V comme non-Violence !

Pour la lettre V de mon dictionnaire, j’ai choisi le mot « violence », plus exactement « non-violence ». Comme beaucoup je milite pour l’éradication de ce fléau, sans ignorer qu’il a toujours existé, les racines sont profondes et les raisons multiples. Cependant il n’est pas interdit d’espérer, tout comme il n’est pas question d’abdiquer.

Il ne s’agit pas d’un exposé sur les origines et les causes des différentes formes de violences, je me limiterai à mon domaine de compétence professionnelle et à l’impact positif que mon métier se doit d’apporter à la société. Je tiens à préciser qu’il n’existe pas que la violence physique, certaines violences mentales peuvent parfois être aussi redoutables, même davantage.

Chaque professeur, quelque soit sa place et quelque soit la discipline qu’il enseigne, a un rôle à jouer. Dans cette lutte l’éducation est fondamentale, elle permet de prendre le mal à la racine. Certes, cela s’inscrit sur du long terme, mais cet enjeu le mérite.

Les professeurs d’arts martiaux ont une responsabilité encore plus importante dans la mesure où ils enseignent des techniques de combat, certaines à l’issue pouvant être fatale. Elles devront donc être considérées et enseignées avant tout comme des armes de dissuasion et être utilisées exclusivement en dernier recours.

C’est toute la difficulté de la transmission de nos disciplines ; elle doit se faire dans un but éducatif et non destructif (bien que, comme indiqué plus haut, ce soit la vocation de la plupart des techniques). On ne répond pas à la violence par la violence. Je sais que cette phrase a été dite et écrite à de nombreuses reprises et que certains considèrent de tels propos comme empreints d’un angélisme inadapté, d’une naïveté déconcertante ou même, pour certains, d’un laxisme répréhensible. Ceux-là ne doivent pas être considérés comme des éducateurs responsables.

Etre contre la violence n’est pas forcément faire preuve d’inconscience ; lorsque l’on est agressé violemment, il faut être capable de riposter efficacement, avec un niveau technique et mental qui permet d’agir rapidement, mais avec nuance dans la mesure du possible, sans ignorer les notions de légitime défense et de respect de la vie.

Faire le constat que certains arts martiaux peuvent être utilisés à de mauvaises fins, ou enseignés de façon brutale, violente, est navrant ; heureusement, c’est le fait d’une minorité de personnes qui ne peuvent être considérées ni comme des éducateurs, ni comme des budokas. Dans leur immense majorité  les enseignants sont heureusement conscients de l’enjeu.

eric@pariset.net    www.jujitsuericpariset.com

 

Quelques bons moments

Il n’y a pas eu que des mauvais moments dans cette saison écourtée (de manière brutale) ! Elle me laisse quelques bons souvenirs. Les débuts du dojo ont été agréables et prometteurs sur bien des plans, mais en dehors de ce lieu (disparu trop tôt), II y a eu quelques rassemblements très forts, en France et à l’étranger.
Pour cause de lancement du nouveau club, j’avais volontairement limité les déplacements afin de me concentrer sur ce nouveau chalenge, ce qui ne m’a pas empêché de répondre à quelques invitations. En Bourgogne, à Joigny en janvier chez mon ami, le très impliqué Michel Baillet et deux fois aux Pays-Bas en octobre et en janvier, à l’invitation de l’IMAF Pays-Bas.
Un peu entre les deux, c’est à dire au dojo avec des personnes venues de l’extérieur, plusieurs stages ont été organisés. C’était le moment de faire de nouvelles connaissances et de retrouver des pratiquants n’appartenant pas à mon groupe d’élèves, mais qui se sont fidélisés sur ces rendez-vous dominicaux. Simples « kyus » ou professeurs chevronnés, c’était toujours un grand plaisir de les recevoir et de pratiquer le ju-jitsu que nous aimons. Je n’oublie pas une matinée passée au « Carreau du Temple », en février, dans le quartier du Marais » à l’initiative du « Paris Hapkido », un groupe qui fait preuve d’un bel esprit de partage et d’un formidable dynamisme. Un petit album souvenir des escapades hors dojo, ainsi que des stages parisiens du dimanche est à votre disposition sur la page Facebook du club !

 

Histoire d’un dojo éphémère.

