Sutemi waza

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Ils sont l’illustration parfaite des principes de non opposition et d’utilisation de la force de l’adversaire.

Deux parmi les nombreux principes qui font du ju-jitsu une discipline praticable par tous les gabarits, pour peu que l’on soit prêt à s’investir dans la durée.

Dans notre langue, nous les appelons les « techniques de sacrifices ». En effet, pour les appliquer il faut s’effacer devant l’adversaire en se mettant volontairement au sol, sur le dos ou le flanc : se sacrifier. Il s’agit de sacrifices utiles, ô combien.

De fait, les sutemis sont praticables par tous les gabarits et notamment les plus faibles. Une fois bien maîtrisés, leur efficacité est redoutable.

Tomoe-nage la fameuse « planchette japonaise » est la plus célèbre.

Dans leur exécution, non seulement on ne s’oppose pas à la force de l’adversaire, mais on y ajoute la nôtre. Même avec peu de puissance, il suffit de « conduire » celle de l’opposant. A partir de là, « tout le monde peut faire tomber tout le monde ».

Nous sommes au cœur de l’efficacité du ju-jitsu tel qu’il doit être enseigné et pratiqué.

Certes, sans action offensive de l’adversaire, il est difficile d’appliquer ces principes d’addition de force, mais le ju-jitsu (bien présenté) a toujours revendiqué le titre de méthode de défense et non pas d’attaque.

En judo, ils s’utilisent principalement en contre prise ou en appliquant le principe d’action réaction.

Avec l’avènement de la compétition et des catégories de poids, certaines projections ont dû être adaptées, c’est le cas des sutemis ; dans la mesure où, à technique (presque) équivalente et à poids égal, les principes de base n’ont plus les même effets, y compris celui de la surprise pour la personne qui en agresse une autre et qui n’envisage pas que celle-ci puisse se défendre en utilisant de telles techniques.

Toujours en judo, le meilleur exemple s’appelle tomoe-nage avec l’apparition du yoko-tomoe-nage. C’était à la fin des années 1960. Cette forme ne trouvant sa raison d’être que dans le randori et le combat de judo. Il n’existe pas vraiment d’applications en self défense. Une analyse approfondie de cette technique pourra faire un beau sujet par la suite.

Il existe des différences techniques mais aussi d’utilisation selon que l’on se trouve dans le cadre de la (self) défense ou bien dans celui du judo. Ne serait-ce que dans la rue, sur un sol dur, nous nous placerons sur le dos qu’en dernière analyse, lorsque la poussée est tellement forte que nous sommes déjà en déséquilibre et que l’application de techniques comme hiza-guruma, par exemple, qui nous laisseraient debout, n’est plus possible.

A l’inverse, en judo les sutemis peuvent être pratiqués directement, comme toute autre technique.

Il existe aussi les « makikomi », ils sont un peu les « cousins » des sutemis. Littéralement, il s’agit de techniques d’enroulement. Le corps de Tori venant au contact de celui d’Uke pour l’entraîner jusqu’au sol. La différence essentielle réside dans le fait que pour les sutemis, il y a séparation des corps durant l’action et que pour les makikomi, c’est l’inverse ; l’efficacité se réalisant avec le plus étroit contact entre les deux protagonistes (au profit de Tori, évidemment, qui emmène le corps d’Uke avec le sien, le plus souvent dans une synergie rotative). Le point commun étant que dans les deux cas l’idée est d’entraîner l’adversaire au sol.

La maîtrise de ces « techniques de sacrifices » requiert de la patience, comme beaucoup d’autres, mais leur parfaite exécution – qui donne l’impression d’agir sans aucun effort et même de façon un peu magique – procure peut-être une joie supérieure à celle ressentie dans la réalisation d’autres projections. C’est en tout cas un sentiment que je ne pense pas être le seul à partager.

(Les deux photos d’illustration ont quelques décennies d’écart et… des partenaires différents !)

