Retour sur les grades

A cartoon illustration of a Karate Black Belt.

Dans les arts martiaux, les grades occupent une place importante. Cependant, il ne faut ni les surévaluer, ni les négliger.

Ils permettent de situer le niveau de maîtrise technique, d’ancienneté dans la pratique, mais aussi d’évaluer le parcours du pratiquant et son engagement envers sa discipline.

Au début, les ceintures de couleur n’existaient pas, seules la blanche, la marron et la noire « tenaient » la veste du judogi. C’est à l’initiative de Maître Kawaishi , lorsqu’au milieu du siècle dernier il prit en main le judo français, que les ceintures de couleur ont fait leur apparition. Il avait bien compris l’esprit européen (et français en particulier) toujours friand de reconnaissances à arborer.

Jigoro Kano, fondateur du judo en 1882, avait souhaité hiérarchiser les valeurs pour l’accession à ces différents niveaux avec le fameux « shin-gi-tai » ! Ce qui signifie : l’esprit, la technique et le corps. L’ordre établi n’est pas le fruit du hasard. L’esprit (le mental) arrive en premier, il nous habite jusqu’au bout. Ensuite, il avait placé la maîtrise technique, que l’on peut démontrer assez longtemps et enseigner tout le temps. C’est assez logiquement que le corps (le physique) arrive en dernier, avec l’âge, même si on en prend soin, le déclin est inéluctable. Ce qui signifie que le grade n’est pas seulement le reflet de la valeur technique et physique, mais aussi d’un engagement dans la durée. Lorsque quelqu’un possède un grade supérieur au vôtre, c’est sans doute qu’avec le temps il a accompli quelque chose de plus.

L’expérience me fait dire qu’il y a deux ceintures très importantes : la ceinture jaune et la ceinture noire. La ceinture jaune, tout simplement parce que c’est la première et la ceinture noire parce qu’elle représente un symbole très fort. Une sorte de Graal !

Pourtant il ne faut pas oublier qu’elle n’est pas une finalité, mais simplement une étape importante. Elle est une belle récompense, la preuve d’une pratique qui s’est inscrite dans la durée, synonyme de rigueur.

Cependant, elle doit représenter aussi un contrat signé avec l’art martial que l’on pratique et… avec soi-même. Un engagement qui impose le devoir de ne jamais abandonner les tatamis, sauf cas de force majeur.

Les grades sont aussi des encouragements à ne pas lâcher la pratique et même à la renforcer dans la dernière ligne droite de chaque préparation.

Dans l’effectif d’un dojo, l’idéal est de retrouver une diversité de grades. Si un club « n’affiche » que des ceintures foncées, on peut se poser la question de la place réservée aux débutants. A l’inverse, s’ils n’y a pas de hauts grades, il est légitime de se demander si l’enseignement est adapté pour accueillir les « ceintures noires de demain ».

Certains assimilent les grades à des « hochets », ou bien leur donnent une connotation militaire et les négligent. Il est tout à fait possible de pratiquer et de s’en passer, mais nous sommes dans un système où ils existent et nous devons les accepter et les respecter. Même si quelquefois on peut s’interroger sur quelques « distributions » cocasses. Parfois, il y a des grades attribués de façon « fantaisiste » ou encore auto attribués.

La valeur du grade prend vraiment son sens par rapport à l’organisme ou à la personne qui vous le décerne. De toute façon, arrivé à un certain niveau, le pratiquant ne peut pas tricher avec lui-même.

Quoiqu’il en soit, l’obtention d’un grade (mérité) provoque une grande satisfaction pour l’ensemble des pratiquants d’arts martiaux.

Même si le grade ne se limitait qu’à procurer une motivation supplémentaire pour poursuivre la pratique, son utilité serait déjà démontrée.

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Atemi waza

Aujourd’hui revenons sur l’atemi-waza (le travail des coups), l’une des trois composantes du ju-jitsu.

Pour rappel, les deux autres étant le nage-waza (le travail des projections) et le katame-waza (le travail des contrôles).

En ju-jitsu, l’atemi-waza possède la particularité de ne pas être une finalité, mais un moyen d’y parvenir ; un « coup porté » permet un déséquilibre favorisant l’enchaînement avec une projection ou un contrôle, ou encore les deux.

