Perspectives de rentrée

Bientôt la rentrée. Il y a les fidèles qui vont reprendre le chemin du dojo, puis ceux qui vont découvrir les arts martiaux, une troisième catégorie qui regroupe les pratiquants qui vont changer de discipline, enfin la quatrième ceux qui arrêteront.

Ceux qui reprennent seront en terrain connu. Ils continueront à se perfectionner, à peaufiner leur technique, à en découvrir d’autres, à renforcer des qualités physiques, mais aussi à véhiculer de belles valeurs morales et éducatives. Ils aideront les débutants, ils appliqueront ainsi l’un des préceptes attachés aux arts martiaux, à savoir l’entraide mutuelle. Dans les disciplines où il y a des compétitions, ils tenteront d’atteindre les objectifs fixés, sans glorifier à l’excès les victoires, ni dramatiser les défaites. Pour les disciplines à but non compétitif, la pratique comporte de nombreuses motivations, qu’elles soient utilitaires, attachées au perfectionnement technique et physique, à la découverte, ou encore au bien-être en général.

Les débutants franchiront les portes d’un dojo, souvent sur les recommandations d’une relation : ami, famille, collègue, etc. Peut être aussi après des recherches personnelles afin de découvrir la discipline qui leur semble en adéquation avec leurs motivations. Si on leur offre la possibilité de faire une séance à l’essai (ce qui est souhaitable, pour ne pas se tromper), ils découvriront des disciplines avec des spécificités techniques et avec un état d’esprit éducatif, pour la majeure partie d’entre elles. En termes techniques existent des choix à faire entre les disciplines « poings pieds » et celles axées sur les projections et/ou le travail au sol, et d’autres purement utilitaires ou encore qui regroupent les différents aspects. Ce qui est certain, c’est que le choix du professeur est aussi important que celui de la discipline.

La troisième catégorie regroupe ceux qui ont ressenti le besoin de changer de discipline. Soit parce qu’ils n’ont pas trouvé ce qu’ils recherchaient, ou bien parce qu’ils veulent découvrir d’autres formes de travail, ou encore se perfectionner dans un domaine précis.

Enfin, il y a une dernière catégorie : celle qui regroupe les abandons, purement et simplement. Les raisons sont nombreuses, on ne fait pas toujours ce que l’on veut. En premier il y a les problèmes de santé, ensuite il existe des bouleversements familiaux et/ou professionnels. On peut aussi s’apercevoir que finalement ce n’est pas pour nous, soit parce que le plaisir n’y est plus, ou encore – c’est plus embêtant –  à cause d’un accident qui remet en question en installant le doute. C’est vrai que certaines pratiques sont plus brutales, plus exactement certains enseignements. Maintenant, quel que soit l’art pratiqué, il est question de combat. Le tout c’est de limiter les risques d’accidents. Enfin, malheureusement il y a ceux qui abandonnent à tout.

A tous, avec un peu d’avance, je souhaite une bonne rentrée. Y compris à la quatrième catégorie parce que, sauf cas de force majeur, il est toujours temps de changer d’avis pour reprendre le chemin du dojo, où ils seront toujours les bienvenus.

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Irréaliste, irréalisable ?

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Cet article vient en complément de celui de la semaine dernière et même, par moment, en juxtaposition.

Parfois, mais pas souvent, on peut entendre ou lire que les techniques de ju-jitsu sont irréalistes, donc irréalisables en matière de self défense. On se doute que ce n’est pas mon point de vue. C’est vrai que la maîtrise dépend de la personne qui pratique, surtout si elle ne se donne pas la peine d’étudier les techniques en question.

Tout le monde à le droit de donner son avis, à la condition que cela se fasse avec la politesse et le respect que nous enseignent les arts martiaux.

Pour en revenir à l’aspect purement utilitaire, Il est évident que certaines techniques demandent beaucoup de travail, mais offrent une incontestable efficacité, pour peu qu’on se donne la peine de les étudier sérieusement et de les répéter intensément.

A noter que certains styles ou écoles se sont spécialisées en reléguant quelque peu l’aspect utilitaire ; mais à l’origine le ju-jitsu est une méthode de combat qui propose l’utilisation de toutes les armes naturelles du corps pour contrôler un adversaire.

La meilleure façon de ne pas maîtriser une technique, c’est de ne jamais la pratiquer. Ce n’est pas parce qu’on n’arrive pas à la réaliser qu’elle est inefficace, il suffit juste d’un peu de volonté et de travail (et de bonne foi).

