Toujours à propos de self défense

Entre ceux qui disent que cela ne sert à rien d’apprendre à se défendre, ceux qui affirment que leur méthode est la meilleure, ceux qui critiquent les techniques qu’ils ne maîtrisent pas et ceux qui disent que l’expérience de la rue est la seule qui vaille, il y a des réflexions plus modérées à émettre concernant la pratique de la self défense.

D’abord l’invincibilité n’existe pas. Ensuite, la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre, sans pour cela être traité de pleutre. Ensuite, nous avons tous en nous un potentiel défensif, ce potentiel, si minime soit-il, grandira avec la pratique. C’est un peu comme un mur que l’on construit, brique après brique, sans jamais atteindre les cieux.

Concernant la méthode la « plus efficace ». Avant toute chose, c’est davantage le professeur et l’élève qui priment, dans la mesure où nous avons tous deux bras et deux jambes. Ensuite, il y a le professeur, justement, avec son bagage technique et sa pédagogie, et l’élève, évidemment, avec sa régularité.

Maintenant il est vrai que l’on peut classer les disciplines de combat et les arts martiaux en trois grandes catégories. D’abord celle où la pratique en compétition est très développée. Ensuite l’art martial disons plus traditionnel où la recherche d’un travail interne prédomine avec celle d’un bien-être physique et mental et pourquoi pas du loisir. Enfin la troisième dans laquelle l’aspect purement utilitaire est revendiqué.

Une fois évoqué cela, il faut reconnaître que personne ne remettra en question l’efficacité, en cas d’agression, d’un pratiquant d’une de ces catégories en cas d’agression. Un athlète de haut-niveau se sortira plus facilement d’une agression qu’une personne non pratiquante, sans aucun doute. Quant à celui qui pratique un art disons plus traditionnel, sa pratique consiste quand même à répéter des gestes de combat.

Quant à ceux qui prétendent que seule l’expérience de la rue permet l’efficacité, ils ne sont pas sérieux. Nous sommes des éducateurs sportifs, non pas des exterminateurs. Dans la rue, ça se finit mal, en général.

Enfin, à l’attention de ceux qui critiquent systématiquement les autres méthodes et les techniques qu’ils ne maîtrisent pas, le droit de ne pas aimer ou de ne pas être d’accord existe, encore faut-il l’exprimer avec respect. Une valeur qui fait de plus en plus défaut. Il est inquiétant que ce soit l’expression manifestée par des personnes qui s’affirment pratiquantes de sport de combat et/ou d’arts martiaux, encore davantage s’ils sont professeurs.

Bonne rentrée à tous, quelque soit votre choix : pratiquez !

P.S. au risque de décevoir : l’efficacité totale en dix leçons, ça n’existe pas ! Ni même en une saison !

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Les incontournables « trois mouches »

Une courte histoire qui permet de découvrir ou redécouvrir (puisque je la propose chaque été) une leçon de sagesse issue du précieux et délicieux recueil intitulé « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Quelque soit la saison, ces lignes ne peuvent qu’être bénéfiques.

Le récit proposé ci-dessous matérialise l’art de vaincre sans combattre, ce qui est pour le moins une conduite dans laquelle intelligence et efficacité se marient à merveille.

« Trois mouches »

« Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant.

Trois rônins* entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï.

Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main.

Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir.

Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi. »

(*Ronin, selon la définition du Larousse : Samouraï qui quittait le service de son maître et se mettait à parcourir le pays en quête d’aventures.)

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Fin de saison

Une fin de saison, c’est souvent le moment de faire des bilans. Pour les pratiquants d’arts martiaux, c’est revenir sur environ dix mois de pratique.

D’abord, j’évoque ceux qui ont pu aller jusqu’au bout d’une saison commencée en septembre.

On fait un bilan sur les progrès réalisés, souvent matérialisés par l’obtention d’un grade supérieur, sur la découverte de nouveaux enchaînements et de nouvelles sensations dus à un investissement régulier. Pour ceux qui pratiquent une discipline avec des compétitions, on analyse ses victoires et ses défaites, en relativisant les unes et les autres.

