentes.

Je pense avoir certaines compétences pour aborder le sujet. Grâce à une longévité dans la pratique et dans l’enseignement, mais aussi avec un nombre important de situations au cours desquelles des élèves pratiquants de ju-jitsu se sont sortis d’affaire.

Même si on parle de plus en plus de violence et du besoin de se rassurer au travers de la pratique d’une méthode d’auto défense, le sujet n’est pas nouveau. Il n’y a qu’à se référer au nombre important de parutions qui y ont été consacrés depuis que l’imprimerie existe. (D’ailleurs, en image d’illustration, on retrouve un ouvrage écrit par une personne légendaire et qui présente une méthode très en vogue dans les années 1950.) Maintenant se sont davantage les vidéos qui pullulent sur les réseaux.

Dans ces vidéos il est rassurant de ne pas trouver que des « spécialistes » qui se targuent d’être les meilleurs experts dans la meilleure méthode. Heureusement, il y a des gens sérieux qui ont des analyses pleine de bon sens. Je n’oublie pas les défaitistes qui affirment que ça ne sert à rien de pratiquer un méthode de self défense, que la rue n’est pas le dojo. À ça, je répond que c’est heureux !

Avant tout, il faut préciser aux néophytes que si l’efficacité d’une méthode ne dépend pas que de son nom (même s’il est à la mode), mais de sa composition technique. Elle dépend aussi des compétences du professeur et de certaines qualités émanant des élèves, l’assiduité en premier.

Revenons sur ces trois critères.

D’abord le contenu technique de la méthode. Il faut que tous les aspects soient travaillés : à distance, en corps à corps, debout et au sol, à mains nues ou bien armées, contre un ou plusieurs adversaires.

Ensuite les compétences du professeur. Sur le plan technique évidemment, mais plus encore sur ses compétences pédagogiques. Maîtriser est une chose, transmettre efficacement en est une autre. Transmettre la technique mais aussi les bons comportements.

Enfin, les qualités de l’élève. On a tous un potentiel plus ou moins développé. Ce potentiel grandira au fur et à mesure de la pratique, sans pour autant atteindre l’invincibilité. L’efficacité s’obtient avec la régularité dans une pratique « au long cours », c’est pour cette raison que l’enseignement doit être attractif, mais aussi ( et surtout ) que l’élève soit motivé et qu’il fasse preuve de persévérance.

Quant aux exemples de personnes qui se sont sortis de mauvaises situations, ils sont nombreux et représentent un panel très divers. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, de tous niveaux et face à des situations très diverses d’agressions.

Pour conclure sur le sujet il faut rappeler que la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre, que l’issue d’une agression n’est jamais connue d’avance et réserve davantage de mauvaises surprises que de bonnes. A moins d’y être confronté régulièrement, on ignore comment on réagira dans ces moments où le stress est à son paroxysme.

Quoiqu’il en soit, une pratique régulière sera bénéfique dans le domaine de l’efficacité, mais aussi pour le développement de qualités physiques et mentales. Une bonne condition physique et un bon mental ne seront pas inutiles sur le plan purement utilitaire et tout simplement pour se sentir bien dans sa tête et dans son corps au quotidien.

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Nage waza, les projections…

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Aujourd’hui on revient sur les projections, un secteur majeur du ju-jitsu.

Rédhibitoire pour certains à cause des chutes, le « nage-waza » (technique de projections) offre pourtant beaucoup d’intérêts, comme nous le verrons un peu plus loin.

D’autres font des choix différents ou ne s’y intéressent pas, à moins qu’une mauvaise expérience soit à l’origine de ce désintérêt.

C’est pour cette raison que l’apprentissage des projections va avec celui du « savoir chuter ». Si mon partenaire ne maîtrise pas les chutes, je ne peux pas pratiquer les projections. Cet apprentissage doit être progressif pour ne pas décourager.

Apprendre à bien chuter sera utile dans un dojo, mais aussi en dehors (sans forcément que ce soit tous les jours, on ne passe pas nos journées à tomber).

Au niveau des projections, des différences existent dans les opportunités et les finalités, selon que l’on pratique le judo ou le ju-jitsu, mais la forme de corps est la même et les méthodes d’entraînements sont proches.

Sur le plan purement utilitaire, il serait dommage de s’en passer, sur certaines formes d’agressions, l’utilisation du nage-waza est redoutable, parfois même indispensable, sur des saisies par exemple, mais pas que.