Il est dommage d’ignorer toute une palette de moyens permettant, debout et au sol, non seulement de se défendre, mais aussi de moduler la riposte en fonction de l’attaque. Ce n’est pas toujours possible, mais ce serait préférable de ne pas ignorer cet aspect. Se défendre n’entraîne pas systématiquement l’élimination physique de l’agresseur.

Ensuite, pour qu’une pratique s’inscrive dans la durée, ce qui est une des conditions à remplir pour être efficace, il faut des motivations, comme progresser dans les techniques de bases en termes de rapidité, de tonicité, de condition physique, de précision, de recherche de la finesse technique, mais aussi découvrir de nouvelles techniques et de nouveaux enchaînements. Cela s’appelle « s’élever », ce qui est la fonction de « l’élève ». Ne pas se limiter dans la découverte. Pour cela il faut de la patience, les miracles n’existent pas. Et puis « Qui peut le plus, peut le moins ».

Dans notre discipline, existent aussi des techniques que l’on peut utiliser rapidement. Mais dans les démonstrations, un des intérêts est de susciter l’envie en présentant des techniques et des enchaînements plus élaborés qui rassemblent efficacité, finesse et (pourquoi pas) esthétisme. Des exemples qui donnent envie d’évoluer aux personnes ouvertes d’esprit.

Le ju-jitsu traditionnel est à la fois une méthode de défense et un art martial qui développe des qualités qui ne sont pas en contradiction avec l’efficacité. Ce qui est vrai aussi, c’est que c’est davantage le pratiquant que la discipline qui fait l’efficacité.

Enfin, concluons avec un poncif : « la critique est facile, l’art (martial) est difficile. »

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Réflexions sur le ne-waza, le travail au sol

La période estivale n’empêche pas quelques réflexions, surtout sur un sujet comme le travail au sol (le ne waza). Un domaine efficace, formateur et amusant.

En matière de self défense, si on peut éviter d’aller au sol, c’est préférable. D’abord pour éviter de « salir le costume », ensuite parce qu’on risque de se trouver sur un revêtement moins confortable que celui d’un tatami et enfin, dans ce cas, il est préférable qu’il n’y ait pas plusieurs adversaires.

Donc, si on s’y retrouve, c’est souvent contraint et forcé.  Mais parfois on choisit d’y aller pour contrôler l’adversaire sans le blesser gravement, question de responsabilité !  Lorsqu’un éducateur doit maîtriser un adolescent « en difficulté »,  ou encore quand ça dégénère dans des foyers où règne une certaine violence.

D’autres situations existent et dans lesquelles l’extermination n’est pas l’option.

Et puis, il y a un contexte qui se passe principalement au sol : la tentative de viol.

Il est certain que dans le domaine du travail au sol, en particulier, l’efficacité demande du temps, peut-être davantage que dans les autres secteurs. Il faut étudier les techniques, les assimiler, les répéter et les pratiquer dans des formes d’opposition codifiées avec des exercices à thème. Il faut du temps pour « modeler » le corps, le rendre à la fois souple et tonique et capable de se mouvoir dans des positions qui ne sont pas forcément naturelles ; lui donner une « forme de corps ».

Il est donc nécessaire d’être  motivé. Motivé par le besoin d’apprendre à se défendre, mais aussi en trouvant d’autres intérêts, comme l’expression corporelle, le renforcement de qualités physiques et mentales. Enfin, avec un aspect ludique qui ne gâche rien, bien au contraire. Quand on peut rassembler l’utilitaire, le développement physique et le bien être mental, on rassemble les éléments qui nous donnent un « mental d’acier ».

Comme indiqué plus haut, il ne faut pas négliger l’aspect ludique que l’on trouvera dans le ne-waza, lorsqu’il est pratiqué avec un bon état d’esprit. On peut s’exprimer, s’investir totalement tout en s’amusant, ce qui n’a rien de contradictoire avec l’efficacité, je pense même que c’est un atout supplémentaire pour une pratique assidue. Loin des pratiques brutales qui exacerbent la violence, qui blessent souvent et qui ne satisfont que les brutes. Je maintiens que l’on peut être efficace sans en être une (de brute).

Comme dans tous les domaines, il peut exister des prédispositions, mais rien ne remplacera l’entraînement. On en revient toujours aux mêmes qualités : volonté, régularité, persévérance.  « On ne peut rien contre l’entraînement » !