On a renforcé des amitiés, on en a découvert d’autres. Parfois on déplore qu’une blessure a pu nous éloigner des tatamis le temps du rétablissement. On se souvient que parfois s’est manifestée la tentation de rester à la maison, mais jamais nous n’avons regretté de ne pas nous être écouté.

Par contre, comme chaque année, on déplore des abandons en cours de saison. Il existe plusieurs raisons à cela. Il y a les inévitables et…les autres.

Dans la première catégorie, ce sont des problèmes personnels, professionnels ou de santé qui ont mis un terme à un engagement sincère. On aurait préféré continuer à fouler les tatamis.

Ensuite, d’autres constats peuvent provoquer un arrêt. S’apercevoir que « ce n’est pas pour nous », que nous avons été déçus ou que c’est trop difficile physiquement, trop pointu techniquement, qu’il faut y consacrer beaucoup de temps pour progresser et s’exprimer. Ou tout simplement que nous nous sommes lancés dans une discipline qui ne nous correspond pas.

Enfin, il y la catégorie dans laquelle on trouve ceux qui abandonnent à tout.

A la fin de la saison, pour d’autres, se pose la question de savoir si on reprend en septembre. On a été au bout d’une saison, en sera-t-il de même pour la prochaine ? N’est-ce pas le moment de changer de discipline ? Avec l’argument de la nouveauté ? Cela peut se défendre, mais il faut savoir que les disciplines de combat demandent un investissement sur du long terme, comme dans beaucoup d’autres domaines, mais plus encore.

Pour les passionnés, cette question ne se pose pas. Sauf problèmes évoqués plus haut, ils seront présents pour continuer à découvrir et à se perfectionner dans des arts qui demandent des efforts, de la rigueur, mais qui offrent tant de récompenses et apportent autant de satisfactions en retour. Ils sont impatients de gravir de nouveaux échelons et de continuer à partager une passion.

Quant à ce que représente une fin de saison pour le professeur, nous y reviendrons dans le prochain article.

(Photo d’illustration : Léognan juin 2026)

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Self défense

Quelle est la méthode de self défense la plus efficace ? Il faut combien de temps pour appendre à se défendre ? Voilà deux questions récurrentes.

Je pense avoir certaines compétences pour aborder le sujet. Grâce à une longévité dans la pratique et dans l’enseignement, mais aussi avec un nombre important de situations au cours desquelles des élèves pratiquants de ju-jitsu se sont sortis d’affaire.

Même si on parle de plus en plus de violence et du besoin de se rassurer au travers de la pratique d’une méthode d’auto défense, le sujet n’est pas nouveau. Il n’y a qu’à se référer au nombre important de parutions qui y ont été consacrés depuis que l’imprimerie existe. (D’ailleurs, en image d’illustration, on retrouve un ouvrage écrit par une personne légendaire et qui présente une méthode très en vogue dans les années 1950.) Maintenant se sont davantage les vidéos qui pullulent sur les réseaux.

Dans ces vidéos il est rassurant de ne pas trouver que des « spécialistes » qui se targuent d’être les meilleurs experts dans la meilleure méthode. Heureusement, il y a des gens sérieux qui ont des analyses pleine de bon sens. Je n’oublie pas les défaitistes qui affirment que ça ne sert à rien de pratiquer un méthode de self défense, que la rue n’est pas le dojo. À ça, je répond que c’est heureux !

Avant tout, il faut préciser aux néophytes que si l’efficacité d’une méthode ne dépend pas que de son nom (même s’il est à la mode), mais de sa composition technique. Elle dépend aussi des compétences du professeur et de certaines qualités émanant des élèves, l’assiduité en premier.

Revenons sur ces trois critères.

D’abord le contenu technique de la méthode. Il faut que tous les aspects soient travaillés : à distance, en corps à corps, debout et au sol, à mains nues ou bien armées, contre un ou plusieurs adversaires.

