En feuilletant le magazine « judo » je suis tombé sur le compte rendu des derniers « championnats » d’Europe de ju jitsu. Cela m’a inspiré quelques réflexions. Au risque de me répéter quelque peu, par rapport au billet d’humeur publié l’an passé sur le sujet.
Je faisais le constat que notre discipline, non seulement, n’est pas souvent mis en avant sur le plan médiatique, et que pour le peu que la presse veut bien lui consacrer, cela est fait de telle sorte que notre art se trouve présenté de façon quelque peu dénaturée. Que ce soit pour la partie technique – duo system – ou pire encore avec pour l’aspect compétition, à savoir le « fighting system ».
Concernant le « duo system », il n’y a rien à dire sur la fond, en effet une confrontation par prestations techniques interposées est tout à fait dans l’esprit. Par contre les postures adoptées par les ju jitsukas ne correspondent pas à celles des écoles de Ju Jitsu traditionnel et ne facilitent pas la compatibilité entre les différentes composantes de notre discipline ; essayez d’appliquer une grande technique comme uchi-mata, à partir de ces positions très basses. Cela engendre à terme une sclérose technique et par conséquent nuit inévitablement à l’efficacité.
Quant à l’aspect compétition – fighting-system -, je persiste à penser que le ju jitsu ne peut être pratiqué en compétition d’affrontement direct. En effet, soit on utilise toutes les techniques et surtout toutes les combinaisons et enchaînements qui sont l’attrait même et l’atout majeur de notre art et cela devient impraticable parce que trop dangereux. Soit on met en place un règlement qui consiste à sectoriser les affrontements et cela n’a plus rien à voir avec du ju jitsu. Il serait plus convenable d’appeler cela du « judo-boxe » ou encore du « karaté-judo ».
De plus, et malgré ce règlement la pratique reste à risque. Enfin, la tentation d’étendre la formule au niveau club, sans nuances, est grande et déjà souvent franchie, sans grand succès d’ailleurs. A partir de ce moment, la discipline praticable par tous qu’est le ju jitsu deviendrait une discipline réservée à une élite. Heureusement, ce n’est pas le cas dans les dojos qui, dans leur enseignement restent fidèles aux techniques et surtout aux principes de base liés à notre Art.
C’est en 1986 que j’ai eu un coup de cœur pour Soulac, la petite station balnéaire médocienne au charme un peu rétro, qui bénéficie d’un climat particulièrement adapté à un stage de ce type. Donc, depuis maintenant 21 ans, chaque été sans interruption, des pratiquants de ju-jitsu venus de différents horizons rejoignent la pointe de Graves pour une pratique intensive de leur discipline… et une semaine de détente. Cette année, pour répondre aux demandes, le déroulement du stage évoluera, et les séances seront proposées uniquement en matinée. Du dimanche 5 août inclus au vendredi 10 à midi les cours se dérouleront de la façon suivante : de 9h00 à 10h00, atémi-waza en extérieur ; de 10h00 à 12h00, technique et randoris en dojo. Il sera possible pour les volontaires de s’entraîner librement le soir, de 18h30 à 19h30.
Il y a un début à tout et les premières pages de l’histoire du judo français se sont faites dans les années 1950 grâce, notamment, à deux champions d’exception, à savoir Henri Courtine et Bernard Pariset. Pariset vous avez dit Pariset ? Oui, en effet il s’agit bien de mon père, disparu il y maintenant deux ans, le 26 novembre 2004. Que les plus anciens ne prennent pas ce rappel comme un affront que je leur infligerais, mais les nouveaux samouraïs ne connaissent pas forcément tout sur nos disciplines et ceux qui ont marqué leur époque par leurs résultats, leur technique, leur sens de la transmission ou tout simplement leur charisme. Pour lui rendre hommage, la Fédération des internationaux du sport français a donc décidé d’honorer mon père le 12 décembre prochain, en le promulguant « Gloire du sport français » à titre posthume. C’est une distinction à laquelle je suis très sensible et qui ne peut que renforcer ma fierté d’être son fils et d’avoir été son élève. A l’occasion de cette cérémonie, son éloge sera faite – inévitablement, pourrions-nous dire -, par son partenaire et adversaire de tatami, mais surtout son meilleur ami, à savoir Henri Courtine.

