Les anciens

Anciens, séniors, vétérans, vieux, vieillards, ancêtres, etc. Voilà un échantillon de noms, plus ou moins agréables, qui désignent le troisième âge et même, maintenant le quatrième !

Ayant intégré une décennie qui me place largement dans une des ces catégories, j’ai pensé livrer quelques réflexions sur le sujet.

Vieillir, comme disait Jean d’Ormesson, c’est encore la meilleure façon de ne pas mourir. Cette expression mise à part, il existe quelques avantages à prendre de l’âge, mais en toute objectivité ils sont moins nombreux que les désagréments.

Cet article se voulant positif, c’est la mise en avant des « privilèges » qui sera favorisée. Ils sont connus, sans doute n’est-il pas inutile de les rappeler.

Ce n’est pas toujours évident de vieillir, alors autant bien le faire. Pour cela il faut bénéficier avant tout d’une bonne santé. Cette santé qui est le fruit de différents facteurs : la génétique, l’entretien physique, l’hygiène de vie et… la chance. Mais aussi l’environnement  et un certain confort qui offre des soins, une vie sociale et familiale digne de ce nom. Vieillir dans la solitude et la précarité ne devait pas exister.

Donc, revenons aux quelques avantages que doit (ou devrait) apporter l’avancée en âge : l’expérience, la connaissance, la sagesse, la tolérance, la relativisation et sans doute quelques autres. Toutes ces qualités mériteront un prochain article.

Dans nos disciplines, ceux qu’on appelle affectueusement « les anciens » sont, pour certains, des puits de science. Ils doivent être respectés. Pas uniquement ceux-là, mais tous ceux qui ont fait preuve d’un engagement et d’une fidélité totale à leur discipline.

Ni vénération, ni idolâtrie, simplement de la considération pour un parcours et pour une personne qui forcement a un chemin plus important. Un « ancien » est par définition… plus ancien, il a forcément des choses à apprendre aux plus jeunes. Surtout quand ils ont été professeurs ; se souvenir de ce que l’enseignant a apporté, que sans lui, on ne serait peut-être pas le pratiquant que l’on est devenu. Malheureusement, parfois, l’ingratitude n’est pas qu’un mot.

Même si le physique n’est plus tout à fait le même, la connaissance technique ne s’altère pas et encore moins l’esprit ; c’est aussi ce que voulait mettre en avant Jigoro Kano avec le « shin gi tai ». C’est l’occasion de rappeler que les grades ne sont pas que le reflet des aptitudes physiques, ni des connaissances techniques, mais aussi et surtout celui de la durée d’un engagement.

Une société qui ne respecterait plus « ses anciens » n’aurait sans doute que peu d’avenir.

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Vaincre sans combattre…

Pour bien  commencer l’été, je propose la rediffusion d’une histoire savoureuse qui illustre à merveille l’article de la semaine passée.

Toujours extraite du recueil  “Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon”. On ne s’en lasse pas. Bonne lecture.

L’art de vaincre sans combattreL’intelligence au service de la victoire. Un concept qui n’a pas d’âge, et pourtant…

« Le célèbre Maître Tsukahara Bokuden traversait le lac Biwa sur un radeau avec d’autres voyageurs. Parmi eux, il y avait un samouraï extrêmement prétentieux qui n’arrêtait pas de vanter ses exploits et sa maîtrise du sabre. A l’écouter, il était le champion toutes catégories du Japon. C’est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l’écoutaient avec une admiration mêlée de crainte. Tous ? Pas vraiment, car Bokuden restait à l’écart et ne paraissait pas le moins du monde gober toutes ces sornettes. Le samouraï s’en aperçut et, vexé, il s’approcha de Bokuden pour lui dire : «Toi aussi tu portes une paire de sabres. Si tu es samouraï, pourquoi ne dis-tu pas un mot » ? Budoken répondit calmement : -«  Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste, non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu. » Le samouraï se gratta le crâne et demanda : – « Mais alors, quelle est ton école ? » – « C’est l’école du combat sans armes. » – « Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ? – « Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C’est un sacré défi. » Exaspéré, le samouraï continua : -«  Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ? » – « Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne ! » Hors de lui, le samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche, mais Bukuden suggéra qu’il serait préférable d’aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d’attroupement et être plus tranquille. Le samouraï accepta. Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le samouraï sauta à terre, dégaina son sabre, prêt au combat. Budoken enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur et s’élança pour sauter à terre, quand, soudain, il saisit la perche du batelier, puis dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant. Budoken se retourna alors vers le samouraï qui gesticulait sur l’île déserte et il lui cria – « Tu vois, c’est cela, vaincre sans arme ! »