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Inévitables « Trois mouches ».

Encore une petite histoire qui permet de découvrir ou redécouvrir (puisque je la propose chaque été) une leçon de sagesse issue du précieux et délicieux recueil intitulé « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ». Cela ne peut être que bénéfique, quelque soit la saison, d’ailleurs.

Le récit proposé ci-dessous matérialise l’art de vaincre sans combattre, ce qui est pour le moins une conduite dans laquelle intelligence et efficacité se marient à merveille.

Trois mouches

Dans une auberge isolée, un samouraï est installé, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. Trois rônins entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônins. Loin de se décourager, les rônins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique, ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux Miyamoto Musashi.

(Ronin, selon la définition du Larousse : Samouraï qui quittait le service de son maître et se mettait à parcourir le pays en quête d’aventures.)

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La nostalgie

La nostalgie des années 1960 et 1970,  les années de mes débuts (même un peu avant).

Jusqu’à la fin des années 1970, le Judo, le Karaté et l’Aïkido se partageaient les tatamis. Je n’oublie pas la Boxe française, notre art martial à la française.

Ces quatre disciplines je les ai pratiquées. A partir de 1970, d’autres entrent dans le paysage, comme le Taekwondo et le Kung-fu avec la trop courte carrière de Bruce Lee.

Si j’évoque la nostalgie, c’est que nous n’étions pas tout à fait dans le même monde. C’était « le bon vieux temps des arts martiaux ». Il y avait l’attrait de disciplines entourées d’un certain mystère. Elles étaient considérées comme des « Écoles » de la maîtrise, du contrôle, de la sagesse et du combat contre la force brutale. Des « Ecoles de vie ».  Elles possédaient une « philosophie ».

J’ai la nostalgie de tatamis foulés par des pratiquants assidus, à la recherche du détail et de la finesse qui permettaient de réaliser une technique avec le moins de force possible, avec laquelle le plus faible pouvait maîtriser le plus fort, il y avait quelque chose en plus ; quand la science rencontrait la magie.

Ça n’empêchait pas un investissement physique important et les litres de sueur « d’embaumer » les judogis.

Le « c’était mieux avant » est parfois agaçant. Sans tomber dans cette systématisation des regrets, il faut admettre que certaines évolutions n’en sont pas, tout dépend du point de vue dans lequel on se place.

J’ai souvent évoqué le respect qui semble s’amenuiser, que ce soit envers les traditions, les lieux de pratique, les tenues et tout simplement envers les personnes. En l’occurrence le professeur. Le respect de l’autorité, tout simplement.

Je ne pense pas que ce soit ringard ni désuet d’insister sur la nécessité et sur l’importance de ces règles. L’actualité nous le confirme chaque jour.

D’autant que nous pratiquons des disciplines d’affrontement, si elles ne sont pas encadrées avec rigueur, elles peuvent basculer dans des pratiques dangereuses, mentalement et physiquement.

Dangereuses mentalement avec la banalisation et même l’augmentation de la violence. Dans certains cours suintent la brutalité et parfois l’acharnement, alors que nous sommes « mandatés », nous professeurs, pour combattre la violence. La violence se combat aussi par l’exemple.

A force de n’insister que sur une (éventuelle) efficacité immédiate, on passe à côté de toute la richesse et la sagesse de nos disciplines, en matière d’éducation, mais aussi d’efficacité, avec l’apprentissage d’une grande variété de techniques qui permettent, justement, de s’adapter à toutes les formes d’attaques.

C’est un poncif que d’affirmer qu’on ne combat pas la violence par la violence, et pourtant cela semble être malheureusement oublié, parfois.

Dangereuse physiquement parce qu’une pratique brutale génère des blessures qui, par définition, limitent les entraînements et laissent d’irréversibles séquelles. Sans parler des découragements et des abandons. Et puis, on est davantage là pour apprendre à ne pas se faire mal, que pour se faire mal. Voilà une nuance qui doit faire réfléchir !

Si ne sont proposés que des pratiques brutales, ne seront formés et fidélisés que des brutes. De toutes les façons, la brutalité n’est pas une garantie d’efficacité.

Il est vrai que le dojo et la rue ce n’est pas la même chose ; et c’est tant mieux. Dans la rue ça finit toujours mal, pour une des deux parties et même pour les deux. L’une peut se retrouver à l’hôpital, l’autre au poste de police, ou bien les deux au même endroit.