Logiquement il compose la première partie d’une défense, puisqu’il s’utilise à distance. Un « enchaînement type », se déroulera de la façon suivante : coup, projection et contrôle. Mais ce n’est pas une règle absolue.

L’étude de l’atemi-waza est importante pour trois raisons.

D’abord pour son efficacité dans le travail à distance. Il est souhaitable d’avoir une bonne maîtrise dans ce domaine aussi bien pour l’utiliser que pour s’en défendre. Si mon partenaire ne maîtrise pas bien les coups, j’ai peu de chance d’apprendre à me défendre contre ceux-ci.

Ensuite, sa pratique est intéressante sur le plan physique, elle permet de travailler la souplesse, la vitesse, et de parfaire sa condition physique. Sans oublier l’aspect ludique que l’on trouvera pour lorsque la pratique s’effectue avec un parfait état d’esprit.

Enfin, cette pratique procurera ce que l’on appelle le « sens du combat » : le coup d’œil qui favorise les automatismes d’attaques et de défenses. Ce sens du combat qui peut se transposer d’une forme de science à une autre. Pour être précis, quelqu’un qui a des compétences dans le travail à distance, à de fortes chances d’en posséder aussi dans le corps à corps. Savoir saisir le bon moment, l’opportunité.

Dans l’enseignement du Ju-jitsu l’atemi-waza est donc incontournable. Jigoro Kano l’avait inclus dans certains katas et créer quelques enchaînements.

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Self défense

Quelle est la méthode de self défense la plus efficace ? Il faut combien de temps pour appendre à se défendre ? Voilà deux questions récurrentes.

Je pense avoir certaines compétences pour aborder le sujet. Grâce à une longévité dans la pratique et dans l’enseignement, mais aussi avec un nombre important de situations au cours desquelles des élèves pratiquants de ju-jitsu se sont sortis d’affaire.

Même si on parle de plus en plus de violence et du besoin de se rassurer au travers de la pratique d’une méthode d’auto défense, le sujet n’est pas nouveau. Il n’y a qu’à se référer au nombre important de parutions qui y ont été consacrés depuis que l’imprimerie existe. (D’ailleurs, en image d’illustration, on retrouve un ouvrage écrit par une personne légendaire et qui présente une méthode très en vogue dans les années 1950.) Maintenant se sont davantage les vidéos qui pullulent sur les réseaux.

Dans ces vidéos il est rassurant de ne pas trouver que des « spécialistes » qui se targuent d’être les meilleurs experts dans la meilleure méthode. Heureusement, il y a des gens sérieux qui ont des analyses pleine de bon sens. Je n’oublie pas les défaitistes qui affirment que ça ne sert à rien de pratiquer un méthode de self défense, que la rue n’est pas le dojo. À ça, je répond que c’est heureux !

Avant tout, il faut préciser aux néophytes que si l’efficacité d’une méthode ne dépend pas que de son nom (même s’il est à la mode), mais de sa composition technique. Elle dépend aussi des compétences du professeur et de certaines qualités émanant des élèves, l’assiduité en premier.

Revenons sur ces trois critères.

D’abord le contenu technique de la méthode. Il faut que tous les aspects soient travaillés : à distance, en corps à corps, debout et au sol, à mains nues ou bien armées, contre un ou plusieurs adversaires.

Ensuite les compétences du professeur. Sur le plan technique évidemment, mais plus encore sur ses compétences pédagogiques. Maîtriser est une chose, transmettre efficacement en est une autre. Transmettre la technique mais aussi les bons comportements.

Enfin, les qualités de l’élève. On a tous un potentiel plus ou moins développé. Ce potentiel grandira au fur et à mesure de la pratique, sans pour autant atteindre l’invincibilité. L’efficacité s’obtient avec la régularité dans une pratique « au long cours », c’est pour cette raison que l’enseignement doit être attractif, mais aussi ( et surtout ) que l’élève soit motivé et qu’il fasse preuve de persévérance.

Quant aux exemples de personnes qui se sont sortis de mauvaises situations, ils sont nombreux et représentent un panel très divers. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, de tous niveaux et face à des situations très diverses d’agressions.