Ensuite les compétences du professeur. Sur le plan technique évidemment, mais plus encore sur ses compétences pédagogiques. Maîtriser est une chose, transmettre efficacement en est une autre. Transmettre la technique mais aussi les bons comportements.

Enfin, les qualités de l’élève. On a tous un potentiel plus ou moins développé. Ce potentiel grandira au fur et à mesure de la pratique, sans pour autant atteindre l’invincibilité. L’efficacité s’obtient avec la régularité dans une pratique « au long cours », c’est pour cette raison que l’enseignement doit être attractif, mais aussi ( et surtout ) que l’élève soit motivé et qu’il fasse preuve de persévérance.

Quant aux exemples de personnes qui se sont sortis de mauvaises situations, ils sont nombreux et représentent un panel très divers. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, de tous niveaux et face à des situations très diverses d’agressions.

Pour conclure sur le sujet il faut rappeler que la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre, que l’issue d’une agression n’est jamais connue d’avance et réserve davantage de mauvaises surprises que de bonnes. A moins d’y être confronté régulièrement, on ignore comment on réagira dans ces moments où le stress est à son paroxysme.

Quoiqu’il en soit, une pratique régulière sera bénéfique dans le domaine de l’efficacité, mais aussi pour le développement de qualités physiques et mentales. Une bonne condition physique et un bon mental ne seront pas inutiles sur le plan purement utilitaire et tout simplement pour se sentir bien dans sa tête et dans son corps au quotidien.

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Nage waza, les projections…

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Aujourd’hui on revient sur les projections, un secteur majeur du ju-jitsu.

Rédhibitoire pour certains à cause des chutes, le « nage-waza » (technique de projections) offre pourtant beaucoup d’intérêts, comme nous le verrons un peu plus loin.

D’autres font des choix différents ou ne s’y intéressent pas, à moins qu’une mauvaise expérience soit à l’origine de ce désintérêt.

C’est pour cette raison que l’apprentissage des projections va avec celui du « savoir chuter ». Si mon partenaire ne maîtrise pas les chutes, je ne peux pas pratiquer les projections. Cet apprentissage doit être progressif pour ne pas décourager.

Apprendre à bien chuter sera utile dans un dojo, mais aussi en dehors (sans forcément que ce soit tous les jours, on ne passe pas nos journées à tomber).

Au niveau des projections, des différences existent dans les opportunités et les finalités, selon que l’on pratique le judo ou le ju-jitsu, mais la forme de corps est la même et les méthodes d’entraînements sont proches.

Sur le plan purement utilitaire, il serait dommage de s’en passer, sur certaines formes d’agressions, l’utilisation du nage-waza est redoutable, parfois même indispensable, sur des saisies par exemple, mais pas que.

Le nage-waza demande beaucoup de travail, de répétitions et donc de patience (c’est peut-être pour cela qu’existe parfois un désintérêt), mais en supplément de la plus-value en termes d’efficacité, on découvrira une véritable science du combat, une science qui répond à des principes techniques très fins, à une utilisation des déséquilibres qui nécessite une parfaite coordination. La fluidité dans « le geste juste au moment juste » sera déterminante; soit en utilisant directement l’énergie du partenaire (ou de l’adversaire) ou après l’avoir fait réagir, avec un coup (en ju-jitsu), ou avec le principe « action réaction » (principalement en judo) .

Tous ces mécanismes qui entrent en jeu sont plus naturels que l’on croit, simplement tant que nous ne les avons pas utilisés, nous l’ignorons, il faut juste les mettre au grand jour à l’aide d’un révélateur. Ce révélateur, c’est le professeur et ses qualités de pédagogue.

Enfin, on découvrira un monde dans lequel la recherche de la finesse technique, l’esthétisme et l’expression corporelle ont toutes leurs places. Elles seront autant de plaisirs procurés. Certaines projections sont magnifiques dans leur exécution.