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La conscience professionnelle

Elle a toujours guidé mon action et encore davantage au fil des ans. L’expérience venant s’ajouter à l’idée que l’on se fait de la profession exercée.

La conscience professionnelle ne se limite pas à arriver à l’heure pour donner ses cours, et même en avance afin d’accueillir les élèves, ni d’éviter de se faire remplacer sauf cas de force majeur ; ce sont des évidences.

On veillera également à la façon de s’adresser aux élèves (le respect, ça se partage), à être exemplaire en termes d’hygiène corporelle et vestimentaire. La conscience professionnelle, c’est aussi faire en sorte que ce qui est enseigné soit entouré de précautions limitant les risques de blessures. Certes, dans les disciplines de combat, forcément on ne peut éviter quelques « bobos ». C’est au professeur de proposer une pratique sécuritaire, lors de l’étude technique et dans les combats d’entraînement. La priorité est d’éduquer et non pas d’abîmer. Apprendre des techniques de combat pour se rassurer, mais aussi pour évoluer physiquement. Comment progresser si on est souvent blessé ?

Il est raisonnable et même indispensable de faire un choix pour faire en sorte que les techniques et les méthodes d’entraînement répondent à deux critères : efficacité et sécurité. On les distingue avec l’expérience, un peu de bon sens et…de la conscience professionnelle !

La conscience professionnelle c’est aussi se maintenir en forme physique pour avoir valeur d’exemple. Sur le plan technique, elle dicte la poursuite du perfectionnement personnel, des recherches, non pas pour inventer des techniques, mais pour proposer des enchaînements, des variantes, sur les bases solides livrées par nos professeurs, sans jamais renier les fondamentaux qui y sont attachés.

Dans le domaine pédagogique, ne jamais oublier que ce qui est important ce n’est pas ce que nous démontrons, mais ce que les élèves retiennent. C’est se remettre en question, s’adapter au niveau des étudiants, et de leurs aspirations. Être capable de le faire rapidement avec une pédagogie d’instinct et de terrain, mais aussi avec des méthodes d’apprentissage et des formules qui marquent.

Enfin sur le plan mental, la conscience professionnelle (la conscience tout court), c’est de rester fidèle à ses engagements et à ses convictions. Certes, on peut évoluer, sans pour autant confondre évolution et reniement. Les sirènes de la mode sont puissantes, mais un esprit fort est capable d’y résister. J’aime la fidélité à des engagements.

La conscience professionnelle du professeur c’est aussi de ne pas oublier la transmission de valeurs telles que le goût de l’effort, de la rigueur, et du respect des règles du dojo (déjà évoquées dans un article consacré au Code moral). Ces règles auront un effet sur la vie en société.

Les séances doivent se dérouler dans un climat de convivialité et d’entraide et sûrement pas dans une ambiance où suinte la violence. Le professeur n’est pas qu’un passeur de techniques, il est bien plus que ça. Sa conscience professionnelle ne doit cesser de le lui rappeler.

Quant à l’autorité dont il doit être pourvue, elle ne s’apprend pas, elle s’impose, elle est naturelle, elle est avant tout l’émanation du respect et de l’estime qu’éprouvent les élèves pour le professeur.

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La force de l’adversaire

« Surmonter l’habitude d’employer la force contre la force est une des choses les plus difficiles de l’entraînement du judo (et du ju-jitsu). On ne peut espérer progresser sans y parvenir ». Jigoro Kano

Il serait dommage d’oublier que la non opposition est le « principe de base » du ju-jitsu, notamment celui de l’École traditionnelle Yoshin Ryu (Ecole du cœur de saule), l’une de celles qui avait largement inspiré Jigoro Kano lorsqu’il a souhaité « ressusciter » notre art martial.

Malheureusement, parfois on a tendance à l’oublier.

Avec la non opposition, nous sommes en présence d’un principe d’une grande intelligence. Il mériterait de ne pas être utilisé que dans les affrontements physiques, mais aussi au quotidien.