L’autre aspect qui affecte les disciplines de combat se trouve dans le « tout compétition ». D’abord il y a celles où il n’est tout simplement pas possible de les instaurer, sauf à les dénaturer et à leur retirer une grande part de leur substance. Je ne suis pas contre la compétition, loin de là, mais il ne faut pas oublier qu’elle n’est qu’un passage. Si on a tout misé dessus, lorsqu’arrive l’âge où il n’est plus possible d’y participer, on assiste à des abandons, alors qu’il y a encore tant de choses à découvrir et à partager.

Pour finir et revenir au combat contre la violence, il y a deux principaux remèdes : la sanction et l’éducation. La semaine dernière sur ma page j’avais mis cette citation : « Éduquez les enfants et il ne sera pas nécessaire de punir les hommes » Pythagore. Rien à ajouter.

Ce tableau un peu sombre ne m’empêche pas – bien au contraire – d’être toujours animé par une  indestructible passion dans l’enseignement que je dispense. Je sais aussi que d’autres professeurs adhérent à mes propos et à mon état d’esprit, c’est encourageant.

(La photo d’illustration représente le mythique dojo parisien de la rue des Martyrs à la fin des années 1950.)

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L’empreinte

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Faire progresser ses élèves est l’objectif principal, constater leur évolution est une satisfaction méritée. Si en plus on laisse « sa signature », sa façon de faire, alors s’ajoute une immense fierté dont on ne se lasse jamais, quel que soit le nombre d’années d’exercice du « plus beau métier du monde ».

Bien souvent on reconnait le professeur en voyant travailler les élèves.

Cela nous ramène à l’article de la semaine dernière qui était consacré au professeur. Il ne laisse pas que l’apprentissage et l’assimilation technique, il laisse un style, une façon de faire, bref bien souvent il y laisse une empreinte.

Lorsqu’un élève se présente en disant qu’il a déjà pratiqué, la première question est la suivante : « avec qui ? ». A partir de la réponse, pour peu que le professeur évoqué possède une petite notoriété, on sait immédiatement à qui nous avons affaire.

A ce sujet, j’ai une anecdote. Un jour, un dirigeant de la fédération rendait visite à un de ses amis,  professeur de judo en province. Il entre dans le dojo au moment où se déroulait un cours de judo et dans la deuxième partie de ce dojo, il y avait une ceinture noire qui, sous la responsabilité de l’enseignant, s’occupait d’un atelier ju-jitsu. Tout de suite le dirigeant a demandé à son ami, si la personne qui donnait la leçon ne serait pas un de mes élèves, ce qui était le cas. L’élève en question avait rejoint sa région natale.

Quelque temps après, je rencontre le dirigeant en question qui me raconte ce moment. Je lui demande comment il avait deviné. Il m’a simplement répondu : « à la façon de donner les explications, jusqu’à celle de se tenir sur le tatami et évidemment avec la technique ». Voilà une merveilleuse reconnaissance.

Des exemples comme celui-là, il y en a beaucoup. Personnellement, on me l’a souvent fait remarquer concernant celui qui m’a fait faire mes premiers pas sur les tatamis, surtout dans le mesure où il s’agissait de mon père !

D’où l’importance du premier professeur, sur laquelle je ne cesse de revenir. Il fournit la technique, le style, bien souvent la pédagogie, et ce qui n’est pas rien : l’état d’esprit.

Bien sûr, il y a quelques exceptions qui confirment la règle, elles ne sont pas légion, heureusement.

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Indispensable katas

Il n’est jamais inutile d’insister sur ce que représentent les katas, encore moins de les étudier et de les pratiquer régulièrement.

Souvent ils ne sont abordés que lorsque se profile à l’horizon un passage de grade, un peu comme l’administration d’une purge. Ils sont bien davantage que ça.

On traduit kata par le mot « forme ». Pour plus de clarté on peut ajouter « imposée » ou encore « fondamentale ».

Ils sont des moyens d’apprentissage, des méthodes d’entraînement, ils permettent la codification, la transmission et même la sauvegarde de technique et des principes de bases. Ils sont les garants de nos traditions.

Malheureusement, considérés parfois comme des  « passages obligés » pour accéder au grade supérieur, ils ne sont abordés que dans cette optique ! Qu’ils intègrent un ensemble de contenus techniques d’évaluation, cela semble juste, mais leur utilité est plus importante que cela, heureusement.