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Vaincre sans combattre

Ci-dessous, un texte extrêmement intéressant, encore davantage dans la période de violence que nous connaissons. La violence physique mais pas que, celles de certaines décisions (ou d’absence de décision), et de paroles méprisantes sont parfois plus meurtrières.

Ce texte – que je vous conseille vraiment de lire intégralement – est issu du recueil qui devrait être le livre de chevet de tout pratiquant d’arts martiaux digne de ce nom. Il s’agit de « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Plusieurs chapitres composent ce livre et développent ainsi différents thèmes. Un de ceux-là est consacré à l’art de « vaincre sans combattre ». Différents récits le composent et j’en ai déjà proposé un certain nombre sur mon blog.

Aujourd’hui, c’est l’introduction de ce chapitre que je présente. Un texte riche d’enseignement et de sagesse. C’est le petit plus de l’art martial, celui qui fait que je lui reste fidèle.

« Les grands Maîtres n’ont cessé de répéter que « la plus haute maîtrise est de vaincre sans combattre ». Ils considéraient que leur Art  ne devait pas servir à tuer, mais à protéger la vie.

Pour eux, quoi de plus facile que d’utiliser leur écrasante supériorité contre un agresseur ? Alors que se débarrasser d’un attaquant sans le blesser, sans même qu’il y ait un combat, relève de l’exploit. Et après tout, la véritable efficacité ne consiste-t-elle pas à décourager ou à se concilier l’éventuel adversaire car, comme le dit un proverbe chinois, « un ennemi que tu vaincs reste ton ennemi. Un ennemi que tu convaincs devient ton ami » ?

Vaincre sans combattre n’est pas à la portée du premier venu. «Un homme ordinaire dégainera son sabre s’il se sent ridiculisé et risquera sa vie, mais il ne sera pas appelé un homme courageux. Un homme supérieur n’est pas troublé même dans les situations les plus inattendues, car il a une grande âme et un noble but, aimait à dire Funakoshi Gishin (le fondateur du karaté). Celui qui ne peut se dominer face à un danger risque de devenir agressif et de réagir violemment. Il entre ainsi dans le jeu de l’adversaire. Parfois il peut même croire qu’il est menacé alors qu’il n’en est rien. Tandis que celui qui reste maître de lui dans toutes les situations peut faire face avec toute sa lucidité, tous ses moyens.

Réagir violement est une solution de facilité, rester calme est un tour de force. C’est ce qu’exprime Lao-Tseu dans une des fameuses sentences du Tao-tö king : « Imposer sa volonté à autrui est une démonstration de force ordinaire, se l’imposer à soi, un témoignage de puissance véritable. »

Si, malgré lui, un maître est entraîné dans un combat, il parvient, en fait, à neutraliser son adversaire sans vraiment combattre. L’essence des Arts Martiaux japonais est profondément non violente. Elle repose en effet sur le principe de non résistance qui consiste à utiliser l’attaque de l’adversaire pour le mener à sa propre perte. Celui qui se défend, au lieu d’essayer de bloquer le mouvement adverse, l’esquive et le canalise de façon à le retourner contre l’agresseur. Si l’adversaire pousse, il suffit d’esquiver ou de le tirer pour qu’il tombe de lui-même. S’il tire, il n’y a qu’à le pousser. Plus l’attaque est puissante, plus le choc en retour est désastreux. Le principe de non-résistance conduit l’attaquant à devenir la victime de sa propre attaque et à récolter le fruit de ses mauvaises intentions. Quoi de plus juste ?