Il y a un an,  si on m’avait dit que je vivrai ce que je vis actuellement, je ne l’aurai bien évidemment jamais cru.  Il y a un an, je signai le bail pour le dojo de la rue Victor Chevreuil. Inutile d’insister sur le plaisir qu’était le mien, bien loin du marasme dans lequel nous sommes beaucoup à être plongés depuis plusieurs mois.

J’avais quitté Paris en 2015 et après quelques temps de réflexion, je  décidai de regagner la capitale pour y retrouver des habitudes qui me manquaient et un environnement que je connaissais. De plus, j’étais persuadé de pouvoir y exercer plus facilement mon métier.  Il fallait donc trouver un nouveau lieu. Après une  longue période de recherches infructueuses, un endroit qui correspondait à mes aspirations m’a été proposé.

La taille modeste de ce local me satisfaisait.  Elle me permettait de remettre le pied à l’étrier sans  trop de risques (!), avec comme objectif celui de proposer un « dojo familial » dans lequel tout le monde se connaitrait, où la qualité de l’ambiance serait aussi importante que les techniques enseignées et pratiquées.

Placé dans un arrondissement qui m’est familier pour y être presque né, pour y avoir résidé, pour y avoir fait une partie de ma scolarité et pour m’y être occupé de plusieurs  dojos,  je n’agissais pas en  terre inconnue.

C’est donc le 20 mai de l’année dernière qu’une agence immobilière me contactait pour m’informer de la disponibilité de ce local qui rassemblait plusieurs  critères favorables.  Je l’avais déjà visité juste avant de quitter la capitale, mais au dernier moment, c’est le départ en province qui avait été préféré.

Ensuite tout est allé très vite. Une nouvelle visite pour la forme et nous avons procédé à la signature le 27 mai.

Après un mois de juin  de cohabitation entre les anciens locataires et les ouvriers qui effectuaient les  travaux nécessaires,  le dojo était opérationnel pour l’inauguration prévue le 28 juin. Nous étions  en plein cœur de la première canicule de l’été et cela avait provoqué quelques inquiétudes, en l’occurrence au moment de la livraison et de l’installation des tatamis. Les restrictions de circulation dues à la pollution provoquée par les fortes chaleurs avaient été déclenchées.  Heureusement le camion de la SFJAM NORIS France possédait le bon sésame pour entrer dans la capitale.

Il n’est pas évident de se relancer à un âge qui flirte avec celui de la retraite et surtout après des années passées à régler des problèmes  qui polluent le mental. Bien évidemment, si j’avais su que ce qui m’attendait  allait être bien pire que tout ce que j’avais vécu, je me serais abstenu ! Mais ce genre de constat est stérile !  De toutes les façons, vu l’inconsistance de la retraite des indépendants et l’absence d’entraide de la part de ceux qui auraient pu en faire usage,   je n’avais pas trop le choix. Et puis,
retrouver des habitudes et des élèves (certains sont aussi des amis) qui ont en commun l’amour d’une certaine forme de ju-jitsu, m’enthousiasmait au plus haut point ; pouvoir partager sa passion est un sacré moteur et une grande chance. .

Ouvrant le dojo en juillet, je ne m’attendais pas à accueillir un nombre considérable  d’élèves, les vacances sont les vacances ! Il n’empêche que nous avons fonctionné avec un effectif correct dans lequel se côtoyaient de nouvelles vocations et de fidèles gradés.

De ce fait, le mois de septembre arriva après un bon rodage estival. Les inscriptions affluèrent (de quatre à soixante dix ans),  des « anciens » et des nouveaux  (agréablement surpris de découvrir une discipline complète techniquement et surtout accessible)  ont rapidement animé ce nouveau dojo. Octobre prit la suite de la même manière  jusqu’aux  vacances  de la Toussaint. Novembre s’est déroulé correctement, mais les choses ont commencé à se compliquer au début du mois de décembre avec une grève des transports d’une durée inédite dans notre pays. Deux mois de trafic très perturbé, parfois paralysé, forcément la fréquentation des cours adultes s’en est ressentie. Ensuite, il a fallu faire avec le calme traditionnel des  vacances de février.

Au milieu de tout cela, je n’oublie le pot de fin d’année, un lundi de décembre ; un moment chaleureux, qui pour cause de grève n’a pas rassemblé autant d’élèves qu’il aurait du.

J’attendais donc avec impatience le mois de mars. Ce mois qui fête la renaissance de la nature est souvent propice à de nouvelles vocations dans le domaine des activités physiques de toutes sortes.

