La finesse technique

Finesse technique Quoi de plus beau qu’une projection exécutée au bon moment, « dans le temps » ? Un de-ashi-barai, par exemple.

Ou bien un contre réalisé en sen-no-sen (l’attaque dans l’attaque), ou encore une technique réalisée en « action réaction ». Sans oublier un atémi additionnant vitesse et précision et qui atteint sa cible avec l’intensité voulue.

La recherche de la finesse technique est une quête utile, en termes d’esthétisme, d’efficacité et de satisfactions.

Esthétisme, efficacité, satisfaction

D’abord l’esthétisme. « Toute bonne technique est belle et gracieuse ; elle est une figure dessinée dans l’espace où efficacité et beauté ne font qu’un. » « Les chaussons de la révolution ». Marc-Olivier Louveau Voilà une belle description issue d’un livre qui m’a passionné.

Finesse technique et esthétisme sont forcément liés. Dans la pratique d’un art de combat, la recherche de la « beauté du geste » n’est pas insignifiante. Certes en cas d’agression dans la rue, l’esthétisme n’est pas de rigueur, mais le temps passé dans un dojo est un temps consacré à toutes les formes d’élévations. Cette finesse technique n’est pas offerte systématiquement, mais avec de la volonté et du travail, on peut tous y arriver.

Donner l’impression que la technique a été réalisée sans effort, avec fluidité et précision et offrir ainsi une impression magique : voilà le but.

Ensuite l’efficacité. Trouver le bon geste au bon moment est forcément gage d’efficacité. Contrairement à certaines idées, l’esthétisme n’est pas contre productif en matière d’efficacité, la finesse technique non plus, au contraire.

A l’inverse ce n’est pas parce qu’une technique n’est pas belle qu’elle est efficace. Il est possible d’être efficace sans être fin, mais avec des limites. Toujours en termes d’efficacité, cette finesse offrira d’autres avantages, comme celui d’une pratique moins « accidentogêne », elle s’inscrit dans la régularité et la durée.

Cette recherche impose de ne pas se contenter du minimum. Il y a beaucoup de maximes populaires qui vont dans ce sens : « qui peut le plus, peut le moins », « qui n’avance pas recule ». Et peut-être la plus poétique « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ». Tout cela contribuera à la réalisation de progrès, donc d’efficacité.

Enfin la satisfaction personnelle. Ce n’est pas rien. C’est ce qui donne envie de continuer. La satisfaction d’avoir réalisé le geste technique parfait, au bon moment, est indescriptible.

Cette récompense est l’association de beaucoup de travail technique et physique, mais également d’un travail interne de concentration avec l’envie d’élever le « niveau ». D’élever le niveau technique, mais aussi son niveau mental.

La finesse et l’élégance en dehors des tatamis n’est pas superflue. Elle participe au combat contre la violence, ce poison pour la société.

Certes, il s’agit d’un vaste programme, mais c’est une des missions attachées aux éducateurs.

Cette acquisition de la finesse technique, je n’ai pas la prétention d’affirmer la posséder, mais de tenter de l’approcher et de donner à mes élèves l’envie de la rechercher et surtout de la préférer à la force brutale que l’on peut d’ailleurs combattre (justement) avec le bon geste exécuté au bon moment.

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Photo d’illustration : un magnifique uchi-mata exécuté par mon ami, le regretté Jean-Claude Leroy. Photo extraite d’un des premiers supports techniques présentant la méthode Atemi ju-jitsu en 1976.

Les trois E du ju-jitsu…

Les trois E du ju-jitsu. Efficacité. Education. Épanouissement.

–  Efficacité, bien évidemment. Qui pourrait dire le contraire ? Certes, comme pour toute discipline, cela dépend de celui qui la pratique et surtout de celui qui l’enseigne. Ici, il est question du ju-jitsu dit traditionnel. Non pas à cause du nom, mais parce qu’il englobe toutes les techniques, sans les restrictions qu’un règlement lié à la compétition impose. En effet, toutes les techniques de combat à mains nues sont étudiées et répétées pour faire face à toutes les formes d’attaques. Les techniques sont variées en termes de « familles » (coups, projections et contrôles). Il y a aussi un travail évolutif qui est motivant. Une motivation pour toujours essayer de faire mieux, de ne pas se satisfaire du minimum. Certaines techniques du ju-jitsu sont difficiles à réaliser, surtout si elles ne sont jamais travaillées !!! Mais lorsqu’on les maitrise, on renforce son efficacité. Certes, il faut de la patience. Cependant, pour une parfaite efficacité, les techniques comme les projections et le travail au sol, ne doivent pas être négligées. A l’inverse il existe des techniques de bases très vite assimilables et praticables, pour le grand bonheur des débutants et pour se sortir de mauvaises situations.

–  Education. Dans un dojo qui mérite ce nom, les valeurs éducatives attachées aux arts martiaux sont indiscutables. La traduction de « Dojo » n’est-elle pas « le lieu où l’on trouve la voie » ? La voie qui renforce le mental, qui nous oblige à une rigueur comportementale, la politesse, le respect des personnes et des lieux, l’entraide, etc. Jigoro Kano souhaitait que sa discipline soit aussi une Ecole de Vie ; une méthode d’éducation physique et mentale. Les arts martiaux ne sont pas une passade, mais un Engagement. On fortifie (et on purifie) son corps et son esprit. Physiquement on acquiert ou on entretien une bonne condition physique, de la souplesse, des réflexes. Sur le plan mental, on renforce l’esprit non seulement sur les comportements évidents cités plus haut, mais on développe le goût de l’effort, du sérieux et de la rigueur. Il s’agit d’un ensemble  qui nous aide dans les relations familiales, amicales, sociales et professionnelles.  En résumé, il suffit d’appliquer le Code moral, celui qui est affiché dans les dojos !

– Épanouissement. Là aussi, c’est indiscutable. Bien dans son corps, bien dans sa tête. Voilà un précepte qui ne s’est jamais démenti. De plus, même si les arts martiaux réclament du sérieux dans leur pratique, nous sommes aussi dans les loisirs. Le ju-jitsu  pratiqué de façon éducative, constructive et non pas destructive, procure un réel plaisir ; on s’épanouit ! Ce qui n’est pas négligeable, surtout dans l’époque dans laquelle nous vivons, Expression corporel et l’Esthétisme sont deux E qui s’attachent à ce dernier paragraphe. Ils sont « moteurs » et incitateurs de perfectionnement.

Efficacité, Education et Épanouissement : un trio gagnant.

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