Un formateur d’enseignants à l’occasion d’une séance qui n’hésite pas à utiliser un qualificatif déplacé pour interpeller et faire remarquer son retard à un futur professeur (quel exemple !), un autre (ou le même) qui informe les futurs enseignants qu’ils ne doivent pas espérer faire une activité professionnelle, même partielle, de la dispense de leurs savoirs et encore moins que celle-ci puisse un jour devenir leur métier (quelle motivation !). Voilà des faits qui sans doute ne reflètent pas une majorité, mais qui se sont déroulés dans un lieu où doivent être « formés » les futurs professeurs. Ceux qui dispenseront leurs connaissances techniques et qui donneront l’exemple en matière de politesse, de respect, bref d’éducation et à qui il reviendra donc la tâche de faire appliquer le fameux code moral affiché dans les dojos.
On poursuit avec un jeune enseignant, dont plus de la moitié d’un cours de judo destiné à des enfants se déroule avec un ballon de foot et qui propose un échauffement de quarante cinq minutes aux adultes (quelle formation a-t-il reçu ?, ou bien cède-t-il à une forme de facilité ?). On enchaîne avec un jury peu convaincant quant aux raisons qui l’ont amené à recaler deux candidats à un haut grade, si ce n’est que le partenaire était trop complaisant (!?). Il faut espérer que ces quelques faits, véridiques et navrants, soient minoritaires. Ils m’ont incité à revenir sur un sujet déjà abordé il n’y a pas si longtemps sur ce même blog, à savoir la formation des enseignants, c’est-à-dire ceux qui sont en charge, entre autres missions, de développer une activité qui se réclame aussi de valeurs éducatives exemplaires sensées nous distinguer d’autres pratiques plus « sommaires ». Je n’ignore pas une certaine récurrence sur le sujet, mais il y a des clous qui méritent d’être enfoncés et puis l’indignation est plus saine que la résignation.
C’est le professeur qui « fait » la discipline, il est le premier contact, le référent technique, mais aussi moral, l’exemple qui motive (ou pas) les futurs adhérents à devenir des pratiquants et (encore plus difficile) à le rester. Il est censé posséder la connaissance technique et maîtriser les outils pédagogiques que lui avait légués en son temps son propre professeur. Le tout pourra être complété lors d’une formation pour la quête d’une qualification au cours de laquelle il serait habile de ne pas remettre en cause le professeur qui a été la référence, par des formateurs qui, pour certains, n’ont jamais fait l’expérience d’accompagner un pratiquant à partir de la ceinture blanche.
Un bon professeur se juge sur la durée, par la qualité de ses élèves, sa capacité à les motiver, pas simplement à ses prouesses techniques sur le tatami (quand il en est capable). Il ne doit pas céder à la tentation de s’intéresser uniquement aux meilleurs (au contraire) et à ne pas stigmatiser une catégorie par rapport à une autre ; bref, tout mettre en œuvre pour que la motivation reste intacte chez l’ensemble de ses adhérents.
A partir de ce constat, il ne faut pas s’étonner d’une baisse d’enthousiasme se concrétisant par moins d’adhésions. Aux raisons évoquées plus haut en rapport avec la formation des futurs professeurs et au manque de considération que ceux-ci peuvent ressentir, on peut y ajouter de fréquentes refontes des programmes liés à l’enseignements et aux passages de grades, des modifications régulières concernant les règles d’arbitrage (pour les compétiteurs), sans oublier une gestion de l’aspect utilitaire (le ju-jitsu) dans lequel règne une grande confusion, laissant ainsi la part belle à d’autres activités se réclamant de la self-défense.
Si l’on veut des résultats à la hauteur des ambitions, il faut que les acteurs principaux que sont les professeurs s’impliquent totalement, et cela passe par une formation adaptée, un statut revalorisé et une considération méritée.
Ayant mis de la distance depuis bien longtemps avec l’institution évoquée dans ces lignes, je ne suis pas directement concerné, mais simplement désolé !
eric@pariset.net www.jujitsuericpariset.com
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Ces périodes durant lesquelles certains ont la chance d’être en vacances sont propices à la publication de récits emprunts de sagesse et qui donnent à réfléchir. Celui-ci se nomme « Une bombe à retardement », il est issu du recueil « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon », dans lequel fourmillent de belles leçons.
En sport, cela peut paraitre étrange d’affirmer que lorsque c’est le plus fort qui gagne et que par conséquent l’échelle des valeurs est respectée, se manifeste parfois un manque d’intérêt . Pas tant que cela, finalement. D’abord, assister au renversement de l’ogre par le « le Petit Poucet » est toujours sympathique, et pour ce qui concerne les disciplines de combat comme le judo, que les principes de bases et les techniques affutées permettent à David de triompher de Goliath l’est tout autant.