Le nage-waza demande beaucoup de travail, de répétitions et donc de patience (c’est peut-être pour cela qu’existe parfois un désintérêt), mais en supplément de la plus-value en termes d’efficacité, on découvrira une véritable science du combat, une science qui répond à des principes techniques très fins, à une utilisation des déséquilibres qui nécessite une parfaite coordination. La fluidité dans « le geste juste au moment juste » sera déterminante; soit en utilisant directement l’énergie du partenaire (ou de l’adversaire) ou après l’avoir fait réagir, avec un coup (en ju-jitsu), ou avec le principe « action réaction » (principalement en judo) .

Tous ces mécanismes qui entrent en jeu sont plus naturels que l’on croit, simplement tant que nous ne les avons pas utilisés, nous l’ignorons, il faut juste les mettre au grand jour à l’aide d’un révélateur. Ce révélateur, c’est le professeur et ses qualités de pédagogue.

Enfin, on découvrira un monde dans lequel la recherche de la finesse technique, l’esthétisme et l’expression corporelle ont toutes leurs places. Elles seront autant de plaisirs procurés. Certaines projections sont magnifiques dans leur exécution.

N’oublions pas les bienfaits physiques procurés par une pratique régulière de ce secteur : un développement musculaire naturel, une bonne condition physique et bien d’autres qualités.

Il est faux d’affirmer que tout le monde ne possède pas la capacité d’exceller dans ce domaine, c’est davantage le manque d’envie et/ou de volonté qui limite les progrès.

Au travail !

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Indispensables régularité et durée

Nous sommes arrivés à la deuxième partie de la saison qui en compte cinq, entre deux vacances scolaires (qui manifestement ne concernent pas que les scolaires). Malheureusement à chaque reprise, quelques uns « quittent le navire ». A la fin de la saison, l’effectif n’est pas le même qu’au début.

Ce n’est pas propre aux arts martiaux, mais c’est dommage. Sans régularité il ne peut y avoir de progrès, sans une pratique qui s’inscrit dans la durée, il est difficile de s’exprimer, ce sont des  évidences toujours bonnes’ à rappeler.

La société évolue : les sollicitations sont de plus en plus nombreuses, les priorités se déplacent, on s’investit de moins en moins sur le long terme, on s’investit de moins en moins, tout simplement ! Enfin, le goût de l’effort et de la ténacité prend moins de place.

Il fut un temps où les soirées d’entraînement étaient sacrées et passaient avant tout le reste, sauf cas de force majeure. Il faut être objectif et reconnaître que ce n’est plus trop le cas. On se trouve souvent une excuse.

Les arts martiaux ont peut-être perdu de leur aura au fil des décennies avec l’émergence de disciplines dont certaines sont largement en marge des valeurs éducatives.

Les arts martiaux imposent un investissement plus important. Pourquoi ?  D’abord parce qu’il s’agit de l’apprentissage et de l’utilisation de techniques faites pour mettre hors d’état de nuire, elles peuvent même être fatales, elles sont donc dangereuses si elles ne sont pas enseignées avec un minimum de précautions qui passent par la formation, l’expérience et le bon sens. Il faut du temps pour les « maîtriser » parfaitement, dans les deux sens du terme : à la fois sur le plan de l’efficacité, mais aussi du contrôle.

Ensuite l’art martial est une « école de vie » (s’il est enseigné correctement), on progresse en technique, mais aussi en termes de relations sociales et amicales, en éducation physique et mentale, en éducation tout court. On doit s’y investir totalement.

Dans un dojo, on apprend à vivre, on apprend la patience, on idéalise le goût de l’effort et du perfectionnement avec la récompense qui les accompagnera. On respecte les lieux, le professeur, les autres pratiquants, etc. Autant de choses utiles en société.

Bien que la pratique des arts martiaux se situe  aussi dans la catégorie des loisirs, si on souhaite progresser et ainsi pouvoir s’exprimer de plus en plus subtilement et ainsi éprouver le plaisir des progrès il est indispensable de faire un effort de régularité. Mais est-ce vraiment un effort ? Peut-être un peu au début, mais il n’est pas mauvais de changer et d’opter pour de bonnes habitudes !

Finissons sur une note positive en indiquant qu’il existe encore beaucoup de pratiquants qui connaissent l’importance d’un engagement sur du long terme et de la régularité pour découvrir et profiter de tous les trésors que détiennent les arts que nous pratiquons.

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Self défense : quelques exemples.

Tout au long de ma carrière d’enseignant, j’ai pu recueillir de nombreux témoignages d’élèves qui ont subi des agressions qui n’étaient pas la conséquence de provocations tendant à démontrer qu’il faut être confronté « à la rue » pour se tester.