Les katas permettent de rassembler les techniques par famille et/ou par thème et de leur faire traverser les âges, ce sont aussi de formidables méthodes d’entraînement.  En effet, ils représentent souvent un combat (le goshin-jitsu-no-kata notamment), certes un combat codifié pour des raisons évidentes de sécurité, mais il s’agit bien du reflet d’un affrontement ;  en conséquence, les attaques d’Uke doivent être sincères et fortes de façon à ce que les ripostes de Tori le soient tout autant, mais aussi qu’elles soient  réalistes et donc efficaces.

Pour les judokas, certains katas sont aussi l’occasion d’étudier des techniques « oubliées »,  interdites en compétition.

Le kata est également un exercice de style, certaines attitudes doivent être respectées. C’est le « plus » des arts martiaux. Un « plus » qui devient de plus en plus indispensable à conserver pour se démarquer des pratiques vides de valeurs éducatives.

Ils sont aussi, tout simplement, une addition de techniques intéressantes à pratiquer une par une. Il n’est pas nécessaire d’attendre un prochain examen pour commencer à les étudier.

Lors de l’exécution d’un kata, à l’occasion d’un examen, l’évaluation doit se faire, avant tout, sur l’efficacité des ripostes de Tori, qui répondent aux attaques d’Uke dont la sincérité doit être incontestable.

Ensuite, puisqu’il s’agit de formes imposées, il faut bien évidemment respecter l’ordre des techniques, les déplacements et les emplacements. Enfin il faudra être attentif à l’attitude générale dans laquelle doivent être exclus désinvolture et relâchement corporel. Respecter une attitude corporelle digne.

Cependant, un problème et un mystère demeurent et entourent les katas : il s’agit de ces incessantes modifications dont ils sont les victimes de la part des organismes « officiels ». Cela a pour effet de décourager les élèves, de désorienter les professeurs et le jury, allant jusqu’à discréditer ces exercices.

Pour faire apprécier le kata, il suffit simplement de le présenter comme une partie intégrante de la pratique  et non pas comme un passage imposé pour l’accession à un grade supérieur.

Enfin, dans la formation des juges, il est indispensable de hiérarchiser les critères de jugement. Certaines fautes sont rédhibitoires : celles qui touchent à l’efficacité (comme déjà indiqué plus haut), d’autres pas, d’où la nécessité que les jurys soient formés pour nuancer leurs appréciations, en fonction de différents paramètres : âge, grade postulé, etc.

Il y a tout dans un kata : technique, automatismes, condition physique, effort de mémorisation et de précision, respect du cérémonial et des traditions . Et surtout respect de nos « anciens » et de l’héritage qu’ils nous ont légué !

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16 techniques, la suite…

Les 16 techniques

Elles ont été créées en 1982 pour les besoins d’une démonstration de ju-jitsu proposée à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de judo féminins qui se déroulaient à Paris.

Pendant un bon moment, elles ont fait partie du programme des grades judo-ju-jitsu « option ju-jitsu », au sein de la FFJDA. En 1995, elles ont été remplacées.

Pour ma part, elles existent toujours dans  mon enseignement. Pour plusieurs raisons.

D’abord, elles sont efficaces. Ensuite elles sont l’expression du lien indéfectible entre le ju-jitsu et le judo ; techniquement et historiquement. Comme l’avait écrit Christian Quidet, éminent journaliste sportif, dans la préface qu’il avait gentiment signée pour un de mes livres : « Je félicite Eric Pariset de s’être intéressé et de s’être spécialisé dans le ju-jitsu qui est le meilleur complément à la pratique du judo ». C’est vrai que dans cet enchaînement on retrouve les principales grandes projections du judo.

Apprendre o soto gari sur une attaque qui peut survenir dans la réalité et ensuite découvrir tous les enchaînements qui appartiennent au judo sera dans l’ordre des choses. A l’inverse un judoka pourra s’adapter facilement aux applications du ju-jitsu.

Cet enchaînement démontre aussi une forme de travail dans laquelle je me suis épanoui en tant qu’élève, comme professeur et dans les nombreuses démonstrations effectuées dans notre pays et au-delà de ses frontières. Une forme de travail basée sur la fluidité et sur la souplesse.

L’abandonner serait une sorte de reniement, d’autant qu’elle satisfait bon nombre de pratiquants. C’est un travail dans lequel on retrouve les principes fondamentaux d’utilisation de la force de l’adversaire, de la non-opposition, de bascule autour du centre de gravité, bref d’une utilisation optimale des mécanismes corporels.