N’oublions pas les bienfaits physiques procurés par une pratique régulière de ce secteur : un développement musculaire naturel, une bonne condition physique et bien d’autres qualités.

Il est faux d’affirmer que tout le monde ne possède pas la capacité d’exceller dans ce domaine, c’est davantage le manque d’envie et/ou de volonté qui limite les progrès.

Au travail !

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Indispensables régularité et durée

Nous sommes arrivés à la deuxième partie de la saison qui en compte cinq, entre deux vacances scolaires (qui manifestement ne concernent pas que les scolaires). Malheureusement à chaque reprise, quelques uns « quittent le navire ». A la fin de la saison, l’effectif n’est pas le même qu’au début.

Ce n’est pas propre aux arts martiaux, mais c’est dommage. Sans régularité il ne peut y avoir de progrès, sans une pratique qui s’inscrit dans la durée, il est difficile de s’exprimer, ce sont des  évidences toujours bonnes’ à rappeler.

La société évolue : les sollicitations sont de plus en plus nombreuses, les priorités se déplacent, on s’investit de moins en moins sur le long terme, on s’investit de moins en moins, tout simplement ! Enfin, le goût de l’effort et de la ténacité prend moins de place.

Il fut un temps où les soirées d’entraînement étaient sacrées et passaient avant tout le reste, sauf cas de force majeure. Il faut être objectif et reconnaître que ce n’est plus trop le cas. On se trouve souvent une excuse.

Les arts martiaux ont peut-être perdu de leur aura au fil des décennies avec l’émergence de disciplines dont certaines sont largement en marge des valeurs éducatives.

Les arts martiaux imposent un investissement plus important. Pourquoi ?  D’abord parce qu’il s’agit de l’apprentissage et de l’utilisation de techniques faites pour mettre hors d’état de nuire, elles peuvent même être fatales, elles sont donc dangereuses si elles ne sont pas enseignées avec un minimum de précautions qui passent par la formation, l’expérience et le bon sens. Il faut du temps pour les « maîtriser » parfaitement, dans les deux sens du terme : à la fois sur le plan de l’efficacité, mais aussi du contrôle.

Ensuite l’art martial est une « école de vie » (s’il est enseigné correctement), on progresse en technique, mais aussi en termes de relations sociales et amicales, en éducation physique et mentale, en éducation tout court. On doit s’y investir totalement.

Dans un dojo, on apprend à vivre, on apprend la patience, on idéalise le goût de l’effort et du perfectionnement avec la récompense qui les accompagnera. On respecte les lieux, le professeur, les autres pratiquants, etc. Autant de choses utiles en société.

Bien que la pratique des arts martiaux se situe  aussi dans la catégorie des loisirs, si on souhaite progresser et ainsi pouvoir s’exprimer de plus en plus subtilement et ainsi éprouver le plaisir des progrès il est indispensable de faire un effort de régularité. Mais est-ce vraiment un effort ? Peut-être un peu au début, mais il n’est pas mauvais de changer et d’opter pour de bonnes habitudes !

Finissons sur une note positive en indiquant qu’il existe encore beaucoup de pratiquants qui connaissent l’importance d’un engagement sur du long terme et de la régularité pour découvrir et profiter de tous les trésors que détiennent les arts que nous pratiquons.

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Self défense : quelques exemples.

Tout au long de ma carrière d’enseignant, j’ai pu recueillir de nombreux témoignages d’élèves qui ont subi des agressions qui n’étaient pas la conséquence de provocations tendant à démontrer qu’il faut être confronté « à la rue » pour se tester.

Ces personnes, jeunes ou moins jeunes, pratiquantes de haut-niveau ou pas, hommes ou femmes, ont réussi à se sortir de mauvaises situations grâce à leur pratique du ju-jitsu. Sans doute est-ce le cas grâce à d’autres disciplines, mais j’évoque les exemples qui m’ont été rapportés.