Mais le 16 mars, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’est abattu sur notre pays avec, pour cause de virus envahissant,  une fermeture aussi imprévisible que brutale, aussi inédite que cataclysmique et un confinement que nous n’avions jamais connu et surtout jamais envisagé. Les conséquences allaient tout de suite se révéler catastrophiques.

Comme indiqué dans mon précédent message, après plus de trois mois maintenant d’une totale inactivité et surtout avec une forte incertitude quant à une date de reprise des activités dites de « contact », c’est imposée à moi l’obligation de mettre un terme à l’exploitation de dojo. J’ai d’ailleurs appris depuis l’envoi de cette correspondance,  que d’autres  venaient de subir  le même sort et qu’ils n’étaient  malheureusement pas les derniers. Cela ne me console guère. Les dojos privés, situés dans des grandes villes comme Paris, avec des loyers  très importants sont fatalement les premières victimes. Et puis, le notre n’avait que quelques mois d’existence, il prenait tout juste son envol. Comme en aviation, le « décollage » est un moment délicat, parfois dangereux, la preuve.

En plus de l’aspect purement matériel, pour  ceux dont c’est un métier à plein temps et par conséquent  l’unique source de revenu, se greffe un important aspect phycologique. N’est-ce pas la mise au rebut de nos disciplines ?  Ce n’est pas simplement mon métier qui est attaqué, ce qui en soi est déjà d’une terrible gravité, mais c’est aussi un art, une science. Imaginons la disparition de la peinture, de la musique, de la sculpture et de quelques savoirs !

Juste avant cet horrible confinement moyenâgeux, en plus d’un indispensable esprit combatif, j’étais animé aussi par des pensées  un peu plus légères. Le calendrier avait été consulté pour commencer à établir le planning des « ponts » du mois de mai, afin d’envisager quelques jours de repos bien mérités et surtout pour arrêter la date à laquelle nous pourrions fêter le premier anniversaire de ce dojo.  Aurais-je pu imaginer un seul instant être obligé de rendre les clefs à peine un an après les avoir reçues ? Même si au regard des évènements cette absence d’anniversaire peut paraitre dérisoire, il y a des traditions et des symboles qui se respectent. D’ailleurs, si nous avions pu nous retrouver avec les élèves le temps d’une soirée, cela  aurait été la meilleure preuve d’existence de ce club.

Même animé par l’absolue nécessité de faire face et de rebondir, il s’agit d’un coup d’une sévère brutalité et d’un abominable gâchis. Ne plus pouvoir exercer son  métier et ne plus transmettre son savoir est terrifiant ! Je n’oublie ni l’espoir ni l’énergie que j’avais placés dans ce projet, ni les débuts prometteurs de ce lieu qui d’emblée avait été apprécié dans le quartier et au-delà !

Je profite de ce moment pour remercier tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien avec des messages plus touchants les uns que les autres. Ces messages ont été salvateurs, mais ils me torturent aussi en alimentant encore davantage les inévitables regrets.  Ma plus grande fierté, à la lecture de ces témoignages, c’est d’avoir pu satisfaire aussi bien des enfants de quatre ans que des personnes plus âgées qui, comme certaines me l’ont confié, ne pensaient jamais pouvoir remettre les pieds sur un tatami. Le sentiment, manifestement réel, d’avoir été utile et d’être maintenant plongé dans une inutilité que j’espère provisoire, est minant.   Mon plus grand regret est d’être dans l’obligation d’arrêter alors que ceux qui fréquentaient ce dojo manifestaient un enthousiasme flagrant. Je ne peux faire refluer  un gout amer et beaucoup d’interrogations sur ce terrible évènement, mais aussi sur sa gestion au jour le jour. De même qu’une certaine  sensation d’avoir été quelque peu lâché ne me quitte pas vraiment ; non pas par mes élèves, loin de là, mais par les pouvoirs publics et autres organismes de prévoyance.

Quelques jours après avoir adressé une  lettre à mes élèves pour leur annoncer la terrible nouvelle, je  l’ai mise le 29 mai dernier sur  Facebook en « lettre ouverte »  et c’est avec une énorme surprise que j’ai constaté, grâce à un compteur que je consulte sur « l’admin » du compte du club, que près de 85 000 personnes on été « touchées » par cet article. Il faut savoir que pour une publication classique, le chiffre se situe entre 1 000 et 2 000.