Ces personnes, jeunes ou moins jeunes, pratiquantes de haut-niveau ou pas, hommes ou femmes, ont réussi à se sortir de mauvaises situations grâce à leur pratique du ju-jitsu. Sans doute est-ce le cas grâce à d’autres disciplines, mais j’évoque les exemples qui m’ont été rapportés.

Aujourd’hui, j’en propose quelques-uns. Les noms ont été changés. Ces histoires, véridiques, prouvent, si besoin était, que les pratiques en tenue martiale, dotés d’objectifs qui ne se limitent pas à la bagarre de rue, ne sont pas incompatibles avec une efficacité certaine.

Jean-Pierre, pratiquant depuis quelques semaines, en vacances dans « les îles », a pu « faire face » à un tesson de bouteille manié par un individu qui manifestement ne lui voulait pas que du bien, cela grâce à une simple clef au bras (ude-gatame).

Solange, ceinture noire de ju-jitsu, a pu mettre en dehors d’une rame de métro un voyageur qui ne cessait d’importuner les autres, et cela à l’aide d’un simple taï-sabaki (déplacement du corps).

Avec un mae-geri (coup de pied de face) bien placé (ou mal placé, selon le camp dans lequel on se trouve) Viviane n’a pas hésité à condamner les ambitions perturbatrices d’un homme sur un quai de métro.

C’est avec un autre coup de pied, yoko-géri, que Martin à « ruiné » le genou de celui qui avait jeté son dévolu sur sa sacoche. Martin était ceinture blanche, il sortait d’une séance durant laquelle avait été effectué un travail important sur ce « coup de pied de côté ».

Jean, ceinture noire 4ème dan, policier de son état doit son salut (et peut-être celui d’autres personnes) à un waki-gatame de bonne facture sur un bras armé d’un revolver.

Alain, gradé en judo et en aïkido a pu faire face à une autre menace de revolver (factice, mais il l’ignorait) à l’aide d’une technique de désarmement que l’on retrouve par ailleurs dans le goshin-jitsu.

Ces quelques exemples, mais il en existe d’autres, prouvent si besoin est que la pratique d’un art martial peut être utile pour se sortir d’une mauvaise situation et même pour sauver sa vie et celle d’un tiers.

Cependant, rien n’est jamais acquis, plusieurs facteurs doivent être pris en considération ; la chance en premier lieu, la maîtrise technique, un peu de condition physique, mais aussi la capacité à ne pas perdre ses moyens dans une situation exceptionnelle. Il n’est pas inutile de rappeler qu’éviter toute confrontation, à l’issue fatalement fâcheuse, est la solution la plus sage.

Il m’a aussi été rapporté des histoires qui ne se sont pas aussi bien terminées, mais c’était de la part de personnes qui ne pratiquaient pas encore ; ces tristes expériences ont bien souvent motivé des inscriptions dans un dojo et curieusement – et heureusement – il n’a plus été question d’agression. Sans doute une confiance en soi ressentie par l’agresseur potentiel et l’évaluation de certaines situations à risque.

Quant à un troisième cas de figure, justement, c’est-à-dire celui d’un pratiquant dans l’incapacité de se défendre, aucun exemple ne m’a été confié ; peut-être par amour-propre ou encore parce que ce n’est pas arrivé, tout simplement. Que cela ne fournisse surtout pas la prétention et l’irresponsabilité de se croire invincible.

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Trois petites histoires (vraies)

Quelques anecdotes et réflexions

On se doute que ma carrière ne manque pas d’expériences en tout genre, mais aussi d’anecdotes surprenantes, parfois croustillantes et qui amènent autant de réflexions. Je profite de cette période où certains ont la chance de profiter d’un peu de vacances pour en proposer trois.

On commence avec une remarque particulière. Un soir, il y a quelques années, après une séance à l’essai, une personne me confie qu’elle ne s’inscrira pas, au motif que la séance n’était pas assez violente. Je lui ai confié qu’il s’agissait, pour ce qui me concerne, d’un beau compliment. Devant ma réaction cette personne m’a dit qu’elle avait du s’exprimer maladroitement, qu’elle voulait dire qu’elle souhaitait davantage de contact, comme dans la réalité. Pour la énième fois j’ai répété que la réalité c’était la réalité et l’entraînement c’était l’entraînement. Que nous étions là pour construire, non pas pour détruire.