Pour conclure sur le sujet il faut rappeler que la meilleure victoire est celle que l’on obtient sans combattre, que l’issue d’une agression n’est jamais connue d’avance et réserve davantage de mauvaises surprises que de bonnes. A moins d’y être confronté régulièrement, on ignore comment on réagira dans ces moments où le stress est à son paroxysme.

Quoiqu’il en soit, une pratique régulière sera bénéfique dans le domaine de l’efficacité, mais aussi pour le développement de qualités physiques et mentales. Une bonne condition physique et un bon mental ne seront pas inutiles sur le plan purement utilitaire et tout simplement pour se sentir bien dans sa tête et dans son corps au quotidien.

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Nage waza, les projections…

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Aujourd’hui on revient sur les projections, un secteur majeur du ju-jitsu.

Rédhibitoire pour certains à cause des chutes, le « nage-waza » (technique de projections) offre pourtant beaucoup d’intérêts, comme nous le verrons un peu plus loin.

D’autres font des choix différents ou ne s’y intéressent pas, à moins qu’une mauvaise expérience soit à l’origine de ce désintérêt.

C’est pour cette raison que l’apprentissage des projections va avec celui du « savoir chuter ». Si mon partenaire ne maîtrise pas les chutes, je ne peux pas pratiquer les projections. Cet apprentissage doit être progressif pour ne pas décourager.

Apprendre à bien chuter sera utile dans un dojo, mais aussi en dehors (sans forcément que ce soit tous les jours, on ne passe pas nos journées à tomber).

Au niveau des projections, des différences existent dans les opportunités et les finalités, selon que l’on pratique le judo ou le ju-jitsu, mais la forme de corps est la même et les méthodes d’entraînements sont proches.

Sur le plan purement utilitaire, il serait dommage de s’en passer, sur certaines formes d’agressions, l’utilisation du nage-waza est redoutable, parfois même indispensable, sur des saisies par exemple, mais pas que.

Le nage-waza demande beaucoup de travail, de répétitions et donc de patience (c’est peut-être pour cela qu’existe parfois un désintérêt), mais en supplément de la plus-value en termes d’efficacité, on découvrira une véritable science du combat, une science qui répond à des principes techniques très fins, à une utilisation des déséquilibres qui nécessite une parfaite coordination. La fluidité dans « le geste juste au moment juste » sera déterminante; soit en utilisant directement l’énergie du partenaire (ou de l’adversaire) ou après l’avoir fait réagir, avec un coup (en ju-jitsu), ou avec le principe « action réaction » (principalement en judo) .

Tous ces mécanismes qui entrent en jeu sont plus naturels que l’on croit, simplement tant que nous ne les avons pas utilisés, nous l’ignorons, il faut juste les mettre au grand jour à l’aide d’un révélateur. Ce révélateur, c’est le professeur et ses qualités de pédagogue.

Enfin, on découvrira un monde dans lequel la recherche de la finesse technique, l’esthétisme et l’expression corporelle ont toutes leurs places. Elles seront autant de plaisirs procurés. Certaines projections sont magnifiques dans leur exécution.

N’oublions pas les bienfaits physiques procurés par une pratique régulière de ce secteur : un développement musculaire naturel, une bonne condition physique et bien d’autres qualités.

Il est faux d’affirmer que tout le monde ne possède pas la capacité d’exceller dans ce domaine, c’est davantage le manque d’envie et/ou de volonté qui limite les progrès.

Au travail !

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Attitude au dojo…

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Il n’est jamais inutile de rappeler que le dojo est un lieu d’étude, de vie en société et dans lequel certaines règles doivent être respectées, pour le bien être de tous, pour une vie en bonne harmonie, loin des incivilités et de cette violence qui ne cessent de gangrener notre société.

Tout d’abord, l’hygiène. Les tenues doivent être propres, les corps aussi, cela semble être la moindre des choses, mais parfois…Les ongles sont coupés courts. On ne doit pas marcher pieds nus en dehors du tatami. N’oublions pas que lors du travail au sol, nous sommes très près…du sol !

Ensuite la politesse. On doit saluer le tatami avant d’y monter et – normalement – le dojo en y entrant. Il en est de même avec les partenaires successifs, avant et après chaque changement. Qui plus est dans une tenue correcte et de ne pas se contenter d’un vague mouvement de la tête. On ne retire pas sa veste de judogi sur le tatami.