Là aussi, sont apparus d’innombrables messages d’une extraordinaire gentillesse. Quelques uns m’ont même proposé différentes formes d’aides pour sauver le dojo ; mais face à tant d’incertitude (plus exactement face à la certitude qu’il fallait stopper l’hémorragie)  il n’aurait pas été convenable  – et tout simplement impossible – de les accepter. D’autres ont commencé à évoquer « l’après », avec des possibilités de collaborations, preuve que l’aventure va pouvoir continuer, tôt ou tard, différente sans doute, mais au travers de laquelle il sera toujours question de ju-jitsu.

Il faudra attendre  que les  arts martiaux retrouvent  une pratique « normale » ;  nous ne pouvons faire autrement que de la souhaiter et le plus rapidement possible.

eric@pariset.net

Pour la lettre U de mon dictionnaire…

Pour la lettre U de mon dictionnaire c’est le mot Utile que j’ai choisi.

Cet article prend un sens particulier dans la période que nous vivons et particulièrement dans la situation qui est actuellement la mienne.

Chaque métier (je préfère ce mot à celui de travail) possède ses utilités ; la première étant de subvenir à nos besoins et à ceux dont nous pouvons avoir la charge. Ensuite, bien qu’il n’y en ait pas un qui soit inutile, certains métiers ont une influence plus directe sur le bien être de nos contemporains ou sur celui des générations futures. La médecine et la recherche en sont deux exemples.

De mon point de vue, viennent ensuite ceux qui sont liés à l’éducation. Je pense avoir la chance d’exercer une profession qui n’est pas dénuée de responsabilité, ni d’utilité. Et puis, « Professeur » est un beau titre (même si d’autres noms, plus administratifs que représentatifs remplacent cette belle terminologie). Certains n’ont pas hésité à l’appeler « le plus beau métier du Monde ». Comme dans beaucoup de professions, on ne peut échapper à quelques incompétences, c’est une autre histoire.

Dans les arts martiaux nous avons une triple utilité. L’éducation physique, l’aspect « purement utilitaire » (justement) avec la self-défense et enfin une formation mentale et morale.

L’éducation physique, avec des répétitions qui développent de façon harmonieuse les parties de notre corps qui sont aussi nos « armes naturelles ». Ce renforcement s’acquiert de façon plus agréable que par l’intermédiaire de machines inhumaines et austères. Et puis, cette pratique se faisant dans un « sens physique  naturel », les risques de blessures sont moins importants que celles provoquées par un développement disons « artificiel ». Nous ne faisons que révéler des qualités et des compétences intrinsèques. On obtiendra de la souplesse, de la tonicité, de la précision et de la vitesse dans l’exécution des techniques et dans l’acquisition des réflexes. On améliora aussi notre condition physique. Tout cela étant au service de notre « science du combat ».

Cette science, pour ce qui concerne le ju-jitsu, est utile sur un plan purement pratique (c’est son ADN), il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas en convenir ; j’ai consacré un bon nombre d’articles sur le sujet, on peut les retrouver sur mon blog. Les techniques ont été souvent utiles à des personnes lâchement agressées (être agressé lâchement est une sorte de pléonasme).

Enfin, sur le plan mental, ce qui n’est pas le moindre, les bienfaits de l’exercice physique ne sont plus à démontrer. L’étude des arts martiaux (correctement enseignés) inculque des valeurs morales utiles à la vie en société ; enfin, un enseignement sérieux et ludique apporte un bien être général. Ce qui est bon pour la tête est utile et bon pour le corps.

Voilà les principaux bienfaits offerts par une pratique bien encadrée et correctement animée ; ces quelques lignes ne manqueront pas de faire la démonstration du caractère UTILE de ma profession (lorsque je peux l’exercer), j’en suis fier.

eric@pariset.net

T comme mulTiple. Suite du dictionnaire…

Continuer ce qui a été entamé ! Suite du dictionnaire.

Le 8 de ce mois, sur mon blog et sur Facebook, j’avais consacré la lettre T de mon dictionnaire au mot TECHNIQUE ; c’est en effet un des plus utilisés par les professeurs d’arts martiaux. Mais, d’autres mots et noms qui m’ont marqué me sont venus à l’esprit. Voilà un petit florilège positif pour compléter la vingtième lettre de l’alphabet : Tatami, Travail, Transmission, Tori, Tani-otoshi, Tsubame-gaeshi, Tomoe-nage, Tchoulouyan, Tissier, Tomiki. En négatif, j’évoque la Trahison et les Traitres, qui – même s’ils ne sont pas majoritaires – sont toujours de trop ! Ci-dessous mes définitions.