Que l’on ne me parle pas d’un manque de volonté d’évolution, il y a des règles et des phénomènes physiques qui ne s’abandonnent pas, sauf à se renier et à renier les bases techniques et les principes fondamentaux. Cet enchaînement est porteur de traditions mais aussi de principes immuables.

En plus des acquisitions techniques, cette suite permettra d’acquérir la fluidité indispensable entre les différentes composantes du ju-jitsu.

Ses répétitions affûtent les réflexes et la condition physique. Il s’agit aussi d’une belle démonstration dans laquelle efficacité et beauté du geste se marient parfaitement.

Enfin, les 16 techniques offrent au professeur une base de travail considérable. Par exemple en proposant des réponses différentes à chaque attaque, avec des thèmes variés. On peut aussi les travailler à droite et à gauche, avec plusieurs partenaires, étudier les contre prises qui permettent de renforcer chaque technique, etc.

En conclusion et en résumé, les 16 techniques présentent un ju-jitsu dynamique, efficace, spectaculaire, mais aussi une méthode de self défense, d’éducation physique et mentale, en restant fidèle à une  histoire, à des principes et à ses convictions, ce qui n’est pas la moindre des choses pour un pratiquant d’arts martiaux.

La vidéo proposée a été réalisée en 1991.

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« Gardien du temple »

Lors du stage de dimanche dernier à Léognan j’ai reçu un compliment qui m’a particulièrement touché : « Vous êtes un des derniers gardiens d’une pratique traditionnelle qui porte et défend des valeurs qui semblent se perdre». J’ai remercié la personne en insistant sur le fait de ne pas être le seul dans ce cas.

Il est vrai que je ne me reconnais pas dans certaines évolutions.

Être considéré comme un « Gardien du Temple » me convient. Il ne s’agit pas de l’expression d’un conservatisme stérile, mais tout simplement de celle d’une fidélité à des convictions et à une discipline qui m’a tant apporté et qui m’a permis de devenir ce que je suis.

Pourquoi la renierais je ? D’abord elle est on ne peut plus complète techniquement, elle porte des valeurs éducatives dans tous les secteurs et je m’y exprime totalement dans sa pratique et dans sa transmission. En matière de reniement et de trahison, il y aurait encore pire, comme l’enseigner sous un autre nom davantage à la mode.

Certes, je n’ignore pas qu’en ce moment cette mode n’est pas aux disciplines dites traditionnelles, mais je n’ai pas trop d’inquiétude, les modes passent et les traditions, par définition, restent.

Je ne pense pas que s’attacher à certaines traditions signifie appartenir à un autre temps, ou encore être ringard, « has  been ». Au contraire, je pense que tout ce qui tend vers l’éducation est profondément moderne. Surtout quand il est question de lutte contre la violence.

Cette violence qui habite notre quotidien, qui pousse même les portes de certains dojos (qui ne méritent plus ce nom) elle a toujours existé, mais depuis les réseaux sociaux, elle est « véhiculée » de façon permanente. Forcément ce n’est pas sans conséquence. Et c’est là que les éducateurs, en premier ceux qui enseignent nos disciplines, ont un rôle majeur afin de contrebalancer cet état de fait  insupportable.

Ils le peuvent et ils le doivent dans leur programme d’enseignement avec des techniques efficaces mais sécuritaires et avec un discours constructif, une ambiance dépourvue de stress et de mauvaises ondes. On ne doit pas ressortir plus abîmé, mentalement et physiquement, qu’à la suite d’une agression.

Une ambiance qui nous « élève » et non pas qui nous rabaisse ; le mot élève n’est pas né par hasard.

La tradition dans notre domaine, puisque c’est de cela dont il est principalement question dans cet article, ça commence par la politesse, le respect du professeur, du partenaire, des plus hauts gradés comme des débutants (c’est une des missions des gradés que celle de guider un pratiquant qui effectue ses premiers pas sur un tatami), le respect du collectif en essayant de ne pas être en retard, de ne pas parler pendant les explications du professeur et s’exprimer à voix basse avec son partenaire lors des répétitions.

C’est aussi le respect du lieu dans lequel nous pratiquons. Avec les différents saluts, l’observation des règles d’hygiène comme ne pas marcher pieds nus en dehors des tatamis, avoir le corps et la tenue propres. A propos de la tenue, c’est ne pas s’affranchir de celle avec laquelle doivent se pratiquer nos disciplines.