Le véritable Art Martial, ou selon l’étymologie orientale, l’« Art d’arrêter la lance », est une excellente mise en pratique de ce que les enseignements taoïstes ou Zen appellent le wu-wei. Généralement traduit par « non agir », le wu-wei signifie plus exactement : laisser faire, agir sans intervenir, sans résister. Pour reprendre une image taoïste : « c’est le principe du wu-wei qui meut toutes choses. Simplement parce que l’essieu ne bouge pas, la roue tourne.»

Dans la tradition orientale, l’eau est l’élément naturel qui symbolise le mieux le wu-wei, la non résistance : « L’eau ne s’oppose à personne, et ainsi, nul ne peut l’affronter. » « L’eau cède au couteau sans qu’il puisse la déchirer ; Elle est invulnérable car elle ne résiste pas. »

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Sans respect…

« Sans respect aucune confiance ne peut naître »

Voilà la définition inscrite sur le Code moral. Ce Code moral qui est parfois l’objet de railleries en étant nommé « Code mural ».

En complément d’un article qui a déjà traité le sujet, je propose quelques réflexions sur une notion qui semble (malheureusement) être de moins en moins…respectée !

Lorsqu’on se proclame « pratiquant d’arts martiaux », on se doit de respecter certaines choses. Si le respect est une valeur qui doit exister dans la vie de tout être humain, c’est encore plus vrai quand on pratique nos disciplines. On doit être exemplaire dans ce domaine. Ci-dessous une petite liste de personnes, de rituels et de comportements qui méritent ce respect.

Tout d’abord respecter la discipline que l’on a choisie en lui étant fidèle. On n’avance pas dans les arts martiaux en changeant de pratique tous les ans. Cela n’empêche pas de satisfaire un esprit de curiosité de temps en temps ou bien après avoir atteint un certain niveau en s’offrant une complémentarité.

Ensuite, le respect existe envers le dojo, ce lieu où nous trouvons la voie. On salue en y entrant, en montant sur le tatami et en en descendant. Dans un dojo on ne parle pas fort, surtout dans la pratique et bien évidement on ne parle pas du tout pendant les explications du professeur.

Le respect envers le professeur est incontournable et assurément un des plus importants. C’est lui qui nous a donné l’envie de nous engager dans l’art choisi et c’est lui qui nous apprendra beaucoup et pas uniquement sur le plan technique.

La tenue mérite aussi du respect. On la respecte d’abord en n’y dérogeant pas. Ensuite elle doit être propre, par respect pour les partenaires et tout simplement pour soi-même.

Les partenaires de dojo, on les respecte aussi dans les échanges, que ce soit avec un plus haut gradé ou un moins gradé. Dans les combats d’entraînement en excluant toute violence ou condescendance. On est à l’écoute des plus gradés et attentionné à l’égard des moins gradés.

On se respecte soi-même, en fortifiant notre corps, et non pas en l’abîmant avec des pratiques démesurément violentes.

Sur le plan moral, on respecte ses convictions, son éthique et les principes attachés à la discipline que l’on pratique. On ne retourne pas sa veste de judogi, au gré de la mode.

Quand on parle des autres disciplines et des experts qui les enseignent, on les respecte. On évite la critique systématique. Chacun fait ses choix en direction de ce qui lui semble le plus adapté ; on respecte ce choix.

Enfin j’ai gardé pour la fin le respect envers ceux à qui on doit tant de choses, ceux qu’on appelle affectueusement « les anciens ». On a tendance à tourner les pages de plus en plus vite en oubliant nos racines.

Autant de valeurs à respecter. Pour avoir les moyens de le faire, il faut d’abord le vouloir et posséder un minimum de volonté. Cela s’acquiert et se renforce, même s’il faut se discipliner, se donner des objectifs. S’engager dans une voie et respecter les efforts qu’il faudra fournir, surtout qu’ils ne sont pas démesurés, quitte à être à contre-sens d’un air du temps qui favorise et sanctifie le « zapping » !

Il ne s’agit pas simplement de belles valeurs, mais de valeurs indispensables pour le « bien vivre » en société.

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Ju-jitsu, encore et toujours

Screenshot

Après deux articles consacrés au « bon vieux ju-jitsu » je propose de « disséquer » cet art martial. D’abord en évoquant sa composition technique,  puis en partageant mes préférences et les objectifs qui sont les miens au travers la méthode que j’enseigne.