L’opposition frontale ne peut donner raison qu’au plus fort physiquement et dans la société elle ne débouche jamais sur un accord constructif. N’allons pas jusqu’à mettre en avant le dicton populaire suivant : « il vaut mieux céder à l’âne que le tuer », mais on peut s’en inspirer.

Plusieurs principes sont attachés au ju-jitsu, mais celui de non opposition régit les autres : addition de forces, utilisation de celle de l’adversaire, action réaction, etc.

Ces principes ne sont applicables qu’en association avec celui de non opposition.

Il s’agit tout simplement de se retirer de la trajectoire d’une force qui avance sur nous.

Ensuite, première possibilité, sans s’en occuper davantage, la laisser s’éteindre dans le vide.

Autre possibilité (si l’on veut maîtriser celui qui attaque), celle qui consiste à conduire la force en question, en y ajoutant la nôtre ; ce sont les principes d’utilisation de la force de l’adversaire et de l’addition des forces.

On peut aussi y ajouter simultanément un obstacle, au niveau des jambes de l’attaquant, par exemple, afin de le faire chuter. Cette dernière description, sommaire j’en conviens, pourra servir de première explication pour une technique comme hiza-guruma.

Autre exemple avec tomoe-nage où on sacrifie son corps au détriment de celui qui attaque. Comme le démontre la figurine qui illustre cet article. (Figurine réalisée en son temps par mon père, Bernard Pariset.)

Ce principe général de non opposition n’est en aucun cas un signe de renoncement, mais tout simplement l’incarnation du bon sens.

Force contre force, c’est forcément…le plus fort qui gagne. Et puis, utiliser la force de l’adversaire en commençant par ne pas s’y opposer, c’est aussi un moyen de ne pas gâcher sa propre énergie.

Cette non opposition, comme indiqué en introduction de cet article, est également utile dans les rapports humains, c’est ce que prônait Jigoro Kano, lorsqu’il disait : « Le conflit se fait au détriment de tous, tandis que l’harmonie se fait au bénéfice de chacun ».

Avec un peu d’entraînement, ce principe qui permet de vaincre la force brutale donne la possibilité à tous de ne pas subir la loi du plus fort. C’est, de mon point de vue, sans jeu de mot, la principale « force » du ju-jitsu.

Terminons cet article avec une dernière citation : «Qui apprend à céder est maître de la force ». Lao Tseu.

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Un triple engagement

On ne fait pas toujours ce que l’on veut, il y a les imprévus, les impondérables, les cas de force majeure, etc. Mais parfois, l’absence à une séance est la conséquence d’une « petite flemme », d’une flemmingite aiguë ! Certes, on n’est obligé de rien, mais lorsqu’on cède à la facilité on rompt une sorte de triple engagement.

D’abord vis à vis du professeur. Celui-ci a préparé sa leçon, il compte sur son effectif pour lui faire profiter de ce que lui-même a appris grâce à sa régularité lors de son apprentissage. Être professeur, quelque soit la discipline, c’est exercer un métier et faire évoluer ses élèves, c’est l’objectif. Il n’est pas simplement un diffuseur occasionnel de techniques (quand on n’a pas mieux à faire) et qui ne seront pas assimilées en quelques fois. Il y met du cœur et de la passion.

Ensuite, c’est un engagement vis-à-vis des autres élèves. On va peut-être manquer à ses partenaires, au collectif. Bien qu’il s’agisse d’un sport individuel, il ne peut se pratiquer seul. Une bonne ambiance dans les cours, c’est aussi le fait de se retrouver de façon régulière, cela participe à l’élévation du groupe grâce à une saine émulation. C’est une aventure commune.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, on rompt avec un engagement vis-à-vis de soi-même. L’estime de soi et la fierté personnelle, ce n’est pas rien. Et puis, que l’on me contredise si j’ai tort, les fois où on s’est fait un peu violence pour venir s’entraîner, on ne l’a jamais regretté. D’autant plus que la récompense ultime sera de progresser, dans un domaine qui demande quelques efforts, mais en sont-ils vraiment ?