S’émanciper de ces règles mène forcément à la dérive de la société.

Certaines peuvent sembler anodines, même désuètes, mais aucune n’est à négliger. On connaît parfaitement où mènent le relâchement. Et puis, il ne s’agit pas d’efforts démesurés ; il est tout simplement question de faire attention à soi et… aux autres !

Enfin, ces quelques efforts, auxquels ont peut ajouter différentes recherches comme la finesse technique (quand on a la chance de pratiquer un art qui a de l’épaisseur), la perfection, pourquoi pas la beauté du geste et l’expression corporelle et ne pas se contenter du minimum ; cet ensemble permettra de ressentir l’immense satisfaction que seuls connaissent et connaîtront ceux qui auront consenti à ces quelques efforts.

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Atemi ju-jitsu story

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J’avais promis de revenir sur la remise en valeur du ju-jitsu dans notre pays au début des années 1970, avec la méthode « Atemi ju-jitsu ».  Un  sujet déjà évoqué, mais peut-être est-il  oublié chez certains et méconnu pour d’autres, l’évoquer à nouveau n’est donc pas inutile.

Nous étions au tout début des années 1970. Le judo connaissait une popularité croissante,  malgré tout une partie de la population ne se retrouvait pas dans un aspect sportif trop présent et s’orientait vers d’autres disciplines.

Mon père, Bernard Pariset, après avoir mis un terme à une carrière de compétiteur au palmarès exceptionnel, se consacrait essentiellement à son club parisien de la rue des Martyrs : « Le Club Français de judo ju-jitsu ». A ce titre il était attentif à la demande des néophytes qui se présentaient à l’accueil du dojo. Ce qui lui permettait de constater que beaucoup de demandes de renseignements n’évoquaient pas le judo, mais le karaté. Cet « art de la main vide » attirait de plus en plus d’adeptes. En l’occurrence des personnes à la recherche d’une méthode de self défense. Étant ouvert d’esprit et ayant dans son club une belle section de cet art martial, mon père n’était pas jaloux,  cependant il pensait que c’était dommage d’avoir mis de côté un secteur qui appartenait au judo ju-jitsu : l’atemi-waza.

C’est à partir de ce constat qu’il a souhaité accoler le mot « atemi » à celui du ju-jitsu, pour marquer les esprits et signifier la remise en valeur d’un secteur qui avait été négligé.

« L’idée force » était la création d’une méthode rassemblant plusieurs critères : self défense, activité physique et mentale et loisir. Une méthode accessible à tous les âges, à toutes les conditions physiques et à but non compétitif. Non pas qu’il ait été contre la compétition (comment aurait-il pu l’être avec son palmarès ?), mais il estimait que tout le monde n’en possédait pas l’envie ou les capacités, et qu’un art martial traditionnel ne pouvait être pratiqué en affrontement direct. Et puis, tout simplement, l’aspect utilitaire est (et restera) toujours présent dans les esprits.  Cependant  il fallait dépoussiérer ce ju-jitsu quelque peu oublié et lui donner davantage de dynamisme, notamment dans les méthodes d’entraînement.

C’est ainsi qu’en accord avec Henri Courtine,  à l’époque  Directeur Technique National, mon père a conçu une méthode de « ju-jitsu self défense » en parallèle à celle du judo. Ce qui permettait d’offrir un complément de techniques axées sur l’aspect utilitaire tout en respectant l’esprit et les principes de nos disciplines. On élargissait le champ d’accueil des populations. On offrait un potentiel supplémentaire aux professeurs.

Les premières sections ont vu le jour dans ces années 1970. A partir de 1980, le développement a été fulgurant. J’y ai pris une part très active avec des responsabilités fédérales, des stages, des démonstrations en France et à l’étranger (dont douze Bercy), la publication de nombreux supports techniques, sans oublier l’enseignement au quotidien.

Au milieu des années 1990, d’autres orientations ont été prises au niveau national, en termes de contenu technique, notamment. Ces changements ne me convenaient pas et contrariaient mon attachement et ma fidélité à une forme de travail et d’enseignements que j’avais appris, pratiqués et démontrés. A regret j’ai pris mes distances pour pouvoir continuer à promouvoir et enseigner un ju-jitsu qui me correspond totalement. Et puis, j’éprouve trop de passion pour renier mes convictions.

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