D’abord sa pluralité technique, incontestablement c’est un atout majeur. Coups, projections et contrôles, travail debout et au sol.  Percuter, projeter, contrôler ; développons.

Dans le travail des coups, on utilise les bras et les jambes. On apprend à donner les coups, mais aussi à s’en défendre. Il s’agit d’un travail à distance. Quand je dis donner des coups, c’est avec contrôle ou du matériel pour les amortir.

Les projections sont utilisées dans le corps à corps, mais aussi à l’aide d’un déplacement qui permet de ne pas prendre frontalement la poussée ou la tentative de saisie de l’adversaire pour faire en sorte de l’utiliser et qu’elle se retourne contre lui. Sur des saisies très rapprochées, elles sont pour ainsi dire irremplaçables.

Enfin, le domaine des contrôles est très vaste, avec des clefs en torsion et en hyper extension sur toutes les articulations, debout et au sol. Mais aussi des étranglements qui doivent être pratiqués avec beaucoup de maîtrise et de « dosage ». Enfin, les immobilisations qui, comme leur nom l’indique, permettent d’immobiliser quelqu’un.

Cette pluralité technique offre deux avantages essentiels : d’abord l’efficacité qui permet de répondre à beaucoup de situations d’attaques, à distance ou en corps à corps, debout et au sol. Ensuite de pouvoir, si la situation le permet, moduler la riposte. Certains coups et certaines projections peuvent s’avérer fatals, d’autres permettent de « calmer » sans détruire, quant aux contrôles, là aussi comme leur nom l’indique, ils offrent la possibilité de maîtriser une personne en attendant les secours ou arriver à lui faire retrouver ses esprits.

Pour ce qui concerne mes préférences. Venant du judo, j’avoue avoir un faible pour les projections. L’efficacité indiscutable, la recherche de la finesse technique et la beauté du geste en sont les raisons.

Mais ayant hérité aussi d’un bagage technique conséquent dans le domaine du travail au sol, je l’apprécie énormément notamment au cours des randoris, avec un engagement physique total, mais sans violence et une notion de jeux que l’on doit conserver. Sans compter que l’on peut s’y adonner très longtemps. Technique et stratégie étant déterminantes.

Pour le travail des coups, lorsqu’il est pratiqué avec quelqu’un qui possède un état d’esprit identique, c’est un exercice très agréable et très utile.

Enfin, les particularités de mon enseignement.

D’abord sur le plan technique, j’aime et je favorise ce que j’appelle les liaisons entre les différentes composantes du Ju-Jitsu. Maitriser chacune d’elle, c’est une chose, maîtriser une bonne liaison entre ces liaisons en est une autre. C’est l’intérêt majeur de cet art. La recherche du détail qui fait la différence est une quête qui ne cesse de m’animer.

Quant au physique, l’objectif est de l’améliorer et non pas de l’abîmer.

Sur le plan mental, je ne me lasse pas d’insister sur l’état d’esprit éducatif, constructif et non pas destructif qui doit entourer la pratique. Une nuance que l’on ne retrouve pas partout.

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Le bon vieux ju-jitsu (2)

Cet article est la suite de la première partie publiée la semaine dernière. Un article intitulé « le bon vieux ju-jitsu ». Cette expression émanait d’un pratiquant, suite à la mise en ligne d’une vidéo, cela évoquait le ju-jitsu pratiqué dans notre pays au siècle dernier.

Autre réflexion à propos d’une question récurrente, à savoir « quelle est la méthode de self défense la plus efficace » ?  Si on me pose la question, je ne vais pas répondre que ce n’est pas la mienne. Je répondrai que ce « bon vieux ju-jitsu » est une méthode qui envisage  des réponses à un maximum de formes d’agressions, mais que l’efficacité dépend de celui qui l’enseigne et de ceux qui la pratiquent.

D’autre part, j’attache autant d’importance à l’éducation physique et mentale qu’à l’éducation « utilitaire ». Une bonne condition physique ne nuira pas en cas d’agression et elle permet de vivre en meilleure santé. Une éducation mentale, dans laquelle on trouvera de belles valeurs, aidera à ne pas faire n’importe quoi, à se maîtriser dans toutes les circonstances, mais aussi à se soumettre à quelques efforts et s’imposer une certaine rigueur dans la pratique, synonyme de résultats dans bien des domaines, pas simplement dans celui de l’efficacité. On ne négligera pas la recherche du détail, de la finesse technique, sans se satisfaire du minimum.