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Revenir sur « les 16 techniques ».

C’est pour les besoins d’une démonstration qu’est né cet enchaînement.

Nous étions en 1982, le remise en valeur du ju-jitsu battait son plein et j’avais été sollicité pour produire une prestation à l’occasion des deuxièmes championnats du monde de judo féminins qui se déroulaient à Paris. Il était entendu que le rôle de Tori serait tenu par une femme. Ce fût une de mes élèves, Marie-France Léglise qui était « la gentille », j’officiais dans le rôle « du méchant ». (Je n’ai pas toujours été Tori.)

J’avais donc mis au point une démonstration en deux parties. Une première dans laquelle chaque technique était démontrée d’abord au ralenti, puis à vitesse normale, et une seconde qui proposait un enchaînement très rapide. Les 16 Techniques étaient nées.

A titre personnel, je ne les ai jamais abandonnées. Plusieurs raisons à cela.

D’abord, elles sont d’une indiscutable efficacité pour peu qu’on se donne la peine de les assimiler et de les répéter. Certes, il ne faut pas nier la difficulté de bien maîtriser certaines projections, mais évoluer n’est-il pas un but dans la vie, a fortiori dans les arts martiaux ?

Cet enchaînement permet de renforcer son savoir-faire technique sur un nombre varié d’attaques et de ripostes. Des ripostes qui proposent des coups, des projections et des contrôles, et les fameuses liaisons qui font la force du ju-jitsu.

Il est aussi un moyen d’acquérir des qualités indispensables, comme les automatismes, la vitesse d’exécution et il améliore la condition physique.

Cet enchaînement est également une sérieuse base de travail. En effet, à partir de chaque technique, il est possible de proposer ce que j’appelle des « déclinaisons » : enchaînements à partir de réactions de Uke, mise en place de ripostes différentes à chaque attaque, avec la possibilité d’imposer un thème : par exemple ne proposer que des clefs ou bien des étranglements ou encore des projections différentes des originelles.

On peut aussi envisager d’étudier des contre prises, même si, s’agissant de self défense, cela peut paraître surprenant, mais pour renforcer une technique, étudier les moyens d’y échapper n’est pas inutile.

On peut trouver cet enchaînement trop difficile et lui opposer le fait qu’il est possible de faire plus simple en matière de self défense, ce qui est vrai ! Mais rien n’empêche le professeur de proposer dans un premier temps des ripostes plus faciles. Ensuite, « qui peut le plus, peut le moins » ; viser plus haut, c’est une façon de ne pas se scléroser et puisque nous sommes dans les proverbes et citations faciles, on peut citer celle-là : « qui n’avance pas recule ».

Il est également utile de se souvenir que nous pratiquons un art martial, avec une histoire et un patrimoine technique que nous ne pouvons pas renier et que nos disciplines sont aussi des moyens d’épanouissement physiques et mentaux . Même si l‘aspect utilitaire est incontournable, il ne serait pas sain de se limiter à celui-ci à longueur de saison.

Il faut se souvenir aussi qu’à cette époque (en 1982), l’objectif était de respecter l’histoire en rendant indissociables judo et ju-jitsu, en les considérant comme complémentaires. Le ju-jitsu peut être une façon d’apprendre les techniques de judo dans leur utilisation première, ce qui de mon point de vue est un excellent moyen. Malheureusement cela n’a pas toujours été compris.

« Les 16 techniques » sont une preuve indiscutable du lien qui existe entre le judo et le ju-jitsu, comment pourrait-il en être autrement ?

Enfin, les enseigner, les pratiquer et les démontrer sont à chaque fois de véritables moments de plaisir ! C’est aussi une belle démonstration dans laquelle sont alliés efficacité et expression corporelle.