On devra être ponctuel, sauf cas de force majeure et/ou impératif professionnel. Dans ce cas, on informe le professeur. Si on est en retard, on attend sur le bord du tatami un signal de celui-ci avant d’y monter. Lorsqu’on doit sortir, on l’informe également.

On évite de parler trop fort, on communique discrètement avec son partenaire et bien évidemment on ne s’exprime pas et on ne se désaltère pas pendant les explications du professeur.

L’entraide mutuelle est sacrée, les plus anciens aident les moins anciens. On doit se souvenir que l’on a tous été débutant. Et dés la deuxième séance, on en connaît un peu plus que celui qui en est à sa première leçon, on peut déjà lui donner quelques conseils.

Enfin, on est attentif aux informations données par le professeur. Notamment lorsqu’il signifie, à l’aide du « maté », la fin d’un randori. C’est une question de respect des consignes, du partenaire, mais aussi de sécurité.

Toutes ces recommandations ont pour unique but que se déroulent les cours dans une parfaite harmonie. La recherche de l’acquisition et du perfectionnement technique ainsi que l’engagement physique doivent se dérouler dans la convivialité. Aucune violence ne doit être tolérée. Combattre la brutalité que certains portent en eux sera un des objectifs.

Pour le professeur, il ne s’agit pas d’être un « Père Fouettard », mais simplement d’assumer son rôle d’éducateur. Avec un minimum de rigueur, cette rigueur qui impose quelques efforts, on ne fait pas n’importe quoi, n’importe comment, ce qui permet un mieux vivre en société et donc de pratiquer, de progresser et de se défouler physiquement et mentalement, tout en prenant du plaisir : nous sommes également dans le loisir.

En toute chose, il faut chercher le bon équilibre. Une discipline de fer ne fera que rebuter, à l’inverse le laxisme sera contre-productif et dangereux, encore davantage dans nos disciplines.

C’est au professeur que revient la responsabilité de diffuser ces consignes et ces recommandations (et de les faire respecter).

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Ippon Seoi Nage

Retour sur la technique pour la parution hebdomadaire.

Le but de cet article n’est pas de développer une étude approfondie de cette magnifique technique, mais d’expliquer simplement les raisons de mon engouement pour une projection qui est l’une des plus emblématiques du ju-jitsu et du judo.

Elle est utilisée aussi bien en self défense qu’en compétition. J’ai une affection particulière pour elle, et cela pour plusieurs raisons.

D’abord, c’est une des premières projections que l’on apprend, bien qu’elle ne se réalise pas aussi facilement que l’on puisse l’imaginer, lorsque nous la regardons exécutée par un spécialiste.

Répondant à des principes naturels, si elle est bien expliquée, son apprentissage se fait assez rapidement ; elle offre une des premières satisfactions aux nouveaux étudiants. De plus, Tori (celui qui exécute), même s’il est encore balbutiant, ne rencontre pas de difficultés particulières pour bien retenir Uke (celui qui subit) dans la chute, ce qui est rassurant et sécurisant. L’aspect spectaculaire ne retire rien au plaisir de la réaliser ou de la voir bien exécutée.

Son principe de base consiste tout simplement à faire passer le partenaire « par-dessus », en se servant de son déséquilibre avant. Celui-ci étant obtenu de différentes manières, selon que l’on se situe en ju-jitsu ou en judo. Comme dans toutes les techniques il existe des variantes, elles sont fonction du gabarit, mais aussi de l’influence du professeur.

En ju-jitsu, elle est utilisée aussi bien sur des attaques venant de face, comme un coup « en marteau » en direction de la tête, que sur des saisies arrière, à la gorge ou au-dessus des bras. En judo le nombre des opportunités, combinaisons, contres, liaisons debout sol est colossal.

Ippon Seoi Nage, en règle générale, est pratiqué par des plus petits sur des plus grands, puisque passer sous le centre de gravité est la première des conditions. Bien exécutée, cette projection ne demande pas d’efforts physiques particuliers, ce qui par ailleurs doit être la condition de toutes les techniques, puisqu’à l’origine la non opposition, l’utilisation de la force de l’adversaire et l’utilisation la plus rationnelle de notre énergie, sont les fondements du ju-jitsu. On pourrait facilement prendre Ippon Seoi Nage comme modèle pour expliquer des principes parfois négligés et même oubliés.