Avec cette méthode de self défense accessible à tous, j’ai beaucoup d’exemples d’élèves qui ont affronté une agression et qui s’en sont sortis.

Toujours sur l’aspect défense, nous ne sommes pas tous égaux face au stress occasionné par une agression. Cependant, il n’est pas question de provoquer un affrontement pour se tester. Même si certains prétendent que l’épreuve de la rue est la seule qui vaille !

Comme indiqué plus haut, je connais des personnes qui s’en sont sortis avec peu de pratique, mais il est incontestable que la régularité et l’ancienneté dans la pratique seront les meilleurs atouts.

Et puis, toujours à propos du ju-jitsu, j’aime bien la tenue qu’on appelle familièrement le kimono. Bien que judogi, kekogi, ou tout simplement dogi soient plus corrects. C’est mon « blanc de travail », pratique et hygiénique. Chaque sport possède une tenue qui lui est propre et qu’il respecte. Dans un art martial où sont défendues les traditions, signes de respect, il serait dommage d’en négliger un bel exemple.

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Le « bon vieux ju-jitsu »…

–       C’est du judo ?

–       Non, c’est du ju-jitsu.

–       Du J.J.B.(ju-jitsu brésilen) ?

–       Non, du ju-jitsu

Voilà un petit échange qui a eu lieu il y a quelques jours, avec une personne qui passait la tête, alors que nous finissions notre séance par quelques randoris au sol.

Cela m’a donné envie de proposer à nouveau un article paru il y a un an, quelque peu remanié. J’avais intitulé cet article : « Le bon vieux ju-jitsu », suite à un commentaire posté sur une de mes vidéos.

Devant une offre conséquente en matière de disciplines de combat, un peu d’information et de rafraîchissement de mémoire ne sont pas inutiles. Oui, je suis fidèle à ce ju-jitsu que je pratique et enseigne depuis des décennies, sans jamais le renier, ce qui ne m’a pas empêché, dans le cadre d’une formation professionnelle complète, de pratiquer d’autres disciplines institutionnelles.

Le ju-jitsu a su traverser les siècles et, même s’il a connu des périodes de repli, il a toujours su renaître des ses cendres, il est intemporel, inoxydable. Il sait faire le dos rond face aux assauts de nouvelles méthodes (de toute façon nous avons tous deux bras deux jambes et c’est la manière dont elles sont utilisées qui fait la différence) ; il a pour lui la force de sa vérité. Beaucoup d’écoles existent, certaines fantaisistes, d’autres un peu contraires à l’esprit de base, il faut savoir faire le tri.

Cette pluralité de styles existait déjà au temps de Jigoro Kano, quand il a décidé de faire une synthèse pour créer sa propre école qu’il appela « judo ».

Pour ma part, je reste attaché à un style qui rassemble richesse et finesse technique, tout en proposant un état d’esprit constructif. Tous ces éléments sont autant de raisons qui font que ma fidélité lui est acquise et c’est toujours avec la même passion que je l’enseigne. Et pourquoi renier ce que l’on aime et que l’on pense juste ?

Il n’est pas question d’immobilisme, moi-même, en son temps, j’ai apporté ma contribution dans l’évolution de ma discipline, mais toujours à partir des mêmes racines, des mêmes principes et du partage des mêmes valeurs. Je n’ai jamais confondu évolution et régression.

L’évolution, par définition, doit se faire dans le bon sens. Il y a des principes et des techniques qui doivent être respectés, faute de perte d’identité et de qualités.

Je suis inflexible sur l’éducation (technique, physique et mentale). J’ai quelques formules que mes élèves connaissent bien, elles valent ce qu’elles valent, avec juste un peu d’humour, elles ont le mérite d’être explicites. En voici quelques-unes : « sur ma carte professionnelle est inscrit éducateur sportif et non pas destructeur sportif ». « On est ici pour apprendre et non pour en prendre ». « Il faut construire un système de défense, plutôt que de se limiter à détruire ». « Apprendre à maîtriser en se maîtrisant ». Ce sont des formules avec des mots, et les mots ont leur importance lorsqu’il s’agit de transmission au service de l’éducation.

