A chaque début de saison ce sont malheureusement plus de 50 % d’élèves qui ne renouvellent pas leur adhésion et ne reprennent plus le chemin du dojo. Ce chiffre émane de sondages effectués il y a quelques années mais il y a peu de chance qu’il ait évolué favorablement. Cela signifie que pour conserver le même effectif et « a fortiori » l’augmenter, il faut recruter la saison suivante un nombre équivalent de débutants, sinon plus. Il s’agit d’un challenge colossal et si ce n’était pas le cas, l’équilibre de la structure serait menacé.
S’agissant d’une moyenne, cela signifie que certains clubs conservent davantage d’adhérents, mais à l’inverse, d’autres en perdent beaucoup plus.
Avant de savoir comment attirer de nouveaux élèves, il serait judicieux de faire en sorte d’avoir moins d’abandons !
Il y a ceux contre lesquels nous ne pouvons rien : la maladie, le changement de situation professionnelle ou encore familiale. De même, dans certaines régions, les sollicitations sont plus nombreuses dans des domaines diverses. Ou bien encore, une vie dans laquelle beaucoup de temps sera perdu dans les transports facilitera l’irrégularité qui débouche fatalement sur l’abandon. Enfin, il y a ceux qui pensent, souvent à tord, que finalement ces activités ne sont pas faites pour eux et ceux qui n’y trouvent plus d’intérêt. Déjà à partir de ces deux derniers états de fait le rôle du professeur est essentiel. C’est lui qui va donner – ou pas – l’envie de continuer.
J’évoquais dernièrement sur ce blog la dévalorisation de cette fonction de professeur. Ne serait-elle pas en lien direct avec la forte baisse d’adhésions dans certains dojos ? Les professeurs (pas tous) ne seraient-ils pas devenus des entraîneurs ne s’intéressant qu’à l’élite du club en stigmatisant ceux qui, pour différentes raisons, n’adhérent pas à la compétition ! Beaucoup de personnes intéressées, soit par le côté utilitaire (la self-défense) ou bien par d’autres aspects attachés aux arts martiaux traditionnels se dirigent vers des disciplines dans lesquelles ne leur seront pas imposés des choix qui ne sont pas les leurs !
Donner l’envie de commencer passe par un programme attractif et abordable, mais pour donner l’envie de continuer il faut éviter la lassitude en proposant un programme varié avec une solide pédagogie, mais aussi un enseignement adapté à toutes les conditions physiques et encadré de façon à éviter les grosses blessures. Tout cela doit se dérouler dans une ambiance où la violence sera proscrite. Enfin, il faudra définir des objectifs (en dehors de l’inévitable « compète » réservée surtout aux plus forts) qui permettront la réalisation de progrès, et qui représentent encore la meilleure incitation à persévérer. Appliquer ces théories est souvent plus compliqué que « lâcher » l’effectif en randoris libres dans lesquels seuls les plus costauds s’expriment (et survivent). La formation pédagogique de certains professeurs (et le temps que ceux-ci peuvent y consacrer) n’est peut-être pas assez adaptée à des aspirations qui ne cessent d’évoluer.
Ne pas renouveler chaque année un nombre important d’élèves est préjudiciable de deux façons. D’abord pour ceux que l’on perd, mais aussi parce que – de fait – on se prive du meilleur ambassadeur qui soit, à savoir un élève à l’enthousiasme fédérateur. Celui-là ne cessera de parler de son activité autour de lui (parfois un peu trop d’ailleurs). Pour illustrer ces lignes, finissons sur une autre statistique : 50 % des nouvelles adhésions se réalisent par… relation. Lorsqu’un club perd deux élèves il risque donc de se priver d’un nouveau potentiel, du coup il en perd trois. Et comme l’année suivante l’effectif est moindre, le pourcentage de nouveaux inscrits par « relation » s’en trouvera d’autant plus affecté.
Il n’est pas possible de finir cet article sans évoquer la qualité de l’ambiance générale qui devra régner au sein du dojo, en n’oubliant pas qu’il s’agit d’une activité qui s’inscrit aussi dans le domaine du loisir, même si le respect du code moral, composé de valeurs éducatives pour toutes les générations, devra être respecté.