Si je l’apprécie particulièrement, c’est aussi parce qu’elle était l’un des redoutables « spéciaux » de mon père qui, lors de ses exploits sportifs, a terrassé plus d’un grand grâce à elle. Par atavisme, mimétisme et avec un excellent apprentissage, elle est devenue l’une de mes projections favorites.

Les photos d’illustration sont issues d’un magnifique ouvrage paru à la fin des années 1950. Ce livre à la couverture un peu « fatiguée », je le garde précieusement. J’y revendrai. Il présente la fabuleuse histoire du judo mais aussi du ju-jitsu, en l’occurrence leur indissociabilité qui parfois échappe aux moins bien informés. (Le seoi nage est exécuté par Isao Inokuma, un immense champion dans les années 1960, champion olympique en 1964 à Tokyo.)

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Ju-Jitsu et Judo : une histoire commune

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Il existe des paradoxes que l’on a parfois du mal à expliquer.

Ci-dessous un (long) article, déjà publié. Il peut être relu ou découvert. Il est question d’une opinion inspirée par du bon sens et de l’expérience.

C’est d’ailleurs davantage un « dossier ». À contre-courant des tendances actuelles.

Il n’est pas indispensable de pratiquer les deux pour être bon dans l’un ou dans l’autre, mais nul ne peut contester que le ju-jitsu et le judo sont intimement liés, historiquement et techniquement. Par conséquent ils possèdent une indiscutable complémentarité et tout simplement une évidente compatibilité, à condition de respecter leur histoire et le choix des pratiquants, quant à l’objectif de la pratique.

Jigoro Kano n’a-il pas créé le judo à partir du ju-jitsu ?

Beaucoup plus tard dans notre pays, au tout début des années 1970, à l’initiative de mon père, Bernard Pariset, le ju-jitsu (quelque peu oublié) fût réhabilité et remis en valeur au sein de la fédération de judo. Il n’était pas question de mettre en place une concurrence au judo, bien au contraire, mais une complémentarité évidente.

L’objectif étant la revalorisation d’un aspect du judo délaissé et qui pourtant est à son origine, à savoir l’aspect utilitaire. Il s’agissait de proposer un « plus ». Une corde supplémentaire à l’arc des professeurs qui souhaitaient élargir leurs possibilités d’accueil dans les dojos, c’était une simple réappropriation.

A cette époque, le judo connaissait un développement important, avec un aspect sportif prédominant. Les autres secteurs étaient quelque peu délaissés, ce qui excluait une population à la recherche d’un art martial axé sur la self défense et/ou le côté traditionnel. Cette population se tournait alors vers d’autres disciplines.

Il était alors tout simplement question de réhabiliter et de se réapproprier des techniques et des objectifs qui avaient été délaissés.

Au sein même de la fédération, cela n’a pas toujours été bien compris. Il a fallu que l’initiateur de cette remise en valeur bénéficie de l’écoute et de la confiance d’Henri Courtine, le Directeur technique national de l’époque, pour que ce projet aboutisse.

Par leurs histoires, le judo et le ju-jitsu sont donc intimement liés, ce qui entraîne forcément une indiscutable complémentarité technique. Ils forment d’ailleurs un ensemble. S’il y a deux appellations, c’est pour souligner des spécificités qui ne sont pas antagonistes, bien au contraire.

Ceci étant, il existe différentes méthodes et écoles de ju-jitsu. Elles possèdent chacune leur identité. Celle dont il est question, appelée « atemi ju-jitsu », avait pour objectif d’être interchangeable avec le judo. Ce qui n’a rien de surnaturel.

C’est-à-dire que le professeur pouvait enseigner sans difficulté, s’il le souhaitait, le judo et le ju-jitsu et les pratiquants avaient la possibilité de passer de l’un à l’autre. Le mot « atemi » avait été associé pour signifier la remise en valeur de techniques qui appartenaient au « patrimoine » judo-ju-jitsu.

Simplement, pour que les deux soient complémentaires et compatibles, certaines conditions techniques et comportementales doivent être réunies et respectées.