La semaine prochaine, je proposerai la deuxième partie de cet article.

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Discipline

DISCIPLINE SPORTIVE, DISCIPLINE PERSONNELLE, DISCIPLINE COLLECTIVE, etc.

On donne plusieurs sens à ce mot : on l’utilise pour définir une pratique sportive, ou des règles de conduite, entre autres.

Cependant, il y a un lien entre ces définitions.

Quand on utilise le mot discipline pour évoquer une activité physique, cela signifie que cette activité est entourée d’une certaine… discipline ? Peut-on pratiquer une discipline sportive uniquement en loisir ? N’est-ce pas contradictoire ? Se faire plaisir en faisant de temps en temps une balade à cheval, une partie de tennis de table, un peu de natation, etc. cela semble naturel, mais si ce n’est qu’épisodique, sans autre but compréhensible que de se « changer les idées », de s’offrir un moment de plaisir, l’appellation discipline est-elle méritée ?

Ce mot ne demande-t-il pas une implication régulière ? Pas forcément pour briller et remporter des médailles, mais simplement pour approfondir le sujet, essayer de le maîtriser, pas uniquement le survoler. D’autant que dans les arts du combat, si on veut avancer, il ne faut pas se contenter du « de temps en temps ».

Plus généralement, s’imposer une discipline personnelle (avant de l’imposer aux autres), c’est s’astreindre à réaliser quelque chose régulièrement, un rituel, ne pas renoncer par facilité en évoquant un prétexte qu’on le trouvera toujours. Cela peut aller de s’imposer une pratique sportive de façon régulière, ne pas invoquer un coup de fatigue passager, décliner une invitation un soir d’entraînement. Ce peut être simplement faire une marche quotidienne, quelque soit le temps, un nombre de pages de lecture par jour, ou encore la création d’un article hebdomadaire.

Certes il ne faut pas que ce soit une torture. Quel que soit le sujet, il faut l’apprécier,  sinon on en choisit un autre. Mais à partir du moment où l’on s’est décidé, il est souhaitable de s’imposer une régularité que l’on ne regrettera jamais. Parce que – forcément – elle nous apportera des satisfactions, en premier celle de progresser, de s’être montré volontaire, de ne pas abandonner au moindre prétexte. Etre fier d’avoir accompli une tâche qui sans persévérance n’aurait pu aboutir. Bref, être satisfait du travail accompli.

La discipline, c’est aussi celle que l’on doit respecter dans la société, ce qui n’est pas forcément la caractéristique de notre époque.  C’est une raison supplémentaire  pour que les enseignants d’arts martiaux, montrent l’exemple en respectant et en faisant respecter le règlement inhérent à un dojo. Surtout dans la mesure où il ne s’agit pas d’une « discipline de fer », simplement de quelques règles communes qui permettent la pratique dans les meilleures conditions : sécuritaires et relationnelles.

Il ne s’agit pas de discipline pour la discipline, mais pour une organisation qui rendra la vie plus facile.

En conclusion : il est souhaitable de « se discipliner dans la discipline choisie ».

Cet article est un résumé de ce que l’on pourrait développer de manière plus approfondie.

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Au temps de la « self »

Je me souviens d’une époque assez lointaine où, dans certains dojos, à la fin des séances de judo on faisait « de la self ». En guise de retour au calme, pour rester collé à l’histoire ou pour se donner bonne conscience.

On ne disait pas self défense, ni ju-jitsu, celui-ci avait presque disparu. Le judo avait éclipsé la discipline des samouraïs ! On disait « la self ».

Quelques professeurs n’avaient pas oublié l’histoire, ce qu’ils lui devaient, ils n’ignoraient pas que beaucoup de gens poussaient les portes d’un dojo pour apprendre à se défendre. Mais, exception faite de ces quelques minutes, l’aspect utilitaire n’était plus vraiment à l’ordre du jour, seuls les mordus du judo fréquentaient les tatamis.