(La couverture qui sert d’illustration à cet article est celle d’un livre qui présente, entre autres, cet enchaînement.)

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L’état d’esprit

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« La forme de corps », « le sens du combat » : voilà des expressions que l’on utilise parfois sans vraiment approfondir leur signification. Ces deux-là ont été abordées dans de précédents articles.

Aujourd’hui, avec « l’état d’esprit », passons à une autre belle expression. Certes, elle est moins palpable, pourtant elle est d’une importance majeure.

Avoir un « bon état d’esprit » est une des conditions « sine qua non » pour réussir dans les arts martiaux. Que ce soit en tant que pratiquant et bien davantage comme enseignant. L’enseignant qui non seulement a la responsabilité d’enseigner des techniques de combat, mais plus encore de les enseigner avec discernement et avec une maîtrise absolue.

On l’utilise cette expression pour qualifier une attitude qui n’est pas que physique. Mais une façon de se comporter, dans un dojo notamment. Mais aussi au quotidien.

Elle définit un comportement emprunt de discrétion, d’humilité, de modestie, de respect, de prévenance, d’entraide, plus largement d’une attitude positive et constructive.

Il s’agit aussi de faire preuve d’ouverture d’esprit, par exemple vis-à-vis des autres disciplines et plus largement d’absence d’apriori à propos de ce qu’on ne maîtrise pas. Faire preuve d’enthousiasme, pas de rejet stérile.

Un bon état d’esprit commence par la base : le respect. Le respect des personnes, des lieux et des traditions. Du professeur, des plus anciens, des débutants avec la fameuse entraide.

Tout cela va sans dire, mais à notre époque, ça va mieux en le disant.

Un bon état d’esprit c’est aussi une absence de prétention, d’esbroufe, de fanfaronnade ; c’est tout le contraire.

Il se matérialise aussi avec la reconnaissance envers ceux qui nous ont tant appris, les respecter et surtout ne pas les oublier.

Pour un gradé, c’est se mettre au niveau du plus faible techniquement, avoir la patience de lui inculquer les bases qui lui permettront un jour de nous rejoindre et peut-être de nous dépasser, ce qui ne manquera pas de nous apporter la fierté d’avoir été utile et non pas de la jalousie.

Un bon état d’esprit se matérialise sur le tatami, avec, lors des exercices d’opposition, une attitude axée sur l’initiative et des réactions défensives exsangues de dangerosités. À l’entraînement, la personne avec laquelle on travaille est un partenaire et non pas un adversaire.

C’est aussi reconnaître la défaite lors de compétitions. C’est être beau joueur et féliciter son vainqueur. C’est respecter les décisions de l’arbitre ! En cas de victoire, c’est bannir toute attitude humiliante.

Un bon état d’esprit c’est essayer de poursuivre le plus longtemps possible la pratique, ne serait-ce que pour donner l’exemple !

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Katame-waza : la « maîtrise des contrôles »

Aujourd’hui intéressons nous au katame-waza (les techniques de contrôle). Il s’agit de l’une des trois composantes du Ju-jitsu. Pour rappel, les deux autres sont l’atemi-waza (les techniques de coup) et le nage-waza (les techniques de projection).

Dans les contrôles se trouvent les clefs (kansetsu-waza), les étranglements (shime-waza) et les immobilisations (osae-waza).

Ces trois domaines sont utilisés en judo comme en ju-jitsu, avec des objectifs différents.

En ju-jitsu ces techniques marquent souvent la dernière phase d’une défense, après les coups et les projections, mais pas systématiquement, elles peuvent être utilisées en riposte immédiate à une attaque.

En judo elles se concrétisent presque toujours au sol. Certaines clefs peuvent s’appliquer debout à condition qu’elles soient accompagnées d’une maîtrise totale.

En ju-jitsu, elles se réalisent aussi bien debout qu’au sol. Leur efficacité est redoutable et elles permettent de moduler la riposte. A l’aide d’une clef, il est possible de maîtriser quelqu’un sans mettre ses jours en danger, ce qui n’est pas inutile, le respect de la vie et la notion de légitime défense sont des notions à respecter.