Ce que j’expose est mon sentiment, un sentiment qui, au fil des ans, n’a pu que se renforcer et se matérialiser par une constante satisfaction de mes élèves tout au long des décennies consacrées à l’enseignement.

Le ju-jitsu que j’appellerai « traditionnel » peut être considéré de différentes façons. D’abord comme une discipline à part entière, ou encore comme une complémentarité au judo. Au même titre que l’inverse peut l’être tout autant. Cependant le ju-jitsu doit rester un art martial à but non compétitif, axé sur le self défense et proposant des techniques interdites en judo, parce que trop dangereuses en opposition directe, mais terriblement efficaces en situation.

Instaurer des compétitions d’affrontement direct en ju-jitsu est contre-nature, et de plus cela installe une concurrence directe avec le judo, c’était l’inverse de l’objectif initial (complémentaire, mais pas concurrent). N’oublions pas que le but était d’attirer et de satisfaire des pratiquants qui n’étaient pas intéressés par la compétition. Surtout dans la mesure où le ju-jitsu en compétition n’est plus vraiment du ju-jitsu.

Je ne suis pas contre la formule, mais contre l’appellation, une autre serait plus appropriée.

Il faut aussi remarquer (et déplorer) qu’à partir du moment où des compétitions existent dans une discipline, les professeurs ont tendance à n’enseigner que les techniques autorisées par le règlement qui y est attaché. Un règlement forcément restrictif. À ce moment là , ni l’art martial, ni la méthode de défense survivent.

Ensuite, sur le plan purement technique, si on souhaite que les deux soient – et restent – compatibles et complémentaires, il est indispensable que des attitudes, comme la garde et les techniques communes (projections, clés, étranglements), soient les mêmes, ce qui malheureusement n’a plus été le cas à partir de 1995.

Cette compatibilité entraîne trois conséquences positives. D’abord elle offre une rapide adaptation pour les professeurs, ensuite les élèves peuvent passer sans aucune difficulté de l’un à l’autre, enfin et ce qui n’est pas le moins important, cela procure une réelle efficacité en matière de self défense grâce à l’osmose entre les trois composantes (coups, projections, contrôles).

Développons ces trois points.

D’abord la facilité d’adaptation des professeurs. Quand la « relance » du ju-jitsu a été mise en place, il fallait les convaincre et leur faciliter la tâche en mettant à leur disposition une méthode dans laquelle ils allaient pouvoir rapidement se reconnaître et donc s’adapter. En fait, c’est une sorte de calque qui leur a été proposé. Les projections, par exemple, peuvent être pratiquées dans la forme judo, à partir du kumi kata, mais aussi dans leur expression ju-jitsu, sur une attaque de « rue » : un coup de poing, une saisie, etc. Bref, une agression. Ce qui est ni incongru, ni exceptionnel dans la mesure où toutes les projections de base trouvent leurs origines à partir d’attaques à mains nues ou bien armées. C’est en quelque sorte leur première raison d’être.

Deuxième point : la facilité à ce que les pratiquants passent de l’un à l’autre, du judo au ju-jitsu, ou l’inverse (sans qu’ils en soient obligés, cela se faisant en fonction d’un ressenti), ce qui permet au professeur, comme indiqué plus haut, de proposer deux aspects et d’élargir ainsi son champs d’action. Si les attitudes sont radicalement différentes, par exemple une garde ju-jitsu très basse sur les jambes (comme dans le duo system »), les élèves rencontreront les plus grandes difficultés d’adaptation avec les grandes projections du judo, elles seront donc écartées de l’enseignement et de la pratique.

Troisième point : sur le plan de l’efficacité pure, cette osmose est indispensable. Prenons l’exemple d’un coup enchaîné avec une projection ; il est souhaitable que la position des jambes soit identique pour que l’enchaînement en question se fasse naturellement et donc le plus vite possible. La rapidité étant un critère indispensable en matière d’efficacité ; pour cela il faut qu’existe une parfaite fluidité dans la liaison entre les différentes composantes.