Un autre exemple, il n’y a pas si longtemps, dans le nouveau dojo parisien que je venais d’ouvrir en 2019, avant la crise sanitaire destructive du Covid. Un homme me confiait qu’il avait fait quelques cours dans un club, qu’il en gardait un mauvais souvenir dans la mesure où, à chaque fois il mettait plusieurs jours à s’en remettre. A tel point qu’il se demandait s’il n’était pas préférable de ne rien pratiquer, quitte à « se faire casser la g…… » quelques fois, plutôt que de subir un tel traitement  deux fois par semaine. Il n’était pas démuni d’humour. Sans doute, il aurait été approprié que la seconde personne donne cette adresse à la première.

Enfin, un dernier pour aujourd‘hui. Nous sommes dans les années 1980, à Paris dans le célèbre dojo de la rue des Martyrs. Je démontre et explique une défense sur saisie par l’arrière à la gorge, avec une riposte classique en technique d’épaule : ippon seoi nage. D’un seul coup, entre deux explications alors que les élèves étaient encore autour de moi avant d’aller répéter, je sens quelqu’un me saisir brutalement de la même manière que pour l’attaque étudiée. Sans réfléchir, et faisant même l’économie d’un coup de coude de déséquilibre, j’applique la technique démontrée juste avant. La personne s’est retrouvée quelques mètres devant moi, assise jambes écartées après avoir « ricoché » sur le tatami. C’était son premier cours, il venait faire un essai. Je m’approche et lui demande pourquoi il a fait ça ? Il m’a répondu : « Pour voir » ! A mon tour je lui réponds : « Et bien vous avez vu » ! Il s’est inscrit.

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Retour sur les katas

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Il n’est jamais inutile de revenir sur les « fondamentaux » ; les katas en font partie. Les ignorer c’est renier certaines valeurs de nos disciplines.

Souvent ils ne sont abordés que lorsqu’un passage de grade se profile à l’horizon. C’est regrettable, ils sont bien davantage que ça.

On traduit kata par le mot « forme ». Pour plus de clarté on peut ajouter « imposée ».

Ils sont des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement, ils permettent la codification, la transmission et même la sauvegarde des techniques et des principes de bases. Ils sont les garants de nos traditions.

Malheureusement, considérés parfois comme des  « passages obligés » pour accéder au grade supérieur, ils ne sont abordés que dans cette optique ! Qu’ils intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation cela semble juste, mais leur utilité est plus importante.

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème et de leur faire traverser les âges, ce sont aussi de formidables méthodes d’entraînement.  En effet, ils représentent souvent un combat (le goshin-jitsu-no-kata notamment), certes un combat codifié pour des raisons évidentes de sécurité, mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement ;  en conséquence, les attaques d’Uke doivent être sincères et fortes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant, mais aussi qu’elles soient  réalistes et donc efficaces.

Pour les judokas, certains katas sont aussi l’occasion d’étudier des techniques « oubliées »,  interdites en compétition.

Le kata est également un exercice de style, certaines attitudes doivent être respectées. C’est le « plus » des arts martiaux. Un « plus » qui devient de plus en plus indispensable à conserver pour se démarquer.

Ils sont aussi, tout simplement, une addition de techniques intéressantes à pratiquer une par une. Il n’est pas nécessaire d’attendre un prochain examen pour commencer à les étudier.

Lors de l’exécution d’un kata, à l’occasion d’un examen, l’évaluation doit se faire, avant tout, sur l’efficacité des ripostes de Tori, qui répondent aux attaques d’Uke dont la sincérité doit être incontestable.

Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il faut respecter l’ordre des techniques, les déplacements et les emplacements. Enfin il faudra être attentif à l’attitude générale dans laquelle devront être exclus désinvolture et relâchement corporel.

Cependant, un problème et un mystère demeurent et entourent les katas : il s’agit de ces incessantes modifications dont ils sont les victimes de la part des organismes « officiels ». Cela a pour effet de décourager les élèves, de désorienter les professeurs et le jury, allant jusqu’à discréditer ces exercices.

Pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme une partie intégrante de la pratique  et non pas comme un passage imposé pour l’accession à un grade supérieur.

Enfin, dans la formation des juges, il est indispensable de hiérarchiser les critères de jugement. Certaines fautes sont rédhibitoires : celles qui touchent à l’efficacité (comme déjà indiqué plus haut), d’autres pas, d’où la nécessité pour les jurys d’être formés afin de nuancer leurs appréciations, en fonction de différents paramètres : âge, grade postulé, etc.

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