Aujourd’hui, j’en propose quelques-uns. Les noms ont été changés. Ces histoires, véridiques, prouvent, si besoin était, que les pratiques en tenue martiale, dotés d’objectifs qui ne se limitent pas à la bagarre de rue, ne sont pas incompatibles avec une efficacité certaine.

Jean-Pierre, pratiquant depuis quelques semaines, en vacances dans « les îles », a pu « faire face » à un tesson de bouteille manié par un individu qui manifestement ne lui voulait pas que du bien, cela grâce à une simple clef au bras (ude-gatame).

Solange, ceinture noire de ju-jitsu, a pu mettre en dehors d’une rame de métro un voyageur qui ne cessait d’importuner les autres, et cela à l’aide d’un simple taï-sabaki (déplacement du corps).

Avec un mae-geri (coup de pied de face) bien placé (ou mal placé, selon le camp dans lequel on se trouve) Viviane n’a pas hésité à condamner les ambitions perturbatrices d’un homme sur un quai de métro.

C’est avec un autre coup de pied, yoko-géri, que Martin à « ruiné » le genou de celui qui avait jeté son dévolu sur sa sacoche. Martin était ceinture blanche, il sortait d’une séance durant laquelle avait été effectué un travail important sur ce « coup de pied de côté ».

Jean, ceinture noire 4ème dan, policier de son état doit son salut (et peut-être celui d’autres personnes) à un waki-gatame de bonne facture sur un bras armé d’un revolver.

Alain, gradé en judo et en aïkido a pu faire face à une autre menace de revolver (factice, mais il l’ignorait) à l’aide d’une technique de désarmement que l’on retrouve par ailleurs dans le goshin-jitsu.

Ces quelques exemples, mais il en existe d’autres, prouvent si besoin est que la pratique d’un art martial peut être utile pour se sortir d’une mauvaise situation et même pour sauver sa vie et celle d’un tiers.

Cependant, rien n’est jamais acquis, plusieurs facteurs doivent être pris en considération ; la chance en premier lieu, la maîtrise technique, un peu de condition physique, mais aussi la capacité à ne pas perdre ses moyens dans une situation exceptionnelle. Il n’est pas inutile de rappeler qu’éviter toute confrontation, à l’issue fatalement fâcheuse, est la solution la plus sage.

Il m’a aussi été rapporté des histoires qui ne se sont pas aussi bien terminées, mais c’était de la part de personnes qui ne pratiquaient pas encore ; ces tristes expériences ont bien souvent motivé des inscriptions dans un dojo et curieusement – et heureusement – il n’a plus été question d’agression. Sans doute une confiance en soi ressentie par l’agresseur potentiel et l’évaluation de certaines situations à risque.

Quant à un troisième cas de figure, justement, c’est-à-dire celui d’un pratiquant dans l’incapacité de se défendre, aucun exemple ne m’a été confié ; peut-être par amour-propre ou encore parce que ce n’est pas arrivé, tout simplement. Que cela ne fournisse surtout pas la prétention et l’irresponsabilité de se croire invincible.

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Trois petites histoires (vraies)

Quelques anecdotes et réflexions

On se doute que ma carrière ne manque pas d’expériences en tout genre, mais aussi d’anecdotes surprenantes, parfois croustillantes et qui amènent autant de réflexions. Je profite de cette période où certains ont la chance de profiter d’un peu de vacances pour en proposer trois.

On commence avec une remarque particulière. Un soir, il y a quelques années, après une séance à l’essai, une personne me confie qu’elle ne s’inscrira pas, au motif que la séance n’était pas assez violente. Je lui ai confié qu’il s’agissait, pour ce qui me concerne, d’un beau compliment. Devant ma réaction cette personne m’a dit qu’elle avait du s’exprimer maladroitement, qu’elle voulait dire qu’elle souhaitait davantage de contact, comme dans la réalité. Pour la énième fois j’ai répété que la réalité c’était la réalité et l’entraînement c’était l’entraînement. Que nous étions là pour construire, non pas pour détruire.