Pour souligner cette indiscutable compatibilité, il est possible de faire un parallèle « coups/projections ». Exemple : mae-geri-keage enchaîné avec o-soto-gari ; on trouve une similitude dans la façon de lancer la jambe pour donner le coup et dans la préparation de la projection. Un second exemple avec yoko-geri de la jambe avant enchaîné avec harai-goshi. La similitude se trouve dans la façon adoptée par Tori pour se rapprocher d’Uke, en croisant les pieds (le pied gauche venant se placer derrière le droit, aussi bien pour le coup de pied que pour la projection). On peut aussi trouver un parallèle dans la façon de lancer la jambe sur l’arrière avec ushiro-geri keage et la dernière phase d’un uchi-mata. De même qu’un gedan-geri ressemblera à un harai-tsuri-komi-ashi, en termes de forme de corps et donc d’efficacité dans la liaison.

On peut aussi ajouter, ce qui n’est pas négligeable, qu’une telle pratique du ju-jitsu apportera aux judokas le sens du timing, de la liaison et les randoris d’atémi renforceront le coup d’œil, les réflexes, la souplesse et la condition physique. Pour les jujitsukas, une pratique très technique des projections du judo et du travail au sol sera d’une incontestable utilité. Enfin, pour tous il permettra d’acquérir ce que l’on appelle le « sens du combat ». Celui-ci se transpose d’une discipline à l’autre. Le coup d’œil, l’anticipation, certains automatismes, etc.

En résumé, pour un enseignant la maîtrise du ju-jitsu et du judo permettra de satisfaire un nombre important de pratiquants tout en restant dans « la même famille ».

Cette complémentarité semble tellement évidente qu’il est surprenant qu’elle ne soit pas suffisamment comprise. Tout comme il est étonnant et regrettable que le ju-jitsu le plus « compatible » avec le judo ne soit pas (ou très peu) enseigné au sein de la fédération de judo. (C’est le paradoxe qui est évoqué en début d’article.) Il n’est jamais trop tard…

Eric Pariset Professeur de judo et de ju-jitsu

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Éducation, Efficacité, Épanouissement !

Les trois principaux E de ma conception de l’enseignement et de la pratique des arts martiaux.

Éducation, avant tout ! Sur notre carte professionnelle il est indiqué « éducateur sportif ». Qu’elle soit physique, mentale ou tout simplement sociale, tout commence par l’éducation ! Chacun a son rôle à jouer à la place qu’il occupe. Celui des professeurs d’arts martiaux n’est pas des moindres. Au contraire, puisqu’il s’agit d’enseigner des techniques dont l’apprentissage doit être entouré d’indispensables précautions. Les arts martiaux enseignés de façon éducative – et non pas destructive – participent à l’élévation de la société.

Efficacité, bien sûr ! L’efficacité pour répondre à une agression, que ce soit debout ou au sol, à mains nues ou armées. Mais aussi « l’efficacité préventive » ; ne serait-ce que par l’attitude dissuasive que procure la maîtrise d’un potentiel technique, sans pour cela faire preuve d’un excès de confiance. L’efficacité se trouve aussi dans l’art et la manière de connaître et donc d’éviter les situations à risque et de privilégier la négociation à l’affrontement.

Épanouissement, enfin. Ce n’est pas le moins important, loin de là. S’épanouir physiquement et mentalement dans un dojo, sans stress ni agressivité, grâce à une pratique apaisée qui n’empêche pas l’efficacité. S’épanouir pour se sentir bien physiquement et mentalement. Bien dans son corps et dans sa tête. Ce qui ne manquera pas de se transposer à l’extérieur du dojo.

À cette liste de E on pourra ajouter l’élévation, l’enthousiasme, l’engagement, l’effort, etc. Liste non exhaustive.

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Cœur de saule, notre histoire

Cœur de saule, notre histoire, celle du ju-jitsu judo

Comme à chaque période un peu plus calme, j’ai le plaisir de vous proposer un conte japonais qui pourrait s’intituler : « notre histoire » ! Il est issu du merveilleux ouvrage « contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».

Le cœur de saule

Le médecin Shirobei Akyama était parti en Chine pour étudier la médecine, l’acupuncture et quelques prises de Shuai-Chiao, la lutte chinoise.

De retour au Japon, il s’installe près de Nagasaki et se met à enseigner ce qu’il avait appris. Pour lutter contre la maladie il emploie de puissants remèdes. Dans sa pratique de la lutte il utilise beaucoup sa force. Mais devant une maladie délicate ou trop forte, ses remèdes sont sans effets. Contre un adversaire trop puissant, ses techniques restent inefficaces.

