L’indispensable Uke

Tori et Uke sont deux « personnages » bien connus des pratiquants d’arts martiaux, notamment du ju-jitsu. Tori est celui qui exécute, Uke est celui qui subit.

Il serait injuste de se limiter à cette définition concernant le personnage qui a un rôle d’une importance équivalente à celui de Tori.

D’abord, sans Uke pas de Tori. Ensuite, la plupart du temps Tori exécute sa technique sur une initiative d’Uke ; en opposition il adapte sa riposte à l’action de ce dernier, à l’étude il se met dans les conditions optimales à la réalisation de la technique ou de l’enchaînement. Uke est celui qui impose le rythme.

Avant toute chose, il est un partenaire, pas un adversaire. Une relation de confiance absolue doit s’installer entre les deux protagonistes. Un Uke ça se respecte, il « prête » son corps et ses aptitudes. Dans l’étude technique, ou lors d’une démonstration, il se laisse faire, sans complaisance inutile, ce qui ne serait pas constructif pour Tori, mais sans résistance si la technique de ce dernier est correctement effectuée.

Il y a aussi le Uke du professeur. Chaque technique doit être praticable sur tout le monde, mais pour la clarté de l’explication, nous professeurs, nous avons toujours notre ou nos Uke préférés. J’en profite pour signaler que par définition Uke se prête au jeu et c’est une raison supplémentaire pour qu’il ne devienne pas le souffre douleur du professeur. J’en ai connu quelques-uns, sans doute en mal d’efficacité, qui ne se gênaient pas. Il y en a encore. Maltraiter quelqu’un qui se laisse faire ne prouve absolument rien si ce n’est un manque de compréhension de la mission qui est celle d’éducateur.

Dans ma carrière, en l’occurrence lors des démonstrations, j’ai plus souvent été Tori qu’Uke. Il n’empêche que les fois où je l’ai endossé j’ai aimé ce rôle, pour les raisons exposées plus haut. Donner le rythme de la démonstration, mettre son corps dans de bonnes dispositions. Lors d’une démonstration de ju-jitsu, par exemple, il doit la faire vivre. Sans un bon partenaire, Tori éprouvera des difficultés à démontrer ses capacités.

En club, durant les années d’étude, j’aimais contribuer à l’apprentissage et au perfectionnement de mes partenaires.

Dans cet article, je ne parle pas d’efficacité dans la réalité, puisque dans cette situation il n’est pas question d’un Uke, mais d’un agresseur. C’est l’occasion de rappeler que la réalité c’est la réalité et que l’entraînement c’est l’entraînement : on s’entraîne, on s’élève !

Peut-être et même sûrement, si nous nous sommes entraînés avec de bons Uke nous serons efficaces en cas d’agressions, puisque nous aurons pu aller au bout des actions lors des multiples et indispensables répétitions.

Certes, il y a sans doute des prédispositions physiques pour être un bon Uke, mais plus que tout il y a l’entraînement et l’état d’esprit.

Très jeune j’étais heureux quand le professeur me prenait comme Uke. Une de mes plus grandes fiertés a été le jour où Henri Courtine, qui a été l’un de mes professeurs, m’a déclaré que j’étais un « bon Uke ».

N’oublions pas qu’un bon Uke est recherché par les autres élèves du dojo : « Uke un ami pour la vie ».

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Les inséparables Tori et Uke

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Retour sur deux personnages bien connus des pratiquants d’arts martiaux et notamment des jujitsukas. Pour les novices, afin de faciliter les présentations, nous pourrions expliquer que dans ce couple d’inséparables, Tori incarne « le gentil » et Uke « le méchant ».

Cette définition, même si elle facilite l’identification des rôles, est un peu simpliste dans la mesure où les deux protagonistes, dans ces positions interchangeables, sont complémentaires et non pas adversaires. Sans Uke, Tori n’existe pas. Dire que c’est Tori qui conclut une action est plus juste pour signifier les implications respectives.

Une traduction littérale nous révèle que Tori est celui qui « prend » ou « choisit » et Uke celui qui « reçoit » ou « subit ».

Dans la connivence qui unit ces deux personnages, il n’existe aucune rivalité, ils doivent être continuellement en quête d’une parfaite osmose.

Bien souvent c’est Tori qui attire davantage l’attention et le rôle d’Uke n’est  pas toujours considéré à sa juste valeur et parfois même il peut paraître ingrat. Or, son rôle est déterminant. C’est grâce à lui que Tori réalise ses progrès, qu’il peut ouvrir et élargir son champ des connaissances.

En plus d’une parfaite maîtrise de la chute,  Uke doit être capable d’adopter toutes les situations, les postures et les réactions qui peuvent se présenter à son partenaire. Il se doit d’être d’une disponibilité corporelle totale, malléable à souhait, dans le bon sens du terme. Il doit «jouer le jeu ».

Pour parfaitement maîtriser une technique ou un enchaînement, il est indispensable de pouvoir les répéter des dizaines, des centaines, des milliers de fois. Imaginons un seul instant le faire sur un mauvais partenaire, pire encore sur un partenaire qui résiste systématiquement ! Pas de répétition, pas de progrès.

Le rôle d’Uke étant déterminant, il serait presque préférable d’être d’abord un bon Uke avant de devenir un bon Tori.

Au-delà de cette constatation, somme toute assez logique, par l’intermédiaire de cet article, c’est l’occasion de rendre hommage à ces personnages et de rappeler qu’entre eux il n’y a ni vainqueur ni vaincu, mais une victoire commune, celle de la conquête du savoir.

(Illustration de cet article avec un dessin de l’inoubliable Claude Fradet)

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