Quant à capter de nouvelles adhésions cela pourra faire l’objet d’un nouveau billet.
eric@pariset.net www.jujitsuericpariset.com
Follow
Dernièrement un internaute se demandait si les professeurs de ju-jitsu testaient leurs techniques « en situation », c’est-à-dire dans la rue, pour être tout à fait précis. Cette question pourrait être posée plus largement à tous ceux qui enseignent une méthode de défense. Mais peut-être y avait-il un peu de malice dans cette interrogation ? Ceci étant, tester chaque technique dans la rue avant de l’enseigner n’est pas vraiment possible. D’abord parce que c’est interdit ; il existerait un problème de droit (et de conscience) s’il s’agissait de provoquer une telle situation.
L’allongement des congés scolaires est une bonne chose pour les enseignants et les élèves, ça l’est aussi pour le secteur du tourisme…C’est moins vrai pour la réalisation de progrès dans la pratique des arts martiaux. Rares sont les dojos ouverts durant ces périodes de vacances et à raison d’une fréquentation d’une fois ou deux par semaine sur huit mois, la régularité – une des sources de progression – s’en trouve indiscutablement impactée.
Ce week-end, en Hollande, on fêtait les quarante ans de l’International Martial Art Fédération (l’IMAF) dans sa « Branche Europe ». Cette organisation regroupe des arts martiaux traditionnels, elle permet de véhiculer et surtout de conserver un état d’esprit et une conception des arts martiaux qui est à l’opposé du « tout compétition ».
Le 2 novembre est une fête particulière et j’ai pensé qu’il serait opportun de proposer un conte en rapport, à la fois avec cette date et avec la philosophie des arts martiaux. Cette histoire, très courte, est extraite des « contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon ».
A l’occasion des premières vacances scolaires de la saison, certains dojos s’offrent une première pose. C’est sans aucun doute un moment propice pour un peu de lecture et de réflexion. Découvrir, ou redécouvrir une belle leçon de patience grâce à un extrait de l’excellent ouvrage « Contes et récits des arts martiaux de Chine et du Japon », participera à l’étude de nos chers arts martiaux. Bonne lecture.
Dans les années 1960, la bataille faisait rage entre les deux principaux arts martiaux de l’époque et jusque dans les cours de récréation une question revenait fréquemment : «Quel est le plus fort : le judo ou le karaté ? ». A l’heure actuelle cette question saugrenue existe toujours, sauf qu’il y a pléthore d’arts (plus ou moins) martiaux et autres disciplines de combat. La question n’a que peu de sens, en effet, puisque avant tout cela dépend de « qui pratique quoi ?». Sans aucun doute Teddy Riner serait bon dans n’importe quelle discipline de combat ! En plus de qualités techniques et physiques, un combattant de haut-niveau (judoka, boxeur, etc.) possède ce que l’on appelle le « sens du combat ». Il se transpose aussi bien dans le corps à corps que dans le combat à distance. Esquiver un crochet ou empêcher l’adversaire d’imposer son kumi-kata, porter un direct ou réussir à placer sa main sur le judogi, être dans le bon « timing » pour entrer une attaque en « poing-pied » ou une tentative de projection, porter le contre au bon moment, autant d’exemples qui demandent des qualités similaires et transposables. Quant au mental, ce que l’on peut appeler populairement « l’œil du tigre », il est identique quel que soit l’affrontement. Comme pour le choix d’un art martial, pour lequel le professeur importe autant que l’art auquel on va se consacrer, l’efficacité dépendra aussi et surtout du combattant.
Certes, il n’y avait pas énormément de ju-jitsukas sur les tatamis du magnifique dojo du club de Saint-Palais-sur-Mer en Charente-Maritime à l’occasion du stage que j’ai eu le plaisir de diriger dimanche dernier. Cela n’a rien de bien extraordinaire dans la mesure où il s’agissait d’une « première ». De plus, il est vrai que perdurent certains « blocages » ainsi qu’un sectarisme d’un autre âge. Et puis, existe la crainte de quelques réprimandes venant « d’en haut » en faisant la promotion d’un stage dirigé par une personne n’appartenant pas au « sérail » (et qui d’ailleurs n’appartient à aucun sérail, si ce n’est à celui des enseignants et défenseurs du ju-jitsu). Dommage, surtout lorsque ce sont les pratiquants que l’on prive d’un partage des connaissances.