Ces quelques moments  de « self », en fin de cours ne satisfaisaient pas grand monde ; ni ceux qui étaient  motivés par l’utilitaire, ni les judokas qui n’en voyaient pas l’utilité, c’était mon cas.

Adolescent, ces quelques techniques de « self » m’ennuyaient, cela manquait de dynamisme, il ne s’agissait que de la répétition statique de quelques clefs ! Je me retrouvais davantage dans le plaisir des randoris.

Ensuite, le karaté est arrivé et il a attiré les personnes en mal de self défense avant de se tourner, comme son « grand frère » le judo, un peu trop vers la compétition. Une fois de plus, ceux qui souhaitaient apprendre à se défendre ne trouvaient pas ce qu’ils étaient venus chercher.

Il n’y avait pas vraiment de cours de self défense, ni de méthodes.

C’est en 1970 que le Ju-Jitsu a été réanimé avec une forte dose d’atemi-waza, en modernisant ce secteur, en le revalorisant. Et surtout en faisant du Ju-Jitsu  une entité, pas simplement quelques minutes en fin de cours.

Avec la revalorisation de l’atemi-waza j’ai tout de suite remarqué le parallèle qui existe entre les coups et les projections, donc leur compatibilité et de fait leur efficacité. Une pratique plus fluide, avec davantage de déplacements ajoutait du plaisir sur les tatamis et de la crédibilité.

Cela ne m’a pas empêché, dans ma pratique et mon enseignement, de conserver toutes les traditions attachées aux arts martiaux : la tenue, les principes, les traditions et des valeurs qui ne sont pas négociables. L’âme de cet art, pour qu’il reste aussi une méthode d’éducation physiques et mentales.

De la tenue, dans tous les sens du terme. De l’éducation et non pas de la destruction !

En conclusion, cette « self » avait le mérite d’exister, ne serait que pour donner l’envie d’aller plus loin.

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Le salut

(Il n’est pas inutile de revenir régulièrement sur les fondamentaux techniques, mais aussi éthiques !)

C’est avant tout un signe de politesse, une marque de respect et une tradition qu’il serait dommage de négliger et surtout de sacrifier. C’est aussi un moment de brève, mais d’intense concentration  avant une démonstration, une répétition ou un combat, Tout simplement au début et à la fin d’une séance. Un temps de courte réflexion.

Dans les arts martiaux japonais, le salut est emprunté aux coutumes du pays. C’était tout simplement dans le quotidien la façon de se dire bonjour.

Nous utilisons le salut principalement de deux façons. Debout ou à genoux. Logiquement, avant et après avoir effectué un travail debout, on salue debout ;  il en est de même pour le travail au sol. Dans certains katas ce rite se pratique à genoux et debout pour d’autres.

Au début et à la fin d’un cours, face aux professeurs, il s’exécute  en principe en position agenouillée, mais rien ne s’oppose à ce qu’il soit réalisé debout (surtout si le professeur a mal aux genoux). La position des élèves les plus hauts gradés est toujours sur la droite.

S’il est incontournable, il doit se faire en respectant une bonne attitude. Il ne doit pas être bâclé. Tout d’abord, les protagonistes adoptent une tenue correcte, même après un combat. On prend le temps de se rhabiller, on ne salue pas débraillé. D’autre part, il ne s’agit aucunement de se satisfaire d’un vague mouvement de tête. On prend son temps pour incliner le buste vers l’avant, les mains glissant le long des cuisses en position debout, elles seront posées sur le sol dans la position agenouillée.

Entre élèves et après un travail ou un randori, il se suffit à lui-même. D’autres marques, ne sont pas indispensables, si sympathiques soient elles !

Il est de coutume également de pratiquer le salut en entrant dans le dojo. Il est vrai que cette tradition se perd, elle est remplacée par un seul salut, celui que l’on exécute  avant de monter sur le tatami ( et encore, pas toujours). Mais l’un n’empêche pas l’autre.

Cet article permet aussi de rappeler que si certains rituels ne sont pas respectés dans nos disciplines à traditions, où le seront-ils ?

Encore une fois, c’est la responsabilité du professeur. Il n’est pas qu’un passeur de techniques, il est aussi un transmetteur de principes !

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