Les clefs (kansetsu-waza) consistent à « forcer » les articulations à « contre-sens » pour celles en hyperextension ou aller au-delà des possibilités de flexion pour les clefs en torsion. Le premier groupe appartient aux « gatame », le second aux « garami ».

En ju-jitsu self défense existent aussi les torsions de poignet, les clefs de jambes, autant de techniques interdites en judo, pour des raisons évidentes de sécurité.

Concernant les étranglements (shime-waza), l’étude doit être sérieusement encadrée, l’issue pouvant s’avérer fatale.

Cependant, comme pour beaucoup de techniques, l’apprentissage est long et avant de posséder une parfaite maîtrise il faut une longue pratique au cours de laquelle on aura acquis de la sagesse et du contrôle.

Il y a deux formes d’étranglement : respiratoires et sanguins. Ils se pratiquent essentiellement à l’aide des membres supérieurs, mais les jambes sont aussi de redoutables armes naturelles dans ce domaine, la preuve avec le fameux « sankaku-jime ».

Quant aux immobilisations (osae-waza), elles sont principalement utilisées en judo. En ju-jitsu self défense leur intérêt se limite à celles où sont emprisonnées les bras de l’adversaire.

Comme indiqué plus haut, l’efficacité des « katame-waza » demande beaucoup de pratique, de patience, de volonté et de rigueur. Mais ne s’agit-il pas de qualités dont doit être doté tout étudiant dans les arts martiaux ?

Bien réaliser un waki-gatame, par exemple, impose énormément de travail. Il y a la précision, la meilleure utilisation des ressources naturelles du corps et pour cela une « forme de corps » que l’on va modeler, un peu comme un sculpteur le ferait avec son « ouvrage ». Les conseils du professeur sont indispensables, mais de longues répétitions le seront tout autant pour « ressentir » la technique.

Côté efficacité, grâce aux techniques de contrôle, les témoignages de personnes ayant pu se sortir de situations très délicates ne manquent pas. Notamment en réponse à des attaques avec armes.

Cela vaut la peine de consacrer du temps à l’étude de cette composante incontournable du ju-jitsu.

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Gardien du temple

La saison dernière, à l’occasion d’un stage, m’a été adressé un compliment particulièrement touchant : « Vous êtes un des derniers gardiens d’une pratique traditionnelle qui porte et défend des valeurs qui semblent se perdre».

J’ai remercié la personne en insistant sur le fait de ne pas être le seul dans ce cas. Il est vrai, aussi, que je ne me reconnais pas dans certaines évolutions.

Être considéré comme un « Gardien du Temple » me convient. Il ne s’agit pas de l’expression d’un conservatisme stérile, mais tout simplement de celle d’une fidélité à des convictions et à une discipline qui m’a tant apporté et qui m’a permis de m’exprimer et de me réaliser.

Pourquoi renierais je ma fidélité à cette discipline ?

D’abord elle est on ne peut plus complète techniquement, elle porte des valeurs éducatives dans tous les secteurs et je m’y exprime totalement dans sa pratique et dans sa transmission.

En matière de reniement et de trahison, il y aurait encore pire, comme l’enseigner sous un autre nom « à la mode ». Certes, je n’ignore pas qu’en ce moment cette mode n’est pas aux disciplines dites traditionnelles, mais je n’ai pas trop d’inquiétude, les modes passent et les traditions, par définition, restent.

Je ne pense pas que s’attacher à certaines traditions signifie appartenir à un autre temps, ou encore être ringard, « has been ». Au contraire, tout ce qui tend vers l’éducation est profondément moderne. Surtout quand il est question de lutte contre la violence.