L’épisode hivernal que nous venons de vivre a permis de constater que savoir chuter n’était pas inutile en dehors d’un dojo. Certes, on peut penser que lorsque l’on chute sur un tatami on doit « frapper » avec le bras et que par conséquent il ne sera pas possible de faire de même sur un sol dur ; sur ce point il faut préciser que ce serait un moindre mal, nous verrons pourquoi plus loin.
Décidément ce qui touche à la self-défense ne laisse pas insensible. L’article de la semaine dernière a rencontré un beau succès et a suscité quelques réactions qui m’inspirent ce nouveau billet.
Récemment j’ai été interpellé par le contenu d’une affiche sur laquelle était proposée – entre autres thèmes – de la « self-défense » au programme d’un stage de ju-jitsu. Cela sous entend (volontairement ou involontairement) que le ju-jitsu n’est pas une méthode de défense (à moins que ce soit dans un souci approximatif d’information destiné aux néophytes). C’est surprenant dans la mesure où je pensais que lorsque l’on pratiquait cette discipline on pratiquait forcément de la self-défense. Certes le ju-jitsu a l’avantage de ne pas se limiter au simple aspect utilitaire ; on travail le physique et le mental – qui ne sont pas incompatibles avec l’efficacité, bien au contraire -, mais il s’agit avant tout d’un art de combat. Ses principes et la majorité de ses techniques possèdent des spécificités qui sont la non-opposition, l’utilisation de la force de l’adversaire, la recherche du contrôle de l’adversaire, mais aussi celle du détail qui tente de conduire à la perfection, partant du principe que « qui peut le plus, peut…le plus ». Même si pour différentes raisons – éthiques et éducatives -, son enseignement et sa pratique ne se limitent pas à l’aspect utilitaire, chaque technique étudiée, chaque méthode d’entraînement travaillée et chaque kata exécuté ont comme principaux objectifs de progresser et de renforcer l’efficacité dans l’art du combat. Et puis surtout n’oublions pas que dans l’arsenal technique existent des projections et des coups qui peuvent être fatales (ne pas l’ignorer n’est pas superflu, à bien des égards). Tout cela pour affirmer que la self-défense est l’ADN du ju-jitsu.
C’est au début des années 1980, dans la suite logique des 16 techniques et des 16 bis que l’enchaînement des « 16 Ter » a vu le jour. Si son appellation n’est pas originale son contenu l’est assurément.
On ne combat pas le feu avec le feu, ni la violence par la violence. Au risque de me répéter, je ne me lasserais jamais de militer pour un enseignement éducatif dans lequel l’apprentissage des techniques de défense sera essentiellement axé sur la maitrise de l’agresseur et non pas sur son extermination. Si abjecte que soit l’agression et nous n’en sommes pas privés, la répression, tout comme le maintien de l’ordre (en dehors du dojo) n’est pas la mission d’un éducateur, mais celle des services spécialisés dans ce domaine. Que l’on ne s’y méprenne pas, je ne suis pas habité par un idéalisme béat ni par un angélisme inapproprié, mais par une responsabilité professionnelle. Il n’est pas question non plus de « mollesse », ni dans le comportement, ni dans l’entraînement, ni dans une réaction indispensable en cas d’agression et d’une sanction à la hauteur du délit par la justice. Mais il existe une différence entre apprendre à se défendre et apprendre à détruire. La personne qui souhaite légitimement pouvoir se sortir d’une mauvaise situation ou aider quelqu’un à le faire, n’a pas forcément l’envie (et le droit, la notion de légitime défense ne devant pas être ignorée) de se transformer en « exterminator ».
Afficher en bonne place le Code moral sur un mur du dojo mais ne pas l’appliquer ne sert à rien. A moins que ce soit pour se donner bonne conscience ou encore revendiquer des principes sans les mettre en pratique. Heureusement, ces comportements ne sont pas (encore) majoritaires.
Parmi les évènements de cette nouvelle année, dans quelques semaines, fin mars précisément, se tiendra la 33ème édition du Festival des arts martiaux. Comme tous les ans depuis 1985, ce grand rendez-vous se tiendra à Bercy. Oui, j’ai encore des difficultés avec le nouveau nom : Accord Hôtel Aréna . Nous devrons nous y faire, puisqu’avec les J.O. une certaine pollution publicitaire devrait nous être imposée dans la capitale. Mais ce n’est pas le sujet du jour.