Un autre exemple, il n’y a pas si longtemps, dans le nouveau dojo parisien que je venais d’ouvrir en 2019, avant la crise sanitaire destructive du Covid. Un homme me confiait qu’il avait fait quelques cours dans un club, qu’il en gardait un mauvais souvenir dans la mesure où, à chaque fois il mettait plusieurs jours à s’en remettre. A tel point qu’il se demandait s’il n’était pas préférable de ne rien pratiquer, quitte à « se faire casser la g…… » quelques fois, plutôt que de subir un tel traitement  deux fois par semaine. Il n’était pas démuni d’humour. Sans doute, il aurait été approprié que la seconde personne donne cette adresse à la première.

Enfin, un dernier pour aujourd‘hui. Nous sommes dans les années 1980, à Paris dans le célèbre dojo de la rue des Martyrs. Je démontre et explique une défense sur saisie par l’arrière à la gorge, avec une riposte classique en technique d’épaule : ippon seoi nage. D’un seul coup, entre deux explications alors que les élèves étaient encore autour de moi avant d’aller répéter, je sens quelqu’un me saisir brutalement de la même manière que pour l’attaque étudiée. Sans réfléchir, et faisant même l’économie d’un coup de coude de déséquilibre, j’applique la technique démontrée juste avant. La personne s’est retrouvée quelques mètres devant moi, assise jambes écartées après avoir « ricoché » sur le tatami. C’était son premier cours, il venait faire un essai. Je m’approche et lui demande pourquoi il a fait ça ? Il m’a répondu : « Pour voir » ! A mon tour je lui réponds : « Et bien vous avez vu » ! Il s’est inscrit.

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Retour sur les katas

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Il n’est jamais inutile de revenir sur les « fondamentaux » ; les katas en font partie. Les ignorer c’est renier certaines valeurs de nos disciplines.

Souvent ils ne sont abordés que lorsqu’un passage de grade se profile à l’horizon. C’est regrettable, ils sont bien davantage que ça.

On traduit kata par le mot « forme ». Pour plus de clarté on peut ajouter « imposée ».

Ils sont des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement, ils permettent la codification, la transmission et même la sauvegarde des techniques et des principes de bases. Ils sont les garants de nos traditions.

Malheureusement, considérés parfois comme des  « passages obligés » pour accéder au grade supérieur, ils ne sont abordés que dans cette optique ! Qu’ils intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation cela semble juste, mais leur utilité est plus importante.

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème et de leur faire traverser les âges, ce sont aussi de formidables méthodes d’entraînement.  En effet, ils représentent souvent un combat (le goshin-jitsu-no-kata notamment), certes un combat codifié pour des raisons évidentes de sécurité, mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement ;  en conséquence, les attaques d’Uke doivent être sincères et fortes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant, mais aussi qu’elles soient  réalistes et donc efficaces.

Pour les judokas, certains katas sont aussi l’occasion d’étudier des techniques « oubliées »,  interdites en compétition.

Le kata est également un exercice de style, certaines attitudes doivent être respectées. C’est le « plus » des arts martiaux. Un « plus » qui devient de plus en plus indispensable à conserver pour se démarquer.

Ils sont aussi, tout simplement, une addition de techniques intéressantes à pratiquer une par une. Il n’est pas nécessaire d’attendre un prochain examen pour commencer à les étudier.

Lors de l’exécution d’un kata, à l’occasion d’un examen, l’évaluation doit se faire, avant tout, sur l’efficacité des ripostes de Tori, qui répondent aux attaques d’Uke dont la sincérité doit être incontestable.

Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il faut respecter l’ordre des techniques, les déplacements et les emplacements. Enfin il faudra être attentif à l’attitude générale dans laquelle devront être exclus désinvolture et relâchement corporel.

Cependant, un problème et un mystère demeurent et entourent les katas : il s’agit de ces incessantes modifications dont ils sont les victimes de la part des organismes « officiels ». Cela a pour effet de décourager les élèves, de désorienter les professeurs et le jury, allant jusqu’à discréditer ces exercices.

Pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme une partie intégrante de la pratique  et non pas comme un passage imposé pour l’accession à un grade supérieur.

Enfin, dans la formation des juges, il est indispensable de hiérarchiser les critères de jugement. Certaines fautes sont rédhibitoires : celles qui touchent à l’efficacité (comme déjà indiqué plus haut), d’autres pas, d’où la nécessité pour les jurys d’être formés afin de nuancer leurs appréciations, en fonction de différents paramètres : âge, grade postulé, etc.

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A propos de self défense

Entre ceux qui disent que suivre des cours de self défense ne sert à rien, ceux qui affirment que leur méthode est la meilleure ou encore ceux qui soutiennent que la vraie expérience est celle de la rue, pour un néophyte, il y a de quoi être perplexe, sinon perdu.

On se doute que mon opinion est plus modérée et plus pragmatique. Je pense avoir acquis une certaine autorité en la matière qui me permet de donner un avis, que chacun est libre de ne pas partager. Il ne s’agit que d’un point de vue qui s’appuie sur quelques décennies de pratique et d’expérience.

UNE BONNE MÉTHODE, UN BON PROFESSEUR,  UNE BONNE RÉGULARITÉ

A la base, nous possédons tous un potentiel, plus ou moins important en matière de défense personnelle. Un potentiel que l’on pourrait graduer de 1 à 100. Chaque séance permettra de l’augmenter (pour peu qu’on soit dans de bonnes conditions), en sachant qu’on n’arrivera jamais à 100, c’est-à-dire à l’invincibilité.

Pour se sortir d’une mauvaise situation, il y a d’abord deux éléments essentiels à prendre en considération. Premièrement essayer de ne pas s’y trouver ! Deuxièmement, si c’est le cas, tenter de désamorcer le conflit afin d’éviter un affrontement qui finira forcément mal, pour l’un des deux – l’agressé ou l’agresseur – ou encore pour les deux.

Ensuite, c’est mon point de vue, au moins trois éléments sont déterminants : la chance, le stress et la pratique.

Concernant la chance, nous n’y pouvons rien, par définition. Même si on évite les situations à risque et que l’on est décidé à ne pas envenimer les choses, le facteur chance existe.

Pour ce qui concerne le stress, là aussi c’est très personnel, nous ne sommes pas tous égaux dans ce domaine. Même entraîné physiquement et affuté techniquement, on ne sait pas qu’elles seront nos réactions.

Cependant, si nous n’avons jamais été confrontés à ce genre de situation, il n’est pas envisageable d’en provoquer une, juste pour voir…

Enfin, ce qui est certain, comme indiqué plus haut, c’est qu’une pratique qui s’inscrit dans la durée et la régularité est indispensable. A moins d’être dans les mains d’un enseignant incompétent et/ou pratiquer une méthode incomplète.

Le professeur est déterminant, comment pourrait-il en être autrement ? Il doit donner l’envie de commencer et de continuer. De continuer en proposant une pratique efficace dans laquelle la lassitude ne s’installera pas et surtout qui limite les blessures. En effet, la régularité est indispensable pour faire des progrès. Être souvent blessé est la meilleure façon de ne pas s’entraîner et donc de ne pas progresser.

Enfin, il doit proposer une pratique dans laquelle ne suinte ni brutalité, ni violence. Je n’ignore pas que tout le monde n’est pas de cet avis ; chacun est libre, mais prenons garde de ne pas ajouter de la violence à la violence.

La réalité, c’est la réalité, on sauve sa vie, mais l’entraînement c’est l’entraînement. Dans un dojo nous ne sommes pas en survie, bien heureusement. Dans un dojo on s’élève techniquement, physiquement et mentalement !

En conclusion, la méthode est déterminante, mais celui qui l’enseigne l’est tout autant. Une bonne méthode mal enseignée n’est d’aucune utilité, bien au contraire !

Quant à l’élève, s’il veut progresser, sa première qualité sera sa présence.

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