Cette violence qui habite notre quotidien, qui pousse même les portes de certains dojos (qui ne méritent plus ce nom) elle a toujours existé, mais depuis les réseaux sociaux, elle est « véhiculée » de façon beaucoup trop importante. Forcément ce n’est pas sans conséquence. Et c’est là que les éducateurs qui enseignent nos disciplines, ont un rôle majeur afin de contrebalancer cet insupportable état de fait. Ils le peuvent et ils le doivent dans leur programme d’enseignement avec des techniques efficaces mais sécuritaires et avec un discours constructif, une ambiance dépourvue de stress et de mauvaises ondes.

On ne doit pas ressortir plus abîmé, mentalement et physiquement, qu’à la suite d’une agression. Une ambiance qui nous « élève » et non pas qui nous rabaisse ; le mot élève n’est pas né par hasard.

La tradition dans notre domaine, puisque c’est de cela dont il est principalement question dans cet article, ça commence par la politesse, le respect du professeur, du partenaire, des plus hauts gradés comme des débutants (c’est une des missions des gradés que celle de guider un pratiquant qui effectue ses premiers pas sur un tatami), le respect du collectif en essayant de ne pas être en retard, de ne pas parler pendant les explications du professeur et s’exprimer à voix basse avec son partenaire lors des répétitions.

C’est aussi le respect du lieu dans lequel nous pratiquons. Avec les différents saluts, l’observation des règles d’hygiène, comme ne pas marcher pieds nus en dehors des tatamis, avoir le corps et la tenue propres. A propos de la tenue, c’est ne pas s’affranchir de celle avec laquelle doivent se pratiquer nos disciplines. S’émanciper de ces règles mène forcément à la dérive de la société.

Certaines peuvent sembler anodines, même désuètes, mais aucune n’est à négliger. On connaît parfaitement où mènent le relâchement. Et puis, il ne s’agit pas d’efforts démesurés ; il est tout simplement question de faire attention à soi et… aux autres !

Enfin, ces quelques efforts, auxquels ont peut ajouter différentes recherches comme la finesse technique (quand on a la chance de pratiquer un art qui a de l’épaisseur), la perfection, pourquoi pas la beauté du geste et l’expression corporelle et ne pas se contenter du minimum ; cet ensemble permettra de ressentir l’immense satisfaction que seuls connaissent et connaîtront ceux qui auront consenti à ces quelques efforts.

Tout cela justifie une fidélité indestructible.

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L’échauffement

Séquence incontournable et indispensable d’une séance, l’échauffement est parfois vécu comme redondant, ennuyeux ou trop difficile.

C’est dommage, parce qu’il est d’une grande utilité, à la condition de savoir le présenter !

Sa vocation est de mettre le corps et l’esprit dans de bonnes dispositions pour la suite du cours. Il influence forcément l’ensemble de la leçon. Il ne permet pas uniquement de limiter les risques de blessures, il donne aussi le ton, il ouvre le chemin !

Par définition il ne doit être ni trop long, ni trop difficile, il ne faut pas confondre échauffement et épuisement. Il doit être attractif, et non pas rébarbatif.

Les exercices peuvent être choisis en fonction du thème principal développé.

Sur un plan purement pratique, ce n’est pas tant le choix des exercices qui est important, mais la façon de les pratiquer.

Certains que nous avons l’habitude d’exécuter peuvent être dangereux s’ils sont faits n’importe comment : trop fort, trop vite, ou trop longtemps.

D’autres auxquels on ne pense pas forcément peuvent être proposés s’ils sont exécutés intelligemment, avec mesure. Par exemple des exercices d’opposition très codifiés au cours desquels les partenaires sont en parfaite osmose. Avec des pratiquants d’un bon niveau, des répétitions telles que des retournements ou des renversements au sol pourront être pratiquées. S’adressant à des débutants, on sera plus prudent avec une sélection de moyens plus « classiques ».

Si l’échauffement est utile afin d’éviter les blessures, il n’est pas un « blanc seing » pour le reste du cours durant lequel le professeur pourrait se permettre de faire travailler certaines techniques et exercices dangereux, sous prétexte que l’échauffement a été effectué. Mais la suite de la leçon, c’est un autre sujet !