Un à un ses élèves l’abandonnent. Shirobei, découragé, remet en question les principes de sa méthode. Pour y voir plus clair, il décide de se retirer dans un petit temple et de s’imposer une méditation de cent jours.

Pendant ses heures de méditation, il bute contre la même question sans pouvoir y répondre : « Opposer la force à la force n’est pas une solution car la force est battue par une force plus forte, alors comment faire ? »

Or, un matin, dans le jardin du temple où il se promène, alors qu’il neige, il reçoit enfin la réponse tant attendue : après avoir entendu les craquements d’une branche de cerisier qui cassa net sous le poids de la neige, il aperçoit un saule au bord de la rivière. Les branches souples du saule ployent sous la neige jusqu’à ce qu’elles se libèrent de leur fardeau. Elles reprennent alors leur place, intactes.

Cette vision illumine Shirobei. Il redécouvre les grands principes du Tao. Les entences de Lao-Tseu lui reviennent en tête :

Qui se plie sera redressé

Qui s’incline restera entier

Rien n’est plus souple que l’eau

Mais pour vaincre le dur et le rigide

Rien ne la surpasse

La rigidité conduit à la mort

La souplesse conduit à la vie

Le médecin de Nagasaki réforme complètement son enseignement qui prend alors le nom de Yoshinryu, l’école du cœur de saule, l’art de la souplesse, qu’il apprendra à de nombreux élèves.

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Combattre la violence : vaste programme

L’élève : « Maître, vous nous enseignez l’art du combat mais vous ne parlez que de paix. Comment concilier les deux ? » Le Maître : « Il vaut mieux être un guerrier dans un jardin, qu’un jardinier en guerre… »

Nous sommes nombreux à militer pour l’éradication de ce fléau qu’est la violence, sans ignorer qu’elle a toujours existé ; les racines sont profondes et les raisons multiples.

Cependant il n’est pas interdit d’espérer et il ne faut pas baisser les bras dans ce légitime combat.

Aujourd’hui il ne s’agit pas d’un exposé sur les origines et les causes des différentes formes de violences, je me limiterai à mon domaine de compétence professionnelle et à l’impact positif que mon métier se doit d’apporter à la société.

Chaque professeur, quelle que soit sa place et quel que soit la discipline qu’il enseigne, a son rôle à jouer. Dans cette lutte, l’éducation est fondamentale, elle permet de prendre le mal à la racine. Certes, cela s’inscrit sur du long terme, mais cet enjeu le mérite.

Les professeurs d’arts martiaux ont une responsabilité encore plus importante dans la mesure où ils enseignent des techniques de combat ; celles-ci pouvant engendrer une issue fatale si elles sont appliquées sans contrôle ; elles devront donc être considérées et enseignées avant tout comme des armes de dissuasion et être utilisées en dernier recours. La plus belle des victoires étant celle que l’on obtient sans combattre.

C’est toute la difficulté de l’enseignement de nos disciplines qui doit se faire dans un but éducatif et non destructif. On ne répond pas à la violence par la violence. Je sais que cette phrase est considérée comme un poncif et que certains pensent que de tels propos sont empreints d’un angélisme inadapté ou d’un laxisme répréhensible, ou encore d’une utopie avérée. C’est un point de vue.

N’oublions pas que pour lutter contre cette violence il existe deux façons : l’éducation et la répression. Il n’est donc pas difficile d’identifier celle qui incombe à nous, qui sommes avant tout des éducateurs.

Être contre la violence n’est pas forcément faire preuve d’inconscience ; lorsque l’on est agressé violemment, il faut être capable de riposter efficacement, avec un niveau technique et mental permettant d’agir rapidement, mais avec nuance dans la mesure du possible, sans ignorer les notions de légitime défense et de respect de la vie.

Faire le constat que certains arts martiaux peuvent être utilisés à de mauvaises fins, ou enseignés de façon brutale, violente, est navrant. Heureusement, c’est le fait d’une minorité de personnes qui ne peuvent être considérées ni comme des éducateurs, ni comme des budokas. La majorité des enseignants sont heureusement conscients de l’enjeu.

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