T comme Tatami tout d’abord ; un élément sur lequel j’ai passé une grande partie de ma vie ; en tant qu’élève, professeur, compétiteur, démonstrateur. Les tatamis que j’ai commencé à fouler à l’époque où ils étaient composés de feutres recouverts de bâches aux teintes improbables, en passant par les premiers « vinyles » sur lesquels nous nous faisions de mémorables brulures, pour finir actuellement par des éléments bien adaptés et aux multiples couleurs attractives. Le tatami, que je considère comme un de mes outils de travail.

Ensuite, justement, T comme travail ; avec, pour moi, deux significations principales. Tout d’abord, ce qui nous permet de vivre et à ce propos je préfère employer le mot « métier ». Il offre un indispensable moyen de subsistance tout en étant bien souvent utile à la société, surtout lorsqu’il s’agit d’éducation. La deuxième signification on la trouve dans sa traduction japonaise : waza. Atémi-waza : le travail des coups ; ne-waza : le travail au sol ; nage-waza : le travail des projections, etc. Une signification particulière à laquelle je consacrerai la lettre W de mon dictionnaire. Waza, qui se traduit aussi par « technique ».

On continue avec T comme Transmission ; comment ne pas évoquer ce mot qui est presque toute ma vie ? En premier lieu grâce à mon métier de professeur, mais aussi grâce à mes démonstrations et à la réalisation de supports techniques tels que les livres et les DVD.

On passe à T comme Tori. Tori, l’inséparable compagnon d’Uke. Celui « qui fait », celui qui exécute, celui qui a le dernier mot. Parfois, pour des raisons pédagogiques quelque peu simplistes, il est abusivement assimilé au gentil par rapport au méchant que serait Uke. Cette définition n’est pas juste dans la mesure où dans la pratique les rôles doivent être systématiquement inversés, et puis sans Uke, pas de Tori ! A l’occasion de mes nombreuses démonstrations, j’endossais avec fierté l’identité de ce personnage valorisant.

Je n’oublie pas certaines projections, comme Tani-otoshi et Tsubame-gaeshi, à cause de leur signification qui ne laisse pas insensible : « chute dans la vallée » pour la première et « le retour de l’hirondelle » pour la seconde ; quand la beauté poétique du verbe s’associe à l’efficacité. Cela en dit beaucoup sur la conception de l’art martial qu’était celle de nos glorieux fondateurs ; en serait-il de même maintenant, en serions nous capables ? Mais aussi T comme Tomoe-nage, le sutémi qui illustre à merveille le principe de non-opposition et celui de l’utilisation de la force de l’adversaire, tous deux chers au ju-jitsu.

Toujours pour cette lettre T et concernant des personnalités, je pense à Bernard Tchoulouyan qui nous a quitté (bien trop tôt) l’année dernière ; champion du Monde de judo en 1981 grâce à un esprit guerrier et à un judo d’une grande élégance ; Christian Tissier pour qui l’aikido a du être créé et avec qui j’ai partagé l’affiche de nombreux galas en France et à l’étranger. Enfin, Maitre Tomiki le créateur du Goshin-jitsu-no-kata.

Au risque de « gâcher l’ambiance » je pourrais évoquer- en creux – le T de trahison, en ayant été trop souvent la victime. Mais je ne le ferai pas. Je ne parlerai pas non plus des Traitres, ces personnages qui doivent abimer leur miroir chaque matin !

Pour clore avec une note positive, je finirai cet article par deux T. D’abord T comme Tradition, un mot forcément attaché aux arts martiaux qui respectent les codes (quelquefois galvaudés), et T comme Ténacité ; une belle qualité, surtout lorsqu’il s’agit de défendre ses idées, de lutter contre toute compromission et – c’est d’actualité – de se battre pour ne pas sombrer et repartir de plus belle à l’assaut. .

eric@pariset.net

Retour au dictionnaire avec la lettre T, comme technique

Malgré les évènements et certaines cruelles épreuves (je sais de quoi je parle),  la vie continue, et  l’activité, quelle qu’elle soit, physique ou cérébrale, aide à surmonter les épreuves en question. « L’action soulage l’angoisse ».

Aussi, je continue la publication de mon dictionnaire (pour certains), ou abécédaire (pour d’autres).