En conclusion on peut dire qu’il doit être court, attractif et pourquoi pas récréatif, nous sommes aussi dans le loisir. Il doit échauffer les principales articulations et groupes musculaires, solliciter le système cardio-pulmonaire et provoquer un bien être général qui sera un atout pour le reste du cours.

Un bon échauffement sera la première des conditions pour une séance réussie.

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La finesse technique

Finesse technique Quoi de plus beau qu’une projection exécutée au bon moment, « dans le temps » ? Un de-ashi-barai, par exemple.

Ou bien un contre réalisé en sen-no-sen (l’attaque dans l’attaque), ou encore une technique réalisée en « action réaction ». Sans oublier un atémi additionnant vitesse et précision et qui atteint sa cible avec l’intensité voulue.

La recherche de la finesse technique est une quête utile, en termes d’esthétisme, d’efficacité et de satisfactions.

Esthétisme, efficacité, satisfaction

D’abord l’esthétisme. « Toute bonne technique est belle et gracieuse ; elle est une figure dessinée dans l’espace où efficacité et beauté ne font qu’un. » « Les chaussons de la révolution ». Marc-Olivier Louveau Voilà une belle description issue d’un livre qui m’a passionné.

Finesse technique et esthétisme sont forcément liés. Dans la pratique d’un art de combat, la recherche de la « beauté du geste » n’est pas insignifiante. Certes en cas d’agression dans la rue, l’esthétisme n’est pas de rigueur, mais le temps passé dans un dojo est un temps consacré à toutes les formes d’élévations. Cette finesse technique n’est pas offerte systématiquement, mais avec de la volonté et du travail, on peut tous y arriver.

Donner l’impression que la technique a été réalisée sans effort, avec fluidité et précision et offrir ainsi une impression magique : voilà le but.

Ensuite l’efficacité. Trouver le bon geste au bon moment est forcément gage d’efficacité. Contrairement à certaines idées, l’esthétisme n’est pas contre productif en matière d’efficacité, la finesse technique non plus, au contraire.

A l’inverse ce n’est pas parce qu’une technique n’est pas belle qu’elle est efficace. Il est possible d’être efficace sans être fin, mais avec des limites. Toujours en termes d’efficacité, cette finesse offrira d’autres avantages, comme celui d’une pratique moins « accidentogêne », elle s’inscrit dans la régularité et la durée.

Cette recherche impose de ne pas se contenter du minimum. Il y a beaucoup de maximes populaires qui vont dans ce sens : « qui peut le plus, peut le moins », « qui n’avance pas recule ». Et peut-être la plus poétique « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ». Tout cela contribuera à la réalisation de progrès, donc d’efficacité.

Enfin la satisfaction personnelle. Ce n’est pas rien. C’est ce qui donne envie de continuer. La satisfaction d’avoir réalisé le geste technique parfait, au bon moment, est indescriptible.

Cette récompense est l’association de beaucoup de travail technique et physique, mais également d’un travail interne de concentration avec l’envie d’élever le « niveau ». D’élever le niveau technique, mais aussi son niveau mental.

La finesse et l’élégance en dehors des tatamis n’est pas superflue. Elle participe au combat contre la violence, ce poison pour la société.

Certes, il s’agit d’un vaste programme, mais c’est une des missions attachées aux éducateurs.

Cette acquisition de la finesse technique, je n’ai pas la prétention d’affirmer la posséder, mais de tenter de l’approcher et de donner à mes élèves l’envie de la rechercher et surtout de la préférer à la force brutale que l’on peut d’ailleurs combattre (justement) avec le bon geste exécuté au bon moment.

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Photo d’illustration : un magnifique uchi-mata exécuté par mon ami, le regretté Jean-Claude Leroy. Photo extraite d’un des premiers supports techniques présentant la méthode Atemi ju-jitsu en 1976.