Pour la lettre T, c’est assez naturellement que le mot « Technique » s’est imposé ; il est très utilisé quand on est professeur de ju-jitsu et d’arts martiaux. On l’emploi à longueur de cours, en tant que nom, pour désigner ce que nous enseignons, mais aussi comme adjectif, lorsque nous évoquons certaines qualités.

Nous appelons les « techniques » ce qui constitue l’ensemble de nos transmissions ; techniques debout, au sol, de percutions, de base, avancées, supérieures, etc. Mais elles sont aussi dans les katas pour lesquels la nomenclature est organisée de la façon suivante : 1ere technique, 2ème technique, etc. Et plus particulièrement dans le ju-jitsu que j’enseigne, pour designer des enchainements comme celui des « 16 techniques », par exemple !

Mais comme indiqué en introduction, nous employons aussi ce terme comme adjectif pour souligner des qualités ; les qualités techniques de telle ou telle personne, c’est d’ailleurs très valorisant d’être qualifié de bon technicien.

C’est plus particulièrement ce deuxième aspect, celui de l’adjectif que je retiens pour cet article. La recherche de la perfection technique est une des motivations importantes pour un pratiquant de budo, c’est peut-être aussi ce qui différencie l’art martial d’une simple lutte. La quête du geste parfait exécuté avec précision au bon moment est primordiale ; pour l’efficacité, mais aussi pour la satisfaction que représente un beau geste, à l’instar de celui du patineur ou du gymnaste, ou encore quand un sculpteur, un peintre ou un écrivain réalise une belle œuvre. Dans nos disciplines cette finesse technique (garantie d’efficacité) sera prioritaire par rapport aux qualités physiques, puisque celles-ci déclineront fatalement plus vite avec l’âge.

Le but est donc d’élever son propre niveau technique lorsque l’on est étudiant, puis celui de ses élèves quant on enseigne. Retrouver dans les élèves la « patte » technique d’un professeur, c’est pour lui une belle récompense, encore davantage lorsque, sans connaitre l’identité de l’enseignant, il sera reconnu au travers des qualités d’un élève.

Que ce soit pour désigner un programme, ou des qualités, le mot technique est donc un des mots les plus utilisés sur un tatami, mais il est aussi omniprésent dans l’esprit de tous les pratiquants quand il s’agit de s’approcher de l’excellence… TECHNIQUE.

eric@pariset.net

Gâchis, colère et volonté (et quelques photos)

Gâchis, colère et volonté, ce sont ces trois mots qui me viennent spontanément à l’esprit !

Tant d’espoirs et d’efforts anéantis en quelques semaines, ça interpelle ! Quel gâchis !

La colère. C’est un sentiment humain et naturel, il est juste indispensable de ne pas se laissé submerger par elle ! Elle est rarement bonne conseillère, mais parfois largement justifiée, quand par exemple, nous sommes sous le coup d’une interdiction collective d’exercer, et puis…plus rien, on nous laisse tomber ! Colère face à une injustice !

La volonté. Elle est nécessaire à une reconstruction, elle est indispensable pour un nouveau départ.
Où ? Quand ? Comment ? Je ne le sais pas, mais je sais que ça se fera.

En photos d’illustration, quelques souvenirs d’une trop brève aventure (massacrée). Suite à la fermeture du dojo évoquée dans les précédents articles.

eric@pariset.net

Un deuxième S, comme Stage et/ou Soulac

Le dernier article consacré à la lettre S de mon dictionnaire traitait du mot Samouraï. Rien ne m’interdit de proposer un deuxième article pour la même lettre ; aussi c’est S comme Stage, mais également S comme Soulac-sur-Mer que j’ai choisi. Les deux mots ayant été intimement liés vingt cinq années durant. (La photo d’illustration nous ramène au milieu des années 2000.)

J’aurai pu choisir S comme solidarité, mais cette denrée est devenue tellement exceptionnelle…

Revenons aux stages et à Soulac.

Les stages ont été des moments importants de ma vie, la station balnéaire de Soulac-sur-Mer également.

Dans le tiercé de mes activités professionnelles (en termes de temps passé)  les stages arrivent en deuxième position entre la dispense des cours et les démonstrations. Quant à Soulac-sur-Mer, pendant un quart de siècle je m’y suis rendu tous les étés, de 1986 à 2010.

Des stages, j’ai eu le plaisir de pouvoir en animer des dizaines, soit à titre privé ou dans un cadre fédéral. Sur une demi-journée, une journée, un week-end ou bien une semaine, comme à Soulac, à Paris, en province et à l’étranger. Pour ceux qui se déroulaient en dehors de « mon territoire », c’était à chaque fois l’occasion de retrouver des habitués, mais aussi de faire de nouvelles connaissances qui, pour certaines, se sont perpétuées en relations durables.

Pour les pratiquants, le stage vient en complément d’un travail régulier effectué dans son dojo (lorsqu’il est ouvert) ; il permet de se faire plaisir en s’adonnant de façon intensive à son art et d’accélérer la progression. C’est un travail complémentaire sur le plan technique et physique, mais c’est aussi un engagement plus important qui démontre une implication qui ne l’est pas moins. Certes tout le monde n’a pas la possibilité de participer, en plus des entrainements hebdomadaires, à ces rassemblements. Ceux qui ne peuvent s’y consacrer ne sont pas pénalisés, ce sont ceux qui le peuvent qui sont favorisés.

Quant à S comme Soulac-sur-Mer, c’est avec un réel plaisir que je retournais chaque été dans cette belle et attachante station balnéaire de la Pointe de Grave dans le département de la Gironde. Stage et Soulac ont été associés pour le meilleur. Pouvoir passer des vacances, en profitant tout à la fois des bienfaits de l’océan dans un lieu de villégiature à taille humaine en pratiquant intensivement chaque jour sa discipline martiale ne peut être que bénéfique sur bien des plans : la santé, le moral et les progrès. Chaque année, il y avait un mélange de jujitsukas habitués et d’autres qui découvraient une des « perles du Médoc ». Le stage rassemblait des élèves mais aussi des professeurs venus de toute la France et de pays européens.

Pour les autres stages, ceux qui sont organisés en province et à l’étranger, ils permettent de découvrir de nouvelles contrées, de nouvelles personnes et ils sont l’occasion d’échanges passionnés sur le ju-jitsu, et lorsqu’il s’agit du ju-jitsu en France, il y a beaucoup à dire.

Après l’année 2010, étant « empêtré » dans une suite de graves problèmes qui devaient absolument être réglés et ne pouvant être sur tous les fronts, j’ai arrêté les rendez-vous girondins. J’avais pensé reprendre cet été, soit dix ans après, j’ai « malheureusement » été bien inspiré de ne pas donner suite…  Alors peut-être en 2021 !

eric@pariset.net

S comme Samouraï, bien évidement…

Pour la lettre S de mon dictionnaire c’est tout naturellement que je me suis arrêté à « Samouraï ».

Bien qu’en ce moment, même animé par l’esprit guerrier qui caractérisait ces hommes, nous ne pouvons que subir les évènements. Il est pourtant indispensable de les évoquer, ils ne pouvaient être absent de ce dictionnaire.

Comme pour chaque personnage ou élément qui compose ce dictionnaire, l’objectif n’est pas de faire un exposé sur le sujet, mais d’exprimer ce qu’il a représenté et représente pour moi.

Samouraï : ce mot je l’ai lu, entendu et prononcé un nombre de fois incalculable ; peut-il en être autrement dans la vie d’un pratiquant d’arts martiaux ? Ces valeureux guerriers sont indissociables d’une carrière consacrée aux disciplines de combat ; presqu’au point de souhaiter leur ressembler, non pas dans leur « métier », mais pour leur esprit ; acquérir cette farouche volonté, cette rigueur, cette efficacité et ce sens du raffinement dans le combat, et cet attachement à de belles valeurs, autant d’éléments qui ont participé à leur gloire et à leur histoire. Encore maintenant, Il n’y a pas plus beau compliment que celui de recevoir le qualificatif de samouraï. Non pas pour le maniement du sabre que nous ne portons plus, mais pour les valeurs exprimées ci-dessus.

Ceci étant, ne nous méprenons pas, ces hommes n’étaient pas des tendres et les combats qu’ils se livraient se finissaient par la mort d’un des deux protagonistes. Nous n’en sommes plus là, bien heureusement.

Pour ma part, deux mots me viennent spontanément à l’esprit pour les qualifier (et qualifier un « samouraï des temps modernes ») : courage et respect.

Le plus célèbre d’entre eux est incontestablement Miyamoto Musashi (1584-1645), grâce à son parcours, ses combats et ses écrits. On ne peut qu’encourager la lecture du « Traité des cinq roues ». Dans ce recueil, le samouraï philosophe fait état des cinq éléments qui représentent la nature entière : Terre, Eau, Feu, Vent, Vide. Il invite à transposer l’art de l’épée ; de l’appliquer à la vie quotidienne et qu’il devienne un art de vivre.

Je conclurai par une petite histoire : « Trois mouches » (déjà publiée sur mon blog). Réalité ou légende ? Peu importe, elle est savoureuse et démontre que parfois on peut vaincre sans combattre.

Trois mouches.

Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. Trois rônins entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable comme s’il n’avait pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maitrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi.

eric@pariset.net

Suite du dictionnaire avec la lettre Q comme Qualité.

La qualité, c’est ce que nous cherchons à améliorer chez nous, c’est ce que nous aimons trouver chez les autres et ce que nous sommes en droit d’attendre de la part des différents services qui peuplent notre quotidien. C’est aussi l’objectif à atteindre dans l’accomplissement d’un métier, pour ceux qui ont la chance d’assurer une profession que l’on peut qualifier de directement utile. Tout métier est utile, mais pour certains la reconnaissance est plus concrète. Dans le domaine de la médecine, dans celui de la recherche, dans le secteur de l’éducation et de l’enseignement (j’en oublie sans doute). Après, l’amélioration de la qualité de la vie passe par les loisirs, pour ceux qui ont la chance de pouvoir s’en offrir, et au travers desquels nous allons nous exprimer, nous détendre et faire des découvertes enrichissantes intellectuellement et artistiquement.

Lorsque l’on a la chance d’enseigner les arts martiaux, nous nous situons à la fois dans l’éducation et dans les loisirs. C’est aussi un métier à forte responsabilité puisqu’il s’agit d’inculquer des techniques de combat qui permettent dans des situations extrêmes « d’anéantir » un adversaire. Un haut niveau d’exigence doit être imposé, pour le moins. La conscience professionnelle, dont est pourvue la grande majorité des enseignants, impose une responsabilité, celle d’être irréprochable techniquement et pédagogiquement, mais aussi et surtout dans le comportement.

Dans mon « dico », l’évocation de cette lettre Q pour Qualité est l’occasion de mettre en avant celles qui me sont chères, qui m’apparaissent prioritaires. Les qualités vers lesquelles ont doit tendre. Pour chacune d’elles, j’ai choisi quelques mots afin de donner une définition personnelle très concise qui, à l’occasion d’un ouvrage plus étoffé, pourra être davantage développée. La politesse : pour bien commencer toute relation et vivre harmonieusement. L’honnêteté : afin de pouvoir évoluer en confiance. Le respect : indispensable pour le bien-être de la société. Cette qualité est en liaison directe avec la politesse. Le respect des personnes. Sans ce respect, il n’y a plus rien. La volonté : pour réaliser. Le courage : pour surmonter les obstacles qui ne manquent pas de se dresser devant nous au cours de l’existence, pour peu que l’on ait eu l’opportunité, le courage et les compétences pour entreprendre. La solidarité : pour une entraide indispensable dans certaines circonstances.La reconnaissance : pour ne pas oublier. La reconnaissance du ventre, mais aussi celle du cœur. La fidélité : aux personnes, aux principes et aux convictions. L’intelligence : c’est utile ! Enfin, je n’oublie pas l’honneur, la plus digne des qualités, surtout dans nos arts martiaux.

Certaines de ces qualités sont innées, elles se cultivent et s’entretiennent ; d’autres s’acquièrent grâce à l’éducation et à la motivation fournie par l’éducateur, le professeur, l’entraîneur. On en revient toujours à l’éducation, ce socle indispensable à toute société civilisée, pour que cette société puisse s’élever sans risque de s’effondrer tôt ou tard. Cet article n’est sans doute pas d’une grande originalité, certains penseront qu’il s’agit là d’évidences, j’assume et je revendique le droit d’enfoncer ce clou, parce qu’il apparait que certaines de ces évidences, sont loin, même très loin d’être mises en valeur et donc d’être appliquées. (Certaines de ces valeurs sont affichées sur les murs des dojos ; parfois juste affichées…)

« En creux » de chacune de ces qualités on trouve les défauts, ceux que j’exècre : l’impolitesse, la malhonnêteté, l’irrespect, la mollesse, la couardise, l’égoïsme, l’oubli, la lâcheté, la trahison (celle-là, pour l’avoir beaucoup subie, je la connais bien), la bêtise et le déshonneur. Un sacré inventaire contre lequel il ne faut pas cesser de lutter, pour cela il faut être doté d’optimisme